Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe - Montesquieu

La France évoque sans cesse le siècle des lumières et ses penseurs : "La France des droits de l'homme" mais auparavant il y a eu les révolutions hollandaises (1588) où se développe les idées d'ancienne liberté - y compris des villes "franches", à savoir libres, et la légitimité des Etats généraux ; la révolution anglaise (1638), réaction à l'absolutisme croissant depuis l'avènement des Tudors (1485) jusqu'à la Pétition des droits (1628) qui s'impose à Charles Ier (1625), dans l'esprit même de la Magna Carta de Jean sans Terre (1215), le premier texte de nature constitutionnel qui vise à garantir les libertés individuelles contre l'arbitraire, déterminant la notion de rule of law, à savoir selon Locke, "un gouvernement de lois, non d'hommes", c'est-à-dire une situation où règne le droit et non l'arbitaire ; la révolution américaine (1777) avec la formulation moderne de problématiques de droit public telles que le problème de la représentation du peuple, la conception de constitution écrite et de droits de l'homme, les contre-pouvoirs : le contrôle juridictionnel des lois... la liberté de conscience et la neutralité religieuse de l'Etat. La notion des "Droits de l'homme" n'est par conséquent pas l'apanage de la France, elle n'est que le syncrétisme* de la pensée européenne qui se développe au cours des siècles. - * syncrétisme : du grec "union des Crétois", combinaison de mélange des idées, des doctrines, des diverses révolutions citées ci-dessus.

Kant définit ainsi les Lumières dans Qu'est-ce que les Lumières (1784)"Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité à se servir de son entendement* sans la conduite d'un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais une insuffisance de la résolution et du courage de s'en servir sous la conduite d'un autre. Sapere aude! Aîe le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise des Lumières". Notons que Condorcet résumant l'oeuvre des philosophes des Lumières considère que ces hommes n'ont cessé de "réclamer l'indépendance de la raison, la liberté d'écrire, comme le droit, comme le salut du genre humain ; s'élevant avec une énergie contre tous les crimes du fanatisme et de la tyrannie; poursuivant, dans la religion, dans l'administration, dans les moeurs, dans les lois, tout ce qui portait le caractère de l'oppression, de la dureté, de la barbarie...". De facto, la philosophie des Lumières se situe à l'opposé de la pensée traditionnelle: au respect des traditions se substitue le culte du progrès, de la raison, de la confiance dans l'avenir. Cette nouvelle idéologie sociale s'impose dans la sphère du politique et sape les fondements traditionnels : au principe d'ordre, on oppose celui de la liberté ; à l'obéissance, celui de droits naturels imprescriptibles et sacrés; à l'idée de hiérarchie, l'idée d'égalité de nature de tous les hommes, principe qui doit conduire à une démocratie politique, à l'égalitarisme sociale. Ainsi deux conceptions s'opposent : l'une qui réduit l'homme tel qu'il est dans l'ordre de la création, théorie traditionnelle et l'autre,révolutionnaire, fondée sur la bonté originelle de l'homme et du progrès dans un monde intelligible où la connaissance n'a pas de limites.

" Plus un peuple est éclairé, plus ses suffrages sont difficiles à surprendre (…) même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave

 S’il est certain que les Lumières constituent un réel progrès humain et si la Révolution française avec l’apport en France de la conception de droits inhérents à la nature humaine, il faut pourtant relativiserLa Révolution française est une révolution bourgeoise, non révolutionnaire, qui n’agit qu’en qualité de révélatrice hypothétique des carences du pouvoir politique dans l’accomplissement de la fonction qui lui est assignée et qui a pour but unique de donner le pouvoir politique à la bourgeoisie, partie intégrante du Tiers-Etat, qui a pris conscience de sa vocation de classe dirigeante et qui détient déjà le pouvoir économique. Rappelons que la noblesse s’est appauvrie en raison de l’interdiction de travailler qui pèse sur elle – exception faite du travail du verre puisque le feu purifie. Pour se faire, la bourgeoisie instrumentalise le peuple mais n’a nullement l’intention de lui octroyer un pouvoir politique quelconque ; aussi l’on a le désir de l’instruire mais pas trop afin qu’il ne prenne conscience de son pouvoir en qualité de masse et qu’il demeure sous la dépendance intellectuelle de ceux qui se considèrent comme les " élites " ; aussi crée-t-on des outils juridiques : a) la théorie du pacte social : Rousseau considère que par le pacte social naît et constitue un corps moral et collectif ; par suite de ce contrat, la volonté collective absorbe chaque volonté individuelle, entendu que les intérêts particuliers s’effacent devant l’intérêt général ; aussi, le pacte social est un pacte que les particuliers concluent entre eux et qui comporte pour tous l’obligation de se soumettre à la volonté général en tant qu’homme et en tant que citoyen : par ce contrat, l’individu transmet ses pouvoirs à la communauté dirigée par l’intérêt général – cette transmission suppose en contre-partie un droit de participation par le vote ; b) le suffrage (dit) universel mais il ne concerne que les hommes, à l’exclusion des femmes considérées comme des enfants et des domestiques considérés trop dépendants de leurs maîtres ; de plus, on conçoit tout d’abord de ne faire voter que les propriétaires terriens, puis on instaure le suffrage censitaire : il faut payer une somme équivalente à 10 journées de travail en imposition pour pouvoir voter  - Condorcet qui prône le droit de vote des femmes, dira que l’on a, d’un trait de plume, exclut la moitié de l’humanité ! ; c) la notion de Nation et de souveraineté nationale, caractérisée par son indivisibilité et issue de la volonté du peuple, qui génère des implications pratiques telles que le système représentatif ou le suffrage restreint que nous avons déjà évoqué – il faut noter que l’opuscule de Sieyès intitulé Qu’est-ce que le Tiers Etats ? constitue véritablement l’acte de naissance du politique en France, entendu que le droit politique acquiert son statut autonome sans avoir à faire l’objet d’une procédure de légitimationla Nation, principe de tout le droit, n’est soumise à aucun droit car non informée par une constitution, elle procède directement du droit naturel. La loi procède de la souveraineté nationale, entendue comme étant une norme fondamentale créée par la volonté populaire, émanant de la nation ou de ses représentants. En conséquence, le peuple, comme le rappelle la Constitution de 1958, s’exprime par le vote ou par ses représentantsLe système politique français reposant sur le système de partis, dénoncé par Rousseau comme un relent du corporatisme de l’Ancien régime, les représentants du peuple s’intéressent plus à leur place dans le parti qu’aux désirs de leurs électeurs. L’on peut dès lors parler d’une véritable confiscation du pouvoir souverain du peuple.

Le Président, sorti des urnes du suffrage universel de l'électorat français, à l'issu d'un engagement épique entre deux adversaires mus par un seul objectif, le" bien-être de ses habitants " (?) et conserver le pays dans le rang qu'il occupe sur la scène international, se disperse à vitesse supersonique. Notre pays, ne possédant pas de pétrole ni quoi que ce soit dans son sous-sol et qui brillait il n'y a guère lontemps encore par sa culture, sa capacité à faire progresser la technologie et la science grâce à ses chercheurs, compensant le manque de richesses naturelles par des réalisations importantes dans tous les domaines et qui lui permettaient de garder un certain aura et de rester parmi les pays les plus avancés, est aujourd'hui en voie de régression.

M. Sarkozy semble être atteint d'une mystérieuse maladie et tient avant tout au culte de sa personnalité. Il ne se passe pas un événement sur terre sans qu'il accourt agissant sous l'impulsion de décisions unilatérales, sans prendre le temps de la réflexion et de la consultation de ses partenaires. Comme la géométrie qui ne s'occupe pas de solides naturels mais plutôt de points, de lignes et de plans, il devrait apporter toute son attention aux affaires de la France et tenter de réparer les stupidités commises par une génération d'hommes politiques incompétents, sans en dire plus, présents encore sur notre sol. Que l'on cesse avant tout de rogner sur le budget de la recherche** pour un profit immédiat et mesquin pour une économie sordide; que l'école de la République redevienne ce qu'elle était il y a 50 ans, à savoir le lieu d'Instruction publique, instruction qui suppose l'apprentissage, à savoir apprendre par coeur, faire des exercices afin d'assimiler la règle mais aussi "apprendre à penser par soi-même", donner les outils pour le développement intellectuel de l'enfant - l'éducation étant du ressort des parents; et que les différents ministres de ces entités cessent de vouloir laisser pour la postérité une trace de leur passage - petites mesures et lois identifiées à leur nom. M. Sarkozy, les psychologues ne sont pas l'apanage du commun des mortels. Il n'y a aucune humiliation sinon de laisser un tant soi peu votre suffisance de côté d'en consulter un, voire plusieurs, pour vous aider dans votre tâche, essayer de tenir quelques-unes des promesses, les moins mauvaises, que vous fîtes et qui sait de vous rendre plus responsable. Et puis, si la France paraît être ce que peuvent croire les gens, laissons leur leurs illusions...

* par entendement, Kant entend le fait de comprendre, d'analyser et de formuler des théories intellectuelles personnelles

* la recherche : il faut souligner que non seulement les Etats-Unis ne se contentent plus d'attirer les chercheurs d'autres pays mais sont le pays qui actuellement investi le plus dans la recherche, avec notamment le MIT qui constitue un véritable pôle technologique à l'instar de la Silicone Valley pour l'informatique. Il y a quelques années, un éminent savant atomique français parlant de la réalisation d'un projet dont l'initiative datait de 30 ans - dont je n'ai pas le nom en tête présentement, affirmait qu'il serait impossible aujourd'hui de réaliser ce projet, le niveau des étudiants et des chercheurs ayant fortement régressé, ayant pris un demi siècle de retard en raison des coupes budgétaires relativement à la recherche fondamentale car, sans recherche fondamentale, il ne peut y avoir de grandes avancées et la France n'est plus rien - la recherche spécialisée étant restreinte à un domaine déterminé à l'exclusion de tout autre entendement. Un exemple, dans le cas des sciences sociales, le droit : la majorité des juristes, surtout les praticiens, ne s'intéressent qu'au droit positif, à savoir le droit applicable en ce moment mais ils ne possèdent pas "l'esprit juridique" car ils ignorent la théorie permettant d'appréhender le droit dans son intégralité, ses sources, son évolution - le droit positif n'étant que le produit d'une histoire sociale - et son appartenance relativement aux phénomènes politiques, historiques, sociales... ou économiques.

Caricature des inégalités (1789)

 

Avant la Révolution française, le paysan, représentant le peuple, supporte toutes les charges et "a sur le dos" le clergé et la noblesse ; après la Révolution et l'apport des Droits de l'homme, le peuple, devenu souverain, ne subit-il plus aucune contrainte extérieure ?

                                                                                                          le 20 mars 2009

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