Les affameurs

De Charibe en Sylla.

* affameur : synonyme de spéculateur, accapareur – celui qui pour s’enrichir crée une situation de disette voire d’extrême misère dans un pays

En Grèce, Lucas Papademos (ex vice-président de la Banque centrale européenne, ancien professeur d’économie à Harvard) doit remplacer le premier ministre actuel de la Grèce. En Italie, Mario Monti, professeur d’économie politique devrait dans les prochains jours se substituer à Silvio Berlusconi. L’on peut s’étonner du choix de ces deux technocrates entendu qu’ils ont largement contribué à générer la crise actuelle !

La tendance réelle est de substituer aux hommes politiques des professeurs d’économie… des technocrates et l’on peut s’interroger sur le bien-fondé de cette tendance. Pour illustrer cette interrogation, reportons-nous quelques années en arrière, à savoir à l’époque qui suit la Révolution française (1789). Nombre de penseurs de ce temps-là, à l’instar de Baboeuf, Rouvroy (comte de Saint-Simon) qualifié de « penseur de la société industrielle ». Ce dernier est problématique entendu qu’il considère que l’histoire oscille entre les périodes organiques (la dernière en date serait celle de la féodalité du XIe siècle où la société est cohérente et organisée par un pouvoir non contesté) et les périodes critiques (à l’exemple de la Révolution). A son époque, à la fin du XVIIIe, le monde aspire à une phase organique ; aussi, faut-il que les « savants » remplacent les prêtres, que la science et l’exploitation organisée permettent de mieux exploiter la nature et le pouvoir temporel (de l’Etat) doit appartenir aux industriels. La politique doit devenir économie politique : cette pensée est fondamentale afin d’appréhender la situation dans laquelle se trouve le monde dans son universalité en ce moment. En effet, l’économie gouverne le monde et les politiques ne sont plus que des agents de celle-ci. Aussi, la question de savoir si des économistes et des technocrates placés à la gouvernance des Etats est-elle légitime ?

Prenons un exemple concret : l’Ecole polytechnique forme des ingénieurs dans les diverses disciplines techniques et industrielles. Un ingénieur sorti de cette école est un super-spécialisé dans la discipline de son choix. Pour autant, est-il à même de comprendre la société en globalité dans laquelle il vit s’il n’a aucune connaissance en histoire, économie, science politique, géo-politique, droit, philosophie, sociologie… ? Toutes ces connaissances sont indispensables à une pensée la moins réductrice possible de la Société. Les données macro-économiques ne rendent pas compte de la réalité sociale : lorsque l’on dit que les plus riches contribuent pour 70% de l’impôt sur le revenu (dixit l’économiste M. Saint-Etienne), c’est omettre le fait qu’un simple citoyen est imposé à 45% de ses revenus (tous impôts et taxes compris) alors qu’un riche ne l’est personnellement qu’à 20% - ce simple renseignement nous permet de comprendre comment 1% des habitants de France participe plus à l’impôt sur le revenu que les 99% restant. La réalité sociale et existentielle de ces deux individus est en conséquent fort différente relativement à sa contribution financière à la société.

Actuellement, les blablateurs de tout poil nous disent qu’il faut une réduction massive de la dette française ( ce qui est certain) mais ont-ils conscience des réalités économiques et sociales ? Engager un programme de rigueur afin de réduire la dette de la France engendrera inévitablement une croissance moindre, voire négative (donc récession), une consommation en chute libre et une diminution des recettes fiscales.

L’on entend beaucoup parler de faire rentrer des recettes dans les caisses de l’Etat, beaucoup moins de faire des économies, à savoir de réduire les dépenses de l’Etat. Il est certain que certaines dépenses ne peuvent être supprimées. Il est impensable si l’on envisage la situation à long terme de supprimer la CMU, l’APL même si il est possible de geler son montant pendant quelques temps… ou le RSA qui permet à peine aux bénéficiaires le minimum pour survivre. Néanmoins, il faut faire la chasse aux tricheurs… aux profiteurs.

Au titre des dépenses à supprimer ou si vous préférez des économies à faire. Une principale est sans doute les dépenses occasionnées par « la Grandeur de la France », à savoir toutes les dépenses militaires pour se donner l’impression d’être encore un grand pays qui compte dans le monde et le pays des Droits de l’homme (encore faudrait-il savoir que la Hollande et l’Angleterre ont fait leurs révolutions avant la nôtre et que les Hollandais défendaient déjà « les anciennes libertés »). Une autre dépense primordial, le train de vie des élus (la cagnotte du Sénat de 1 300 000 000 d’euros est-elle exempt du vote qui régit les finances publiques ? j’appelle cela de la rapine d’aigre-fin !)… celui des fonctionnaires hors catégories ou hauts fonctionnaires – est-il normal qu’un commissaire de police dispose d’un logement de fonction ? qu’un chauffagiste de la préfecture de Paris, en raison des astreintes d’un week-end sur 4, dispose d’un logement de la préfecture ? Ne parlons pas du coût de l’Elysée… mais évoquons la chancelière allemande et les ministres de son gouvernement qui eux ne bénéficient nullement d’un logement de fonction !

Une journée de travail équivaut à une rentrée fiscale de deux milliards d’euros. Il serait grand temps de supprimer toutes ces commémorations qui ont servi de prétexte à l’assassinat de millions de Français pour le bien être des possédants, au nom du patriotisme. Il en va de même des fêtes religieuses alors que l’Etat français est laïc…. Une économie estimée à 10 milliards d’euros !

Nous assistons impuissants à une spéculation honteuse et démentielle qui ravage les économies des pays et plonge les trois quarts des hommes, femmes et enfants de notre planète dans la misère et le désespoir. Rien n’est fait contre eux. Beaucoup de solutions sont évoquées mais attention… pas touche. Comme je l’ai écrit dans les précédents blogs, le monde bouge et se révolte. Connaissez-vous la dernière blague à la mode ? non, alors je vous la raconte : savez-vous pourquoi les milliardaires se calfeutrent ?… parce qu’ils sont pourchassés par les millionnaires !

A qui profite la spéculation ? Si elle permet à certains de gagner beaucoup d’argent, il faut savoir qu’elle permet aussi à d’autres de racheter à moindre coût les entreprises qui les intéressent. Comment ? On fait chuter l’action d’une entreprise pilote dans son secteur, qui a des finances et de la clientèle, donc une entreprise solide (ce pourrait être par exemple l’Oréal) en faisant courir un bruit, une rumeur défavorable à l’entreprise. Celle-ci perd 70% de son capital. L’on achète ensuite ses actions qui ont perdu 70% de leur valeur à moindre coût. Lorsque la situation se stabilisera et que la dite société reprendra son rang dans l’économie, son capital change de propriétaires : elle appartiendra aux spéculateurs, pirates de la Finance, qui voulaient l’acquérir mais ne pouvaient ou ne voulaient le faire à sa véritable valeur. Plus besoin d’OPA, offre publique d’achat qui dévoile celui qui veut acheter… « Les voilà repartis sur la route affameuse. Dans la poussière, dans la boue, dans la faim, dans la détresse, dans l’anxiété de l’avenir. » Charles Péguy - cela me rappelle certaines scènes des Raisins de la colère de Steinbeck.

                                                                               le 12 novembre

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