Il est bon de parler et meilleur de se taire!

M. Le Pen, je me suis toujours abstenu de toute critique quand aux idées que soutiennent vos millions d’électeurs et vous-même. Chacun d’entre nous fait un choix suivant sa conscience. J’ai toujours été contre et soutiens encore que l’absence de proportionnelle empêchant votre formation d’être représentée était anti-démocratique. La pluralité, élément essentiel de la Démocratie, nécessite la diversité des opinions. Aujourd’hui, vous affirmez que la moitié de la population française vit dans l’immoralité, engendrant des enfants hors mariage ; aussi je m’insurge des propos que vous avez tenus relativement à ces enfants. 

Dans ce blog il est question de paroles prononcées par M. Le Pen au sujet des enfants du couple Royal-Hollande. Ci-dessous un extrait de la critique adressée à Me Royal " ce sont, deux hauts fonctionnaires de notre pays qui donnent un exemple déplorable en ne se soumettant pas à un mariage civil " ; dans ce bref communiqué du Nouvel Observateur, il n’est pas question des enfants Royal-Hollande nés hors mariage. Pourquoi ce silence des journalistes ?

Je vous rappelle que :

. le droit crée un lien juridique entre le père et son enfant et un autre lien entre la mère et son enfant mais ces deux liens ne créent pas de lien juridique entre le père et la mère ; les droits et les obligations découlant de ces liens sont identiques, quelque soit la nature légale de la relation parentale : demandez donc à votre fille Marine, avocate de son état, la véracité de ce propos

. les enfants naturels : les articles 334 et suivants du Code civil concernant la filiation naturelle

. les enfants légitimes : les articles 312 et suivants du Code civil concernant la filiation légitime

. que légalement, les enfants légitimes et les enfants naturels relèvent du même statut juridique

Je vous signale en outre que :

. " les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit " : aucun article de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 n’évoque le mariage. Autrement dit, tous les hommes – et les femmes – relèvent du même statut juridique. De surcroît, " moralement ", les enfants nés des fredaines d’un couple, quels qu’ils soient, ne sont responsables des conditions dans lesquelles ils sont venus dans ce monde.

Je vous ramène au discours que vous clamiez lors de la campagne 2001 :

" La Famille, comme la Nation, est au centre de toutes les attaques des lobbies et des gouvernants à leurs ordres. Parce qu’elles sont, l’une et l’autre, le socle de notre identité et de notre avenir, ils veulent les dissoudre pour nous faire entrer dans le meilleur des mondes, celui où l’homme " naît enfant trouvé et meurt célibataire ". Bien plus, non contents de s’acharner contre la famille, les gouvernements promeuvent aujourd’hui, par la loi, des " modèles sociétaux " régressifs, comme le PACS, l’avortement facilité aux mineures et l’allongement de son délai légal, la distribution de la pilule abortive dans les établissements scolaires sans consultation des parents, la dissolution par étapes du droit de la famille (nom patronymique, transmission des biens, simplification des formalités du divorce…)…. La survenue d’enfants hors mariage, si elle participe au renouvellement des générations, n’en constitue pas moins un facteur de fragilité sociale en privant les enfants de l’équilibre d’un foyer stable. Or, près de 40% des naissances se font aujourd’hui hors mariage. "

Tout en constatant qu’en 2007, vous évitez de prononcer de tels propos, ceux-ci pouvant porter préjudice à l’obtention de quelques dizaines de milliers de votes, ne serait-ce que dans vos propres rangs – il serait étonnant que parmi vos 5 millions d’électeurs potentiels, il ne se trouva point de couples vivant hors mariage, pacsés ou en union libre…

Personnellement, je n’ai pas assisté à votre passage dans les médias où m’a-t-on informé que vous aviez traité les enfants du couple Royal-Hollande de bâtards. Ce terme utilisé signifie " enfant né hors mariage, non reconnu par le père ", mais aussi anciennement " engendré sur le bât " du germain Bansti (grange). Le drôle de la situation est qu’un de mes enfants né hors mariage a été engendré sur une meule de foin… Je trouve ce mot de bâtard, si vous l’avez prononcé, d’une telle bassesse qu’il est inutile que j’épilogue plus longtemps sinon pour vous dire que cette expression, tout au long des siècles, a eu une connotation néfaste qui jetait l’opprobre sur ces enfants.

Je vis actuellement avec la mère de mon troisième enfant, depuis 24 ans, enfant engendré dans le pêché selon l’Eglise catholique et dans l’immoralité suivant vos dires. Pourquoi n’ai-je pas régularisé cette union par un mariage ? Tout simplement, parce que je n’ai nul besoin, ni la permission, qu’un quidam, écharpé de tricolore, devenu maire en serrant force poignées de main au marché de la commune ou parce que se trouvant être le gros propriétaire terrien du coin.

HISTORIQUE DU MARIAGE -

Le droit de se marier et de fonder une famille est considéré comme un droit – et non un devoir – fondamental de la personne – article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme. Jusqu’à la Révolution française, seul le mariage religieux était reconnu et les registres paroissiaux tenaient lieu d’état civil. La loi du 20 septembre 1792 instaure le mariage civil, enregistré en mairie, qui devient le seul valable aux yeux de la loi. Il doit précéder toute cérémonie religieuse. Le non-respect de cette règle est constitutive d’un délit. Dès lors, et quelle que soit sa religion d’appartenance, il faut passer devant le maire avant de pouvoir se marier religieusement. En 1804, le Code Napoléon définit les conditions du mariage qui figurent toujours au livre I du Code civil – notons la régression du Code Napoléon relativement aux dispositions de la Révolution : la femme est, de fait et de droit, sous tutelle de son mari au même titre que les enfants.

Tout le monde sait, M. Le Pen, que pour vous et un certain autre candidat ayant les mêmes idéaux, la femme doit être une " pondeuse de petits français ", s’acquittant des diverses tâches du foyer et je ne doute pas un seul instant que vous désapprouviez au fond de vous même les avancées de la femme au cours du 20e siècle, à savoir :

. la loi du 13 juillet 1963 qui en autres dispositions particulières relatives à la femme lui octroie le droit de travailler sans l’autorisation de son époux, d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son époux…

. la loi du 28 décembre 1967, dite loi Neuwirth, autorisant la contraception qui jusqu’alors était un délit

. la loi du 17 janvier 1975, dite loi Veil – qui en faisant partie, autorisant l’interruption volontaire de grossesse – pour information, je signale qu’avant le vote de cette loi, environ 10 000 femmes mourraient par an d’interruption de grossesse pratiquée dans des conditions sanitaires déplorables par des médecins douteux ou des faiseuses d’anges ; n’oublions pas comment les " 120 salopes " qui affirmaient avoir subi une interruption de grossesse ont été conspuées et comment Me Veil a été traité par ces hommes dits honorables du Parlement ! Je vous rappelle en outre que ce combat reste d’actualité puisqu’il n’y a pas si longtemps certains parlementaires de droite voulaient abroger cette loi, heureusement la mobilisation des femmes sous forme de pétition – 20 millions de signature recueillies – a permis d’éviter un retour en arrière.

Vous semblez ignorer que loi et morale sont deux préceptes. Pour votre gouverne :

. la loi : règle ou ensemble des règles obligatoires, établies par l’autorité souveraine d’une société et sanctionnées par la force publique

. la morale : qui concerne les mœurs, les habitudes et surtout les règles de conduite admises et pratiquées dans une société

Si pour vous la morale prédomine sur la loi, alors acceptons le mariage forcé des jeunes filles, l’excision, la répudiation et la lapidation des femmes, actions considérées dans certaines sociétés comme parfaitement normales et morales ! Je vous signale que la France est un composite de différentes communautés ayant chacune leur morale – ancestrale- aussi divergentes que peuvent être leurs us et coutumes.

Il y a 35 000 ans, l’homme préhistorique n’était sans doute pas un homme mal léché et rustre sans aucune organisation. Pendant un nombre conséquent de millénaires, jusqu’à l’Antiquité et l’apparition des religions, il fut un adepte du compagnonnage apportant protection à sa ou ses compagnes et leurs progénitures. Dans les sociétés romaines, le mariage faisait partie des devoirs du citoyen. Ils étaient arrangés entre les pères et futurs époux et les jeunes promis faisaient connaissance le jour des fiançailles. La religion et leurs innombrables dieux et déesses étaient omniprésentes. Lorsque le christianisme devient la religion officielle de l’Empire romain, le mariage devint une affaire privée.

Je vous donne quelques exemples de mariages à ne pas suivre :

. au 9e siècle, Charlemagne eut 5 épouses et une demi douzaine de concubines

. au 11e siècle, Guillaume le Conquérant enlève la belle Mathilde qui lui refusait son consentement

. aux 14e et 15e siècles, Venise, alors à son apogée, se complaisait dans le célibat. Il faut dire que le mariage présentait une sérieuse entrave aux distractions favorites des Vénitiens de l’époque et particulièrement les jeux de l’amour… et du hasard (?) Seul le cadet de la famille était de corvée (sauvegarde de la lignée) mais on ne peut pas dire qu’il manifestait beaucoup d’égard vis à vis de (l’heureuse) élue… qui ne se gondolait pas tellement.

Pendant des siècles, si les femmes du peuple pouvaient se marier avec consentement mutuel, les femmes nobles ou de sang royal étaient considérées comme une monnaie d’échange, un moyen d’agrandir son territoire et d’assurer sa descendance.

Aujourd’hui, cela a-t-il changé en ce qui concerne les classes aisées…

La morale… bof, il y aurait tant de choses à dire sur le mariage d’autrefois et d’aujourd’hui.

Pour conclure enfin : que pensez-vous des enfants abandonnés à leur naissance pour diverses raisons, non reconnus, sans parents aucuns, recueillis par l’Assistance publique et appelés pupilles de l’Etat, qui devenus adultes, sont morts pour la Patrie au cours des nombreuses guerres qui jalonnent l’histoire de la France et dont s’enorgueillissent certains nostalgiques ?

                                                                                                      Le 2 avril 2007

 

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