enfant en danger

Pourquoi un jeune garçon ou une jeune fille fugue-t-il, fugue-t-elle ? C’est la question que je me suis souvent posé depuis que cela est arrivé dans mon propre foyer. Faisant appel à ma mémoire, je n’ai pas souvenance d’avoir entendu le vocable de « fugue ». Selon le Petit Robert, c’est l’action de s’enfuir « du milieu familial », escapade (pour un mineur) sous une impulsion morbide – causée par un dérèglement psychique.

Autrefois, il était courant qu’une jeune fille quitte le domicile familial pour rejoindre le jeune homme afin d’engager sa vie avec lui avec ou sans le consentement des parents mais aussi certaines disparitions tragiques, celles-ci qui n’ont rien à voir avec notre sujet.

Fugue… pour fuir quoi ? comme l’explique Claude Lelièvre, délégué aux Droits de l’enfant, à côté de la maltraitance physique, il y a la maltraitance invisible : « les parents n’osent plus réprimander leurs enfants, laissent tout faire et n’impose aucune règle. Or, il est impossible de grandir sans limites et, quand les parents démissionnent, la société se doit avec de nouvelles structures d’assistance de maintenir son équilibre » (dans notre société de consommation, l’argent constitue une des valeurs principales ; par contre, le travail n’en est plus une et de nombreux jeunes vivent dans des familles où les parents n’ont pas de travail. Les adolescents vont à l’école en se disant qu’il n’y aura pas de possibilité d’emplois pour eux plus tard. D’autre part, nos jeunes ont des idéaux : ils rêvent encore d’amour et d’affectivité. Que voit-il autour d’eux ? Des adultes qui, au nom des libertés individuelles, ne savent pas restreindre leur propre liberté, ni être attentif aux besoins des autres avec comme conséquence de plus en plus de mariages qui se terminent en divorces. La réalité sociale actuelle est très inquiétante et les jeunes sont sans cesse confrontés à des sentiments tels que le découragement et le manque de confiance en soi).

Pourquoi fuguer ? Internet Famille (1er déc. 2005) : la dispute de trop au sein de la famille ou de l’institution, les mauvais résultats scolaires sont souvent « la goutte qui fait déborder le vase » chez les garçons. Chez les filles, les toutes jeunes fuient la maltraitance ou les abus sexuels dans certains cas mais le plus souvent pour être avec leurs petits amis soit suite à une dispute avec un ami, soit qu’elles en ont assez et veulent plus de liberté.

Notre fille Jocelyne a eu pendant toute sa jeunesse ses deux parents constamment jour et nuit auprès d’elle. D’abord en Afrique où jusqu’à l’âge de cinq ans et dès qu’elle a su marcher, allant jusqu’à passer des journées entières dans les chantiers avec moi, à tel point qu’elle était considérée comme la mascotte du monde du travail avec lequel j’oeuvrais. A l’époque où un changement apparaît dans certains pays francophones de l’ancienne Afrique occidentale et équatoriale française, ne voulant prendre aucun risque pour notre fille, nous sommes rentrés en France. A 62 ans, mis en prêt retraite d’office suivant les modalités légales et ma compagne reprenant ses études en passant par une Capacité en Droit pour parvenir à un Doctorat ès Droit au bout de 9 ans en candidate libre et, par conséquent, n’assistant pas aux cours à l’Université (juste les TD), travaillant et étudiant à la maison. Tout ceci pour vous dire que nous sommes restés jusqu’au moment où elle est partie en fugue à 15 ans à s’occuper de son éducation, l’aider dans ses études ; sa mère l’assistant pour tout ce qui est littéraire et moi pour tout ce qui est scientifique. J’en suis à me demander le pourquoi et comment de ce brusque changement d’attitude alors qu’elle n’a jamais manqué d’amour et de tendresse qu’elle nous rendait. Le fait de trop la protéger contre les risques encourus par les jeunes gens livrés à eux-mêmes ? L’instruction publique appelée l’Education nationale devenue laxiste au fil du temps ? L’attitude des politiques ?

Mais aussi avec des slogans tels que le droit à la différence, le droit à l’épanouissement personnel, le droit de communication réciproque… le changement, encore le changement et toujours le changement…

Les changements successifs apportés à l’Education nationale à chaque législature à partir des années 80, merci la Gauche ! L’arrivée des grands frères éducateurs en cours de récréation… la vente de drogue non réprimée à la sortie des écoles au nez et à la barbe de tous… l’organisation de l’école… les associations de parents d’élèves qui ajoutent à tout propos leur grain de sel… l’Etat qui culpabilise les parents soit qu’ils s’occupent trop de leurs enfants, soit qu’ils ne s’en occupent pas assez… le gouvernement quel qu’il soit qui ne défend pas assez les professeurs contre les agressions des parents ou des élèves… les professeurs débutant sans formation ni expérience placés dans des écoles difficiles et souvent multiculturelles… les changements perpétuels de programme scolaires et de méthodes (interdiction de donner des devoirs à faire le soir à la maison, interdiction de faire apprendre par cœur une leçon…)… l’orientation des élèves… la liste serait si longue que je vous laisse le soin de la continuer.

Vous comprendrez à présent pourquoi le mot fugue tel entendu à ce propos à mon époque ne concernait que certaines compositions musicales dans le style du contrepoing caractérisé par une entrée successive de voix… moi qui pense à 84 ans à ces hommes et ces femmes qui ont contribué à mon éducation avec une tendresse toute particulière à ces chers disparus.

Il ne me reste plus à propos de ce sujet si brûlant qu’à vous raconter quelques anecdotes qui se sont déroulés lorsque nous recherchions notre Jocelyne, à savoir dans des endroits très particuliers, squats, places et rues occupées par une gente souvent pas très recommandable d’alcooliques, de malfrats, proxénètes, drogues et dealers dans l’après-minuit de Toulouse avec l’absence très remarquée de patrouilles de police. Il est vrai que la ville ne disposait que de 4 voitures et 12 agents stationnés Place du Capitole – dixit les policiers de la Police municipale qui nous ont expliqué la difficulté de la moindre action de leur part.

La question que je pose à MM. les gendarmes et policiers qui nous ont reproché nos sorties nocturnes : « comment ne pas, s’il le faut, risquer notre vie pour notre enfant ? », le choix de ces abrutis étant de rester bien sagement à la maison et les laisser faire… pensez que 10 jours après avoir fourni la photo de notre fille à la Brigade des mineurs que commandait M. Sevrac, la police ne l’avait toujours pas et nous avons dû leur donner plusieurs exemplaires parmi les 3 000 que nous avions tirés. Il est vrai que notre fille quelques années plus tard nous a dit avoir été contrôlée avec sa carte d’identité à côté du Capitole, sur les escaliers de la grande poste alors qu’elle faisait l’objet d’une insertion dans le fichier des enfants disparus !

Je leur signale tout simplement que nous avons su que notre fille était vivante après des mois de recherche personnelle entendu qu’un jeune homme que nous interrogions dans le parking de la place Esquirol l’a reconnue et nous a informé qu’elle devait se rendre au Printemps de Bourges. Aussitôt, nous avons prévenu la police afin qu’elle soit recueillie à son arrivée en gare de Bourges, ce qui fut fait.

Un grand merci à la police de la gare Matabiau, à celle qui stationne à la station de métro Jean Jaurès… à l’adjudant-chef Noël, responsable de la Gendarmerie de Balma, qui après quelques histoires avec ce service, un dimanche matin en civil recherchait notre enfant à Toulouse… nous nous sommes croisés…

Les prochains articles porteront sur nos équipés nocturnes.

 

                                                                 le 30 mai 2012

 nota bene : article envoyé à l'association 116 000 enfants disparus 

 

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