Et maintenant, il reste à gagner le rivage si peu accessible des Droits de l'Homme - suite

Violences urbaines en Afrique du Sud -

 
22 mai 2008 - depuis 10 jours la population assiste à la violence extrême déployée contre les résidents étrangers des bidonvilles. Tout a démarré le 11 mai à Alexandra en proche périphérie de Johannesburg à côté d'un quartier ultra moderne de Sandton. Les agressions ont été immédiatement suivies dans d'autres quartiers, faisant 42 morts et un grand nombre de blessés, semant la panique. Plus de 16 000 personnes ont quitté leur shack (bidonville) cherchant refuge dans les églises, les postes de police, les écoles... Les agresseurs s'en prenaient aux étrangers sans papiers qui vivent dans ces bidonvilles ayant fui la crise économique du Zimbawe, ex Rhodésie du Sud, qu'ils accusent de leur voler leurs emplois et logements. Les habitants d'une usine désaffectée et squattée depuis 1986 après les émeutes anti-apartheid s'attendaient à ce que l'on leur signifie leurs expulsions. 200 foyers vivaient alors dans l'usine dans des cabanes en cartons, empilées sur deux étages comme un château de cartes. Un lit pour 4 personnes et en l'absence d'électricité, l'on se chauffait à la paraffine avec les risques d'incendie que cela comporte. Sud Africains, Zimbabweens ou Mozambicains, ils vivaient en bonne intelligence sans papiers, travaillant comme agents de sécurité ou ouvriers du bâtiment pour des salaires de misère - 35 rands par jour soit environ 2 euros. Compagnons de galère plutôt que partisans de guerre civile.


Les émeutes de Soweto- le 16 juin 1976, le soulèvement des populations noires à Soweto marque le début d'une révolte générale contre l'apartheid, mot africaan qui désigne la séparation sociale. Il faudra attendre encore 17 ans de lutte avant que les populations blanches décident de renoncer à leur système de ségrégation et admettent la démocratie en Afrique du Sud. Les émeutes raciales de Soweto, principale ville noire de la banlieue de Johannesburg, feront plus de 23 morts et plus de 200 blessés. Les émeutes vont s'étendre à de nombreuses villes noires et le bilan officiel de six jours de manifestation s'établira à 140 morts et 1 120 blessés.


L'Afrique du Sud est appelée parfois « Nation arc-en-ciel », notion trouvée par l'archevêque Desmond Tutu. La diversité de la nouvelle nation contraste avec l'idéologie séparationiste de l'apartheid plus en vigueur depuis 1991. Elle se caractérise par d'importantes richesses indispensables pour les pays occidentaux durant la guerre froide et par une importante population de souche européenne. depuis 1994, les autoroutes sud-africaines ont mis en œuvre une politique de discrimination positive (ensemble de mesures visant à favoriser certaines personnes appartenant à des catégories dont les membres auraient subi ou subiraient des discriminations systématiques exercés au détriment d'autres catégories et s'opposeraient au principe d'égalité de droit alors que d'autres pensent qu'elles permettraient la promotion sociale, économique et politique de groupes déterminés) visant à promouvoir une meilleure représentation de la majorité noire dans les différents secteurs administratifs et privés. Un des résultats fut l'appauvrissement d'une partie de la minorité blanche (10% de ses membres vivent aujourd'hui avec 1 000 euros par an). Ce programme a contribué au développement d'une classe moyenne noire qui gagne plus de 6 000 rands par mois (520 euros) représentant 10% de la population noire, ceux-ci étant perpétuellement très endettés et souffrant de l'augmentation des taux d'intérêt. Le reproche fait à la discrimination positive est de ne favoriser qu'une toute petite partie de cette population noire, ceux qui sont diplômés et vivant en centre urbain. Sur la période 1995-2005, les blancs qualifiés émigrent en masse - en 10 ans, 16,1% des Sud-Africains blancs ont quitté le pays. Suite aux critiques des partis d'opposition, le gouvernement redéfinit sa politique de discrimination positive en favorisant le retour au pays de ces trop nombreux et trop qualifiés expatriés. La vice-présidente, Phunizile Mlambo-Ngiuba est chargée de mettre cette réforme en œuvre en promouvant des salaires incitatifs à ceux qui reviennent au pays. En août 2008, les membres de la nouvelle direction de l'ANC reconnaissaient auprès des entrepreneurs et représentants de la minorité blanche les errements provoqués par la discrimination positive.


Depuis 1994, 3,6% des fermes ont été redistribuées au 1,2 millions de noirs alors que 66 000 blancs possèdent et gèrent 80% des terres cultivables. Le gouvernement s'était engagé en 1994 à redistribuer 30% des terres d'ici à 2014. Cependant la redistribution ne doit pas affectée la rentabilité économique de ces terres car la restitution à des noirs de la majorité des fermes des vallées fertiles du Limpopo a tourné au désastre, faute d'encadrement technique et financier alors que les fermiers noirs ne cultivent que des surfaces suffisantes pour nourrir leurs familles et laissent le reste en friche. Depuis 1994, tous les grands groupes financiers et les banques ont cédé entre 10% et 26% de leur capital à des noirs, indiens et métis. Une petite élite noire, issue des leaders de l'ANC, s'est reconvertie avec succès dans les affaires en bénéficiant de grosses cessions de capital d'entreprises. Le plus riche d'entre eux est Patrice Motsepe qui a accumulé une fortune de plus de 500 millions de dollars en 10 ans. Ainsi, selon la charte minière de 2002 toutes les compagnies doivent céder 26% de leur capital d'ici à 2014. Les noirs devront représenter 40% des cadres en 2009. Les compagnies qui ne respectent pas ces conditions pourront perdre leurs droits d'exploitation. un arsenal législatif est en cours d'adoption. Des objectifs précis seront fixés en matière de cessation de capitaux et de promotion interne des noirs dans les entreprises. Toutes les entreprises y compris les PME devraient remplir un bulletin de notes (ce qui auront les meilleures notes seront favorisés pour remporter les marchés publics). Les multi-nationales sont cependant exemptées (ceci s'explique aisément). Selon l'indication du développement humain, IDH, du programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l'Afrique du Sud a reculé de 35 places dans leur classement entre 1995 et 2005. Constatant l'appauvrissement général de la population, le nombre des personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté a doublé en 10 ans passant de 1,9 à 4,2 millions, soit aujourd'hui 8,8% de la population. Près de 40% des villes sont composées de townships et cette différence entre les riches et les pauvres est visible et présente, à l'origine de tensions entre les deux classes sociales. Plus de 43% de la population vit avec moins de 3 000 rands (260 euros) par an. Le chômage a un taux officiel de 23,2% selon l'OIT (organisation internationale du travail) mais les syndicats l'estiment proche de 40%. En 2006, le pays détient la 121e place du classement mondial sur 180. Cette régression serait due en partie causée par la pandémie du sida. Une partie de la minorité blanche s'inquiète notamment de la hausse de la criminalité (541 fermiers blancs ont été massacrés de 1998 à 2001), par la discrimination positive, la pandémie du sida et par les événements survenus au Zimbawe à l'encontre des fermiers blancs tous expulsés du pays faisant partis du pays pendant plus de 200 ans, ceux-ci ayant émigrés en Australie et Nouvelle-Zélande. Ainsi près d'un million de Sud-Africains blancs avaient quitté le pays depuis 1994. En mars 2008, Johannesburg et d'autres villes du pays connaissent de violentes émeutes anti-émigrées qui ont fait 50 morts, 25 000 sans abris et de nombreux blessés et provoquer l'exode de plusieurs milliers d'émigrés clandestins. Suite à l'augmentation des vols au début des années 1990, les Sud-Africains ont commencé à se barricader chez eux, élevant clôtures et murs pour se protéger de la rue, des voisins. Les plus aisés installant en outre détecteurs et alarmes puis des grilles électrifiées de 9 000 volts. Les malfaiteurs se sont attaqués aux habitants devant leurs maisons, pistolets sur la tempe et les forçant à désactiver toutes les précautions prises. Les riches se regroupent dans les quartiers aux allures de forteresse, portails et abords surveillés 24 h sur 24. La criminalité chez les privilégiés a chuté de 70%. D'après Le Monde du 28 décembre 2004, tous les records en matière de criminalité ont été battus. L'on compte 20 000 meurtres par an, plus 30 000 tentatives de meurtres, quelques cinquante milles viols avec risque de contamination par le VIH et 300 000 cambriolages. En 2005, l'Afrique du Sud a compté quelques 19 000 personnes assassinées, 55 000 viols et 120 000 hold-up selon les chiffres cités par le Sunday Time prévoyant un risque pour la stabilité politique du pays. Pour les années 2007-2008, les statistiques ont recensé quelques 240 000 cambriolages chez les particuliers, pas moins de 60 000 vols dans les magasins, les usines et les bureaux, 140 000 cas de dégradation lourde de matériel ainsi que 48 487 assassinats et 18 795 tentatives de meurtres. Les violences se sont concentrées au Cap, à Durban, à Johannesburg et à Prétoria. Presque tous les habitants d'Afrique du Sud ont une fois dans leur vie fait l'expérience de la criminalité.


Depuis l'annonce de l'organisation du Mundial 2010, les autorités ont décidé d'investir en masse dans la sécurité pour permettre de voyager sans encombre. La population espère fortement ainsi que cet événement améliorera la sécurité. L'Etat sud-africain dispose de 200 000 policiers et 60 000 militaires pour établir l'ordre et la sécurité en temps normal, mais les agents sont en général mal formés et sous payés. La police fait surveiller certains commissariats par des sociétés privées. 400 000 agents de sécurité privée sont chargés de la protection d'un million et demi d'entreprises et de foyers sud-africains parmi les plus aisés.


La libération de Nelson Mandela et la fin de l'apartheid a suscité un immense espoir pour tous. « Quoique démocratique que soit l'Etat social et la constitution politique d'un peuple, on peut donc compter que chacun de ses citoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent et l'on peut prévoir qu'il tournera obstinément ses regards de ce seul côté. Quand l'inégalité est la loi commune d'une société, les plus fortes inégalités ne frappent pas l'œil ; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C'est pour cela que le désir de l'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité est plus grande » Alexis de Tocqueville. Le fait que en raison de cette « passion de l'égalité », un nombre toujours plus grand de différences sociales soient perçues comme des inégalités injustes et illégitimes. L'inégalité de traitement ne suffit pas à caractériser la discrimination, encore faut-il que le critère qui la fonde soit illégitime. Le passage entre une distinction légitime et une distinction illégitime ne cesse d'évoluer. Après tout, l'apartheid n'est pas si loin ou même définitivement enterré, le suffrage masculin (1848-1944) et le suffrage féminin dans les pays évolués : Angleterre 1918, France après la Seconde Guerre Mondiale. On peut distinguer quatre principaux ordres d'inégalités : les inégalités politiques, les inégalités juridiques, les inégalités économiques et les inégalités sociales.


Quand est-il de Nelson Mandela - Nelson Rolihlahla Mandela né le 18 juillet 1918 à Muezo (Province du Cap) fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique de l'apartheid et Président de la République d'Afrique du Sud de 1994 à 1999 à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti National Afrikaner, arrivé au pouvoir en 1948. Il intègre l'Afrikan National Congrès, ANC, en 1944. Celui-ci est interdit en 1960 et la lutte pacifique ne donnant aucun résultat tangible, Mandela fonde la branche armée militaire de l'ANC, Umkhonto We Sizwe en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre les objectifs militaires. Il est arrêté par le gouvernement avec l'appui de la CIA, condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient un symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto en juin 1976. Après 27 ans d'années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990 et soutient la réconciliation avec le gouvernement de Frédérik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la Paix pour leur action en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays. Elu premier Président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale mais néglige quelque peu la lutte contre le sida très présent dans le pays. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active, oeuvrant depuis contre le sida qui lui a pris un fils. Il est aujourd'hui une personnalité mondialement écouté au sujet des droits de l'homme.


Pourquoi la lutte armée ? Le 21 mars 1960, a lieu le massacre de Sharperville un townships de Vereeniging dans le sud du Transvaal. Lors d'une manifestation du Congrès panafricain contre l'extension aux femmes du passeport intérieur que les hommes noirs sont obligés de porter constamment sur eux sous peine d'être arrêtés ou déportés, une soixantaine de policiers sur un effectif de 300 hommes retranchés dans un local de police et appuyés par des véhicules blindés tirent sans sommation sur une foule d'environ 5 000 personnes dont seuls 300 sont encore à proximité des policiers, le reste de la foule ayant commencé à se disperser. Il y a 69 morts dont 8 femmes et 10 enfants ainsi que 180 blessés par balles dont 31 femmes et 19 enfants. La majorité des blessures par balles sont faites dans le dos sur une foule en fuite et non armée. Selon les policiers, les tirs ont été dus à la panique et à l'inexpérience suite à des jets de pierres alors que la commission de la Vérité et de la Réconciliation conclura selon les témoignages de manifestants que le tir était délibéré. Le gouvernement déclare l'état d'urgence face aux manifestations qui s'ensuivent et interdit l'ANC et le PAC dont les leaders sont emprisonnés ou assignés à résidence. Le Conseil des Nations Unies vote le 1er avril la résolution 134 qui condamne le massacre et engage le gouvernement sud-africain à abandonner sa politique d'apartheid et de ségrégation raciale. Albert Lututi, Président de l'ANC, obtient le prix Nobel de la Paix la même année.


« Oui ! si sa cruauté s'obstine à votre perte, j'irai pour l'empêcher jusqu'à la force ouverte » Corneille - la nécessité des gouvernements contraint à leur guise la loi, c'est-à-dire elle l'oblige à l'enfreindre.


A la naissance des individus sont placés dans des conditions différentes favorisant plus ou moins la réussite sociale - différences entre milieu favorisé ou milieu défavorisé, validité ou handicap physique ou mental... l'égalité des chances est un idéal et un paradigme libéral - une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent (liaison étroite des différents éléments constitutifs d'un ensemble comportant une absence de contradiction entre eux et intimement unis ; de vision du monde qui repose sur une base définie (modèle théorique, courant de pensées). Le mot paradigme s'emploie dans le sens vision du monde, il a été souvent utilisé notamment pour donner un aspect fortement novateur à un projet. Le paradigme au sens collectif est un système de représentations largement acceptées dans un domaine particulier. Les paradigmes tentent à différer suivant les groupes sociaux et à changer dans le temps en fonction de l'évolution des connaissances. Dans le sens individualiste qui consiste à concevoir les individus dans des conditions de départ égales ou équivalentes (avec compensation des inégalités naturelles et inégalités sociales) afin qu'ils aient toutes les chances de réussir et que le sens déterminant soit leur volonté et leurs mérites.


La représentation des richesses dans une société est rarement égalitaire. Elle peut donner des inégalités de revenus et de patrimoine dont certaines sont socialement admises et d'autres non.


Selon l'ONU, 1% des personnes les plus riches de la planète détient 40% de la richesse mondiale - 2% de l'humanité concentre 50% du patrimoine de la planète alors que 50% de la population n'en détient que 1% - les 10% les plus riches des habitants de la planète possèdent 124 fois plus que les 10% les plus pauvres. En Belgique, les 10% les plus riches gagne 8 fois le revenu des 10% les plus pauvres. Aux USA, le rapport est de 17, au Chili de 43, au Brésil de 66, en Namibie 129. En Amérique latine, les propriétaires terriens fonciers constituent 7% de la population globale et possèdent 93% des terres.


Santé -
Le pays est confronté à l'augmentation de la séropositivité au VIH : à partir de tests anténataux, il a été déduit que 19% des 15-49 sont séropositives. La prévalence globale de cette séropositivité est estimée à 11%, les estimations de population pour 2007 se fondant sur cette prévalence (44 millions) ne concordent pas avec les tous derniers recensements organisés par les services gouvernementaux (48,5 millions). Espérance de vie des hommes : 53,5 ans, femmes : 57,2 ans ; taux de croissance annuel de la population : 1,07% ; taux de natalité : 23,8% en 2004 ; taux de mortalité : 16,77% en 2001, 11% en 2002 ; taux de mortalité infantile : avant 1 an : 45,70/1000 ; taux de fécondité : 2,38 enfants/femmes en 2009 ; développement humain : IDH 0,653. Analphabétisation hommes : 15,9%, femmes 44,8% ; PIB total (PPA) : 606 407 000 de dollars, PIB par habitant : 12 796 dollars ; taux de migration : 1,73% en 2001.


La corruption fléau qui ravage l'Afrique du Sud -

La nation arc-en-ciel a fait rêver. Les héros de la lutte contre l'apartheid sont devenus intouchables. C'était l'espoir d'une vie meilleure pour tous dans la fin et le début d'un siècle tourmenté qui s'achevait et d'un millénaire qui commençait. L'Afrique du Sud, à l'instar de ce qui se passe dans l'ensemble de la planète, est aujourd'hui le pays où les pauvres sont toujours pauvres, la condition de vie déplorable pour la majorité de la population provoquant frustration, colère, racisme et xénophobie. Classée au 55e rang des pays corrompus sur 80 par Transparancky International, l'Afrique du Sud a connu des cas retentissant de corruption et c'est au quotidien que la corruption gangrène la société. Le gouvernement de Jacob Zuma a décidé de faire de la lutte contre ce fléau la priorité des priorités. Des amendements législatifs et la mise en place d'une brigade anti-corruption sont les axes ayant pour mission de traquer tous les actes de corruption dans le service public et de faire comparaître les coupables devant la justice. Tous les ministères sont touchés, les appels d'offre entachés d'irrégularité et octroyés à ceux qui auront donné le dessous de table le plus alléchant. Le procès de Jacky Selebie, ancien chef de la police, montre la collusion de la police avec le crime organisé et le monde des affaires. Les élus locaux utilisent le népotisme pour attribuer des marchés publics à des membres de leurs familles ou à des amis pour que l'argent de la communauté passe dans leurs poches. Le secrétaire général de l'ANC a fait cette remarque inquiétante : « Il est effrayant de voir la vitesse à laquelle l'élection à un poste de responsabilité est considéré comme une opportunité d'enrichissement personnel ». Le service public n'est pas seul en cause, une enquête révèle que plus de 60% des compagnies sud-africaines reconnaissent avoir utilisé ou avoir été victimes de pratiques de corruption. Les inégalités se creusent entre riches et pauvres. Pour un gouvernement qui veut mener une politique contre la pauvreté, la question de la répartition des richesses est une question politique épineuse. L'Afrique du Sud est l'un des pays au monde où les richesses sont aux mains d'une minorité. Ce qui est nouveau, c'est que les inégalités se creusent entre riches et pauvres et pas seulement entre blancs et noirs. Grâce à des allocations pour les enfants et un paiement plus efficace des pensions, le nombre de foyers noirs dans la catégorie des revenus faibles a chuté. En 2001, 90% des foyers noirs étaient encore dans la catégorie des revenus faibles. En 2003, 20% des foyers détenaient 65% des richesses totales du pays. Parmi ces riches, les blancs sont toujours majoritaires même si l'on trouve plus de noirs dans cette catégorie. Les pauvres vivant dans les bidonvilles ont vu leurs conditions de vie s'améliorer en ayant davantage accès à l'eau et l'électricité. Néanmoins, ils habitent toujours dans leurs bidonvilles* et les pauvres sont toujours pauvres, le travail toujours aussi précaire comme le chômage l'atteste et l'habitat digne des temps féodaux pour les gueux d'autres temps.

* Charles Boots a vu les bidonvilles comme un « amalgame » de conditions de logements sordides, de surpeuplement, de maladies, de pauvreté et de vices.

En France, après la Seconde Guerre Mondiale, tout près de nous dans le temps, du fait de la pauvreté de l'après-guerre, de la destruction de certaines cités par les bombardements alliés (anglo-américains), de l'exode rural et de la venue de la main d'œuvre étrangère, se pose le problème crucial des sans abris. Il y avait floraison de bidonvilles en France. Parmi eux : ceux de Nanterre situés à l'emplacement de la préfecture Hauts-de- Seine, de Noisy-le-Grand parmi les plus notoires de la région parisienne. Il a fallu la moitié des années 1970 pour que ces bidonvilles disparaissent sous le Premier ministre Chaban-Delmas. L'abbé Pierre sera l'un de ceux qui porteront assistance aux habitants des bidonvilles pendant l'hiver 1954. Ma sœur aînée a passé sa courte vie comme assistante sociale, troublée d'agvoir vu tant de misère, elle morte en 1974 dans un hôpital psychiatrique de la banlieue parisienne. Dans les années 1960, de nombreux immigrés portugais constituèrent le bidonville de Champigny-sur-Marne qui compta jusqu'à 10 000 habitants. Au début du 21e siècle, perdurent en France de micro-bidonvilles, cachés à la vue le long des voies de communication ou dans des friches industrielles. Depuis des dizaines d'années, les ouvriers saisonniers vivent dans un bidonville à Berre-L'Etang (Bouches du Rhône), sans électricité et eau courante mais avec des sanitaires installés par la Fondation de l'abbé Pierre, « toilettes du monde », et les compagnons bâtisseurs. Les bidonvilles de Cassis où résidaient 93 Tunisiens ont été démolis en 2005. Dans les bois alentours de Paris, Vincennes et Boulogne, on dénombre en 2007 environ 200 personnes habitant des abris en dur, la plupart du temps isolés afin d'être moins visibles et parfois en petits groupes ; un bidonville au nom bulgare réunit des centaines de gens à Pantin près du canal de l'Ourq ; à Marseille, près du ruisseau Mirabeau du quartier Saint André, il est un bidonville pour des familles yéniches, manouches et gitanes.


Le nombre de bidonvilles* croît dans le monde à un rythme de 30 à 50 millions de personnes par an. D'ici à 2050, la population des bidonvilles et des taudis dans le monde pourrait atteindre 1,5 milliard en 2020 et 3 milliards 2050, soit 1/3 de la population si rien n'est fait pour enrayer la tendance. * le nom de bidonville a été prononcé pour la première fois pour désigner l'immense quartier de Ben M'Sik à Casablanca détruit en 1952 et reconstruit par un ensemble très agréable fait de maisons particulières avec des pièces donnant sur une cour intérieure, le tout à l'abri des regards, entouré par un mur. Je fus chargé en tant que conducteur de travaux de l'alimentation électrique et de l'éclairage public de ce nouveau quartier, le plus étendu de Casablanca.

Sources : Wikipédia ; L'Etat du monde, éd. La Découverte

                                                     le 15 mai 2010

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