L'insurrection peut être comme l'a dit La Fayette le plus sain des devoirs - Victor Hugo

« Je définis la révolution : l’avènement de la loi, la résurrection du droit, la réaction de la justice » Michelet – Michelet Jules (1798-1874), historien et écrivain français

Déjà à Athènes, l’on dénonce la pensée unique comme un vice de la démocratie entendu que les sycophantes défendent la cause non de celui qui est dans son droit mais celle du plus offrant bien que déjà, le pluralisme, condition essentielle de l’émergence des idées, s’exerce dans un débat souvent mouvementé et argumenté afin que des réformes naissent.

Suite à la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), une nouvelle prise de conscience de la société naît avec des penseurs comme Hayek... ou Arendt qui reformulent les doctrines démocratiques et libérales avec une radicalité impressionnante, notamment Hannah Arendt qui procède à une définition et une analyse du système totalitaire. Parallèlement, en fonction d’une prise de conscience des dangers totalitaires, les partis qui représentent des revendications de la droite et de la gauche pure passent pour extrémistes et se marginalisent ; de nouveaux groupements politiques prennent en charge les intérêts des catégories sociales : le socialisme démocratique, la social-démocratie. Naît alors le bipolarisme : libéral / social-démocrate reconnaissant la légitimité des institutions démocratiques et libérales essentielles et ne différant que par la place accordée dans leur idéologie à l’Etat et le taux plus ou moins élevé de transferts sociaux jugés acceptables. Il existe, par conséquent et il semble important de le noter, depuis le XIXe siècle, un consensus idéologique entre la droite et la gauche. Les socialistes suédois sont les premiers à admettre dans leur théorie l’économie de marché.

De nos jours, nombre de politiques dénoncent la « pensée unique », cette théorie dominante qu’il faut faire évoluer afin de proposer une nouvelle théorie – révolutionnaire ou non (en France, le Parti Socialiste renonce au concept de révolutionnaire que dans les années 2000).

Le pluralisme de la presse apparaît dès lors comme une nécessité, comme la condition sine qua non pour que la vérité objective émerge et seule peut passer pour vraie une information qui peut être démentie et qui ne l’a pas été. Le pluralisme ne signifie pas pluralité de vérités mais il permet qu’une vérité objective unique acceptée par les esprits rationnels émerge. Il induit une déontologie de l’information ; déontologie parfois dénoncée par la population considérant les médias comme non-crédibles – exemple : le fait d’avoir caché la fille illégitime de Mitterand alors qu’il est Président de la République française (et ne pas avoir évoquer les frais occasionnés par l’Etat pour sa sécurité)... le fait de se confondre dans un conformiste économique... (même si avec la crise, le système bancaire est dénoncé)... le fait de ne pas avoir informé la population française lors du passage du nuage de fumée toxique de Tchernobyl (non pas pour une question de passeport mais parce que la nature est ainsi faite) ... Le droit à la critique enraye le processus de fabrication des mythes qui aboutit à l’idéologie ou à la pensée unique. De facto, seul le pluralisme empêche la cristallisation d’une certitude idéologie et lui substitue une vérité en devenir, donc par nature incertaine. Il en est des sciences sociales comme des sciences « dures » dont on sait que si elles ne définissent des axiomes que provisoires, elles permettent l’évolution du questionnement donc de la connaissance.

Cette théorie du rationalisme débouche sur une théorie de la liberté économique. L’Etat ne peut être démocratique que si des instances extérieures peuvent le critiquer. Aussi, si l’on supprime l’économie de marché, on stérilise le processus de critiques des paradigmes – des modèles proposés – ou des postulats – propositions qui servent de base et sont admises sans démonstration – et le progrès de la science, est de facto, impossible. Ainsi Hayek définit la société de droit et de marché comme la forme la plus efficace d’organisation sociale entendu que la concurrence qui naît du marché encourage et favorise la science, ce qui tend à démontrer que l’histoire morale, politique et juridique de l’Occident est la cause de l’émergence de la modernité alors que l’idéologie – ensemble des idées, des croyances et des doctrines propres à une époque, à une société ou à une classe – implique l’idée de suppression de toute liberté intérieure, donc de liberté d’initiative.

L’idéologie, seule forme de pensée qui subsiste après la perte du vivre ensemble, constitue un substitut au monde moderne atomisé et ne prend sens que comme modèle d’organisation totale de la société. Elle exclut la liberté de penser, signifie une défaite de la pensée car toute forme d’initiative individuelle serait la négation de l’idéologie qui fonde le système. Système qui s’illustre comme forme de coercition, elle s’impose aux hommes détruit toute forme d’humanité et induit une déshumanisation : la personnalité et la responsabilité disparaissent entendu que toute personnalité qui se manifesterait par une initiative individuelle serait la négation de l’idéologie qui fonde le système.

Si le totalitarisme tend vers un système de règne despotique sur les hommes mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus, l’idéologie de la pensée unique implique l’acceptation des paradigmes de la pensée dominante qui est toujours celle du parti dominant.

Depuis le début de la crise économique (2007), fleurissent certains termes en opposition à la pensée unique tels que « régulation du marché », « régulation du système », « démondialisation »... entendu que si certains évoquent l’idée d’une trop grande liberté des institutions bancaires et financières, à savoir « du marché », d’autres prétextent une liberté trop réduite en ce domaine puisque certaines règles existent et que certains contrôles s’exercent, ce qui ne permet pas une auto-régulation du marché – mythe que les physiocrates partisans de la monnaie non comme une valeur en soi mais comme intermédaire d’échange, illustré par la célèbre phrase de Vincent de Gournay : « laissez faire, laisser agir » imposent à la société moderne.

De facto, l’on n’utilise l’expression « pensée unique » que dans des domaines précis : ainsi, existe une pensée unique économique qui prône l’existence d’un système économique libéral et mondialisé qui ne permettrait aucune latitude aux agents économiques ou politiques ; l’on prône une pensée unique énergétique : en France, le nucléaire... alors que le mouvement écologique allemand très développé et ancré dans la société favorise la sortie du nucléaire du pays – pour remplacer les centrales par des usines à charbon plus polluantes (et dont l’extraction constitue un danger mortel pour les mineurs) ? à moins que ne soit envisagé l’achat d’énergie (nucléaire) à la France ( !) ; notons que les écologistes prennent l’exemple japonnais sans parler de la situation géographique et de dangerosité particulière... mais là n’est pas notre propos aujourd’hui. Je me contenterai de remarquer que les grands sommets réunissant des pays dont les conceptions diffèrent en matière d’énergie n’aboutissent qu’à des déclarations qui n’engagent que les pays qui les formulent. Comment, en effet, imposer aux Etats Unis, à la Chine, au Brésil ou à l’Inde.... ou aux pays pauvres... ?

Or, existe une autre forme de pensée unique, la pensée unique institutionnelle. Que recouvre cette expression ? Elle recouvre toute idéologie à fondement institutionnel adoptée par la population. Ainsi

¤ la démocratie que l’on considère comme le meilleur des Régimes. Pourtant, nombre de Français sont dans l’incapacité de définir les éléments constitutifs de la démocratie et considèrent, à l’instar des Espagnols jusqu’au mouvement des Indignados, que dès lors que le suffrage universel s’exerce, l’on est en présence d’une démocratie – droit constitutionnel, étymologiquement, le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple (Rousseau), régime dans lequel les citoyens possèdent à l’égard du pouvoir un droit de participation illustré par le droit de vote et un droit de contestation illustré par la liberté d’opinion. Le peuple s’exprime soit par référendum dans des domaines précis déterminés par la Constitution (1958) – il faut noter que le Conseil constitutionnel se refuse à examiner la constitutionnalité des lois référendaires en raison de la souveraineté du peuple disposant du pouvoir constituant –, soit par le vote – dans le cadre des élections. De facto, il s’agit d’une dictature de la majorité des « représentants du peuple » qui peuvent voter des lois qui ne rencontrent pas l’approbation de la population.

¤ l’élection du Président de la République et des députés leur donne la « légitimité », le Président étant plus « légitime » que les députés entendu que la présidence est la magistrature suprême. Le système électif ne participe-t-il pas de la pensée unique ? En effet, est-il normal et légitime qu’une population souvent désinformatisée, trop souvent hélas non formée à la pensée politique et à l’instruction civique, légitimise des hommes et des femmes politiques ne possédant pas tous, loin s’en faut, la compétence nécessaire pour les fonctions qui leur sont dévolues ? Dès lors que ces Politiques sont élus « représentants » du peuple, ils lui confisquent son pouvoir et défendent les intérêts de la classe sociale dominante dont ils sont issus en général et dont ils sont les valets.

Que reste-t-il au peuple pour se défendre ? M. Raffarin disait que le pouvoir n’était pas dans la rue, M. Hollande, il y a peu, prétendait que l’opposition ne devait exister qu’au Parlement et non dans la rue s’affirmant ainsi contre les manifestations ; pourtant, regardez dans le monde entier aujourd’hui : Grèce, Espagne, Portugal... pour ne parler que de l’Europe ; les Etats arabes...

Lorsque les acteurs du système politique deviennent sourds aux revendications, aux idées et à la souffrance du peuple, celui-ci n’a d’autre issue que l’insurrection – et, lorsque des centaines de milliers de citoyens descendent pacifiquement revendiquer dans la rue leur détresse, quelle coercition leur opposer ?

                                                                                                       Le 19 juin 2010.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site