L'admirable Corps de Santé Coloniale

L’admirable Corps de Santé cOlonial – médecin général Merle.

Ce n’est pas d’hier que la France a envoyé des jeunes médecins dans cet immense Empire qu’elle s’est taillé dans le monde et en particulier en Afrique noire. Il était urgent, face aux maladies qui décimaient de plus en plus les populations autochtones, de leur apporter une aide médicale, curative certes mais surtout préventive des endémies et des épidémies terriblement meurtrières. Il ne faut pas oublier qu’avant la colonisation, rien n’existait sur cette terre d’Afrique, si ce n’est quelques sorciers, quelques guérisseurs aux talents vite épuisés. Tout est à faire. C’est un décret du 7 janvier 1890 qui donnera le jour à une épopée sanitaire, scientifique et humaine, laquelle se poursuivra bien au-delà de l’indépendance de nos colonies et territoires sous mandat, par ceux que l’on appellera la " Coopération ".

L’essai n’est pas convaincant auprès des jeunes médecins civils. Rien ne paraît plus simple aux hautes autorités que de se tourner vers les médecins de la Marine nationale pour en faire des médecins coloniaux. Mais les effectifs coloniaux demeurent très faibles. Apparaît alors le " Corps de Santé de troupes coloniales ". Après avoir soutenu leur thèse à la Faculté de Bordeaux, ils vont parfaire leurs études de médecine tropicale à l’Ecole d’application du Service de Santé des troupes coloniales, le PHARO à Marseille. En Afrique, un " médecin général ", inspecteur directeur coiffe l’AOF, un autre l’AEF avec dans chaque colonie un " médecin-colonel ", directeur. Madagascar a son directeur comme le Togo et le Cameroun. Cela suppose la création de nombreux hôpitaux – 40 grandes formations disparues ou laissées quasiment à l’abandon faute d’entretien, de pharmacies centrales et des milliers de " Petit Centre Médical " de brousse, des maternités tandis que naîtront des Instituts Pasteur et des instituts de recherche divers (lèpres, trachome). Tout le territoire est couvert de plus de 5 000 " médecins-lieutenants " dont l’action bénéfique qu’ils auront menée peut être ignorée, souvent méconnue par ceux qui n’auront pas compris le rôle de la France dans le monde, " là où elle peut soigner, soulager ou guérir " comme l’écrivait le docteur Raoul Follereau. Ils auront tous participer, entre autre, à l’éradication des endémies .

La lutte contre le paludisme (malaria)- Le " médecin-commandant " Henri LeGuen, chargé spécialement de l’hygiène tropicale, soucieux devant la gravité de l’endémie qui fait des milliers de victimes parmi les couches jeunes de la population, se rend à l’Institut Pasteur créé par un ancien du Corps de Santé. Avec le " médecin-colonel " Barrieri et l’enthomologiste " médecin-capitaine " Jean Mabire, il unit ses efforts pour débarrasser le parasite dans la trompe de l’anophène. Après avoir nettoyé tous les ruisseaux, caniveaux, marigots, flaques au moyen de la poudre DDT, ils vont pulvériser avec l’aide de nombreuses équipes de manœuvres l’insecticide dans toutes les cases des agglomérations. Ils s’attaquent aussi aux larves le long des fleuves et zones marécageuses. Le Docteur LeGuen s’adressant à ces confrères après la campagne menée leur dit : " C’est lamentable, plus un seul moustique à moins de dix kilomètre, je vais être au chômage ! ".

De l’hôpital des lépreux au camp des lépreux – " Hôpitaux indigènes " alignant leurs nombreux pavillons où sont hospitalisés près de 800 malades. Leur faire comprendre ce qu’et l’hygiène, de ne pas cracher, pas de lo

ngs filets de salive coloré à la noix de cola sur les murs blanchis neufs n’est pas facile… Grâce aux efforts du " médecin-lieutenant-colonel " et des " sous-officiers-infirmiers " l’ensemble est d’un aspect correct et propreté suffisante. Il y a tant de malades à opérer qu’il ne faut pas moins de trois salles d’opération par unité. Des Africains partent pour l’Ecole de médecine de Dakar pour obtenir le titre de Médecin.

La peste à Madagascar – C’est grâce à la vigilance de Chefs tels que Gallieni et Lyautey que nos médecins ont pu accompli une tâche énorme de Santé publique. La lutte contre la peste en a été l’exemple le plus grand, fléau importé par des rats échappés d’un cargo en cour d’escale et ce n’est pas un hasard si la découverte du premier vaccin à l’Institut Pasteur de Tananarive a été faite par deux médecins militaires Girard et Robic. Combien il est triste de voir qu’en France et ailleurs on ignore la reconnaissance que doit l’humanité à ces deux hommes, comme elle le doit également pour la peste à deux autres médecins, Yersin qui découvrit en Chine le bacille qui porte son nom et fut l’auteur du premier sérum et Simond qui, de son côté, découvrit le rôle de la puce dans la transmission de cette terrible maladie. Un grand salut à ces Instituts Pasteur d’outre-mer fondés par des médecins coloniaux. La fièvre jaune en AOF – La lutte contre cet autre fléau met en lumière les travaux de l’Institut Pasteur du Sénégal. Le Corps de Santé s’y distingue par l’apparition du vaccin de Laigret et des travaux qui se poursuivent avec Pelletier et bien d’autres encore.

Un monument élevé dans l’île de Gorée rappelle le sacrifice de nos médecins et pharmaciens victimes de l’une des plus meurtrière bouffée épidémique.

centre de périculture brazza

Le centre de périculture de Poto-Poto, Brazzaville (1950).

La variole – Lors de son premier séjour, que ce soit en AOF ou AEF ou dans un territoire sous mandat, un jeune " médecin-lieutenant " porte ses efforts sur la prévention de la variole, maladie universelle, elle provoque de véritables catastrophes lorsqu’elle s’abat dans une région. Bien des indigènes échappent malheureusement à la vaccination par crainte ou par ignorance, d’autant que dans l’Empire Colonial Britannique, souvent voisin du nôtre, on n’a pas la même conception de la protection des populations. D’autant qu’en période d’incubation, les malades passent d’un pays à l’autre sans aucun contrôle, pour exemple : le Nigeria et le Cameroun – un seul Nigérian contaminé passe un jour ou l’autre la variole à 100 Camerounais.

La maladie du sommeil – Dans plusieurs pays comme le Cameroun et la Haute-Volta, la trypanosomiase décime des populations, supprime des villages entiers. En 1925, le " médecin-colonel " Jamot obtient les pleins pouvoirs pour organiser la lutte avec des moyens importants. Une pléiade de jeunes médecins, frais émoulus de l’Ecole d’application de Marseille, est mis sous ses ordres.

Chacun d’eux, avec son équipe d’infirmiers, son cuisinier, ses porteurs, va vivre pendant de longs mois au fin fond d’une brousse inconnue. Village après village, toute la population est examinée. On palpe ganglion pour dépister le trypanosomes au début de la maladie, fait des ponctions lombaires pour examiner le liquide céphalo-rachidien dans certains cas. Les soins chez les sommeilleux dépistés commencent aussitôt. L’un des premier ministre d’un Cameroun indépendant, a déclaré que ce dont il était le plus fier, c’était d’avoir été l’un des infirmiers de Eugène Jamot (1879-1937).

La lèpre – Bien des médecins coloniaux se sont penchés sur ce grand problème. Je citerai parmi tant de mes anciens ou de mes camarades, Montestruc, atteint par deux fois de la maladie du sommeil en Afrique et qui, guéri, fera une carrière exemplaire, léprologue distingué, directeur de l’Institut Pasteur des Antilles. La thérapeutique est inexistante au début du siècle : bleu de méthylène, chaulmoogras, tout cela apparaît actuellement dérisoire. Il faudra la découverte des sulfones, des sulfamides et des antibiotiques pour faire reculer l’endémie. Pour traiter les premières atteintes de la maladie, la méthode de dépistage qu’avait préconisée Jamot devait de nouveau servir pour la recherche des lépreux. Un travail énorme a été fait grâce aux médecins et à leurs équipes itinérantes. Pendant un demi siècle, un Français – avec l’aide matérielle que continue à donner les fondations qui portent son nom – Raoul Follereau parcourt le globe. Les foules étonnées que les lépreux étaient des " hommes comme les autres " et que la peur était dérisoire pour cette maladie moins contagieuse que beaucoup d’autres. Le dépistage systématique de la maladie par la méthode " française " qui a consisté à se rendre au devant du malade sans attendre qu’il vienne à vous, craintif et sous l’emprise des sorciers, a permis de blanchir, voir de guérir des milliers de lépreux.La création des organisations de lutte contre les grandes endémies devait permettre en multipliant les moyens de lutter encore plus intensément contre la lèpre. Justice était rendue au " médecin-général " Pierre Richet par les différents pays de l’ex AOF lorsque le secrétariat général de la nouvelle organisation lui était confié. Auparavant, avec les services d’hygiène et de prophylaxie, Richet avait déployé ses qualités d’organisateur et, à l’exemple de Jamot, il avait su insuffler aux plus jeunes médecins qui l’entouraient l’esprit d’un combat pacifique et combien exaltant.

Comme elles ont bonne mine les personnes qui, en ce début du IIIe millénaire de notre ère, critique la France sur son passé colonial ! Quand à moi, je rends hommage à ces hommes et femmes admirables qui ont œuvré pour la population sub-saharienne et ce, bien que je condamne les politiques françaises relativement à ces pays suite à l’indépendance. Ces grands hommes et femmes n’ont rien à voir avec les vautours – compagnies pétrolières, compagnies minières, acheteurs de matière première à des prix de misère déterminés à la bourse de Londres ou de Genève : café, cacao… - qui se sont enrichis, se préoccupant de leurs seuls intérêts et corrompant les dirigeants.

Différentes associations africaines des droits de l’homme ont porté plainte afin que soient confisquées les propriétés appartenant aux dirigeants de divers Etats africains. Il y a encore peu de jours, le tribunal a rejeté une telle demande. Juridiquement, cette demande n’est pas fondée. Il faudrait pour que la France confisque ces propriétés ou gèle les capitaux desdites personnes, qu’un procès dans les pays d’origine les condamne et demande la confiscation et la restitution desdits biens immobiliers ou numéraires.

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