La boulangère sans coeur

J’ai toujours à portée de main un calepin dans lequel je note les faits ou événements attirant mon attention, et où il me serait possible éventuellement de m’exprimer. Ce mois d’avril 2006, ma compagne, à l’arrêt du bus, est abordée par un vieil homme de 101 ans, lui a-t-il dit, et qui le cœur lourd, lui confie que la boulangère, sis à une trentaine de mètres de là, lui a refusé la vente d’une demie baguette * : ce pauvre homme, désolé, cherchait réconfort après ce qui lui arrivait. Le prenant par la main, Valérie se dirige vers la boulangerie, prend la file des clients et demande une baguette qu’elle fait couper en son milieu par la cerbère. Elle donne la demie baguette à l’ancêtre sous le regard courroucé de la propriétaire de ces lieux. Le vieux bonhomme remet à ma compagne les petites piécettes de cet achat et ils quittent la boulangerie sans mot dire.

Comment est-il possible qu’en France une telle chose puisse arriver ? Le comportement de cette commerçante et des personnes qui ont assisté à cette scène exécrable sont une aberration du genre humain.

Au cours de mes pérégrinations dans nombre de pays d’Afrique, d’Amérique du Sud, de Polynésie… j’ai eu des contacts plus que fraternels parmi de nombreuses ethnies, allant des Chleuhs, Sénouphos, Baoulés, Aoussas, Pygmés de Guinée équatoriale… et je n’ai jamais vu ou entendu ouïr d’un comportement pareil. Jusqu’aux hordes de cynocéphales, que je rencontrais parfois au détour d’une piste entre Yaoundé et Garoua prenaient soin des plus vieux d’entre eux.

Ne pourrait-on pas penser qu’un vieil homme de peu d’appétit, aux moyens financiers limités et veuf de surcroît, ne puisse se payer que la moitié d’une baguette !

Autrefois, le commerce du pain était considéré par l’ensemble des populations comme un des métiers les plus nobles qui soit. Les vitrines rutilantes des boulangeries d’aujourd’hui me font penser aux échoppes de la rue de Rivoli, à l’étalage de la richesse dans toute son acception. Seule la vente des ' pains spéciaux ', hors de prix pour les petites gens, sont dignes pour certains d’être partagés en parts ou en tranches saucissonnées sans que cela dérange.

La boulangère en question, si cela se trouve, comme toute bonne bourgeoise qui se respecte et ayant pignon sur rue, va à messe tous les dimanches…

N’a-t-elle jamais entendu l’un des versets du ' notre père qui…  donnez nous aujourd’hui notre pain quotidien ' ?

* dans notre pays, le prix de la baguette est réglementée – prix bloqué pour poids de 250 g en pâte ; c’est pourquoi les boulangers qui font leur beurre avec les ' pains spéciaux ' dont les prix sont libres n’hésitent jamais à couper ceux-ci, se vendant au kg

                                                                                     le 31 juillet 2006

 

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