"La grande génération de la société ouverte" Popper

La conscience de la possible tyrannie de la loi et la possibilité de la critique apparaît : pour se faire, création du ce qui est par nature – physis – de ce qui est par convention – nomos.Dans les dernières décennies du Ve siècle, à l’époque de Périclès et pendant la guerre du Péloponnèse, certaines questions se posent : la loi peut-elle être arbitraire ? qui doit promulguer la loi et selon quels critères ?

HISTORIQUE : LES GUERRES MEDIQUES (500-449)

Le Ve siècle s’ouvre par les guerres médiques, à savoir les deux guerres que les Grecs coalisés soutiennent contre l’Empire perse pour défendre leur indépendance qui soumettent les colonies grecques d’Aise et qui commencent à envahir l’Europe. La cause des guerres médiques est l’agrandissement démesuré de l’empire perse. L’occasion sera la révolte de l’Ionie contre Darius.

Pendant les guerres Médiques, l’Empire perse se construit progressivement. Cyrus II le Grand (roi de 550 à 530), fondateur de la achéménide, perse par son père et mède par sa mère, unifie l’Empire. Il défait le puissant roi des Lydiens, Crésus, et soumet les cités grecques de la côte et les îles proches, Chios, Lesbos, Rhodes (546) Après son assassinat, suit une période de troubles. Darius Ier devient roi (522). Il entreprend de conquérir le pays situé au nord de la mer Egée, la Thrace et la Macédoine, par conséquent, il occupe la région de l’Hellespont que les Athéniens tiennent pour vitale. Lorsque les cités d’Ionie se révoltent sous la conduite de Milet, les Athéniens décident de les soutenir. Ils prennent et incendient Sardes où est installé le perse satrape – le chef de province. Darius reprend l’offensive, s’empare de Chypre et de Milet (494), détruisant la ville et réduisant la population en esclavage. Puis il décide de se venger des Athéniens. La première guerre Médique débute au printemps 490, une flotte perse de six cents navires quittent la Cilicie, soumet les Cyclades, puis débarque en Eubée. Erétrie est prise et sa population déportée en Perse. Miltiade, stratège, demande l’aide de Sparte. Les Spartiates n’arrivent pas et, les Athéniens aidés des Platéens habitants d’une ville de Béotie, remportent la victoire de Marathon en septembre 490. Darius meurt (485), Xerxès lui succède. En 483-482, le sort désigne Thémistocle comme archonte. c’est un homme nouveau, d’origine étrangère. Thémistocle propose d’utiliser l’argent des mines de Laurion qui viennent d’être découvertes afin de construire cent trières : cette décision emporte la victoire de Salamine. Devant la menace de Xerxès, les délégués grecs tiennent une réunion à Corinthe. D’un commun accord, Sparte reçoit le commandement des troupes alliées. C’est alors le drame des Thermopyles où, après la défection des Thessaliens, les Spartiates se retrouvent seuls devant une armée perse de plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Trois cents hoplites spartiates que commandent par Léonidas acceptent de défendre la position et envoient à Sparte un message pour informer qu’ils sont morts pour obéir aux lois de la Cité. Thémistocle reprend la situation en main, fait évacuer Athènes qu’il ouvre aux pillages et destructions de l’ennemi pour mieux les combattre et remporte la victoire de Salamine (480). L’armée perse restée en Thessalie sous le commandement de Mardonios est vaincue à Platès mettant fin à la guerre (479). « Pendant que tous les vaisseaux grecs se concentraient à Salamine, sous les ordres du Spartiate Eurybiade, le désordre se mit parmi les généraux grecs. Eurybiade voulait qu’on allât protéger le Péloponnèse ; Thémistocle soutenait que l’on ne pourrait jamais trouver un endroit plus favorable pour une bataille navale. La dispute s’échauffa, et Eurybiade alla jusqu’à lever sa canne sur Thémistocle, comme pour le frapper. Frappe, mais écoute, lui dit l’Athénien, sans s’émouvoir ; et il continua à développer ses raisons qui furent adoptées. Cependant, craignant la division, Thémistocle fit avertir secrètement Xercès que les Grecs allaient lui échapper, s’il ne se hâtait de les attaquer pendant que leurs vaisseaux étaient réunis. Le présompteux monarque donne dans le piège : la bataille s’engagea, et la flotte des Perses, composée de 1 200 vaisseaux, mais qui avait déjà subi de grandes pertes à la bataille d’Artemise, fut presque entièrement détruite par celle des Grecs ». - Girard.

Un exposé relativement aux hommes de la Grèce de cette période est intéressant.

¤ Miltiade – Miltiade nait à Athènes, ancien tyran de la Chersonèse de Thrace au temps des Pisistratides, conquiert pour sa patrie l’ile de Lemnos et les Cyclades. Le roi de Perse qui transporte son armée d’Asie en Europe prend la décision de porter la guerre chez les Scythes et jette un pont sur le Danube. Il confie la garde de celui-ci à Miltiade qui propose aux officiers de couper ce pont afin d’arrêter la marche de Darius sur la Grèce. Sa proposition n’ayant aucun succès, il revient à Athènes : il fait partie des dix généraux qui résistent aux Perses. Miltiade se prononce pour une attaque immédiate. Miltiade attend son jour de commandement pour livrer bataille dans les plaines de Marathon où il remporte une des plus grandes victoires des Athéniens. Grisé par le succès, il veut conquérir l’île de Paros mais échoue. A son retour, Xantippe, un des chefs du parti populaire, le fait mettre en accusation pour avoir trompé la confiance des Athéniens. Il est condamné à une amende et meurt en prison.

¤ Thémistocle – Thémistocle (528-464) naît de parents pauvres à Préas en Attique. Il se signale par son courage à la bataille de Marathon et dit souvent que les lauriers de Miltiade l’empêchent de dormir. Epris de gloire, il parvient des plus modestes fonctions aux plus hautes magistratures et devient le chef du parti populaire. Thémistocle veut qu’Athènes soit la plus grande bataille navale de la Grèce et affecte à la reconstitution de la flotte les ressources des mines du Laurium. Ses plans déplaisent à l’aristocratie et entre en lutte avec Aristide. Il triomphe et le fait exiler. Lorsque Xerxès menace la Grèce, les Athéniens donnent à Thémistocle le commandement en chef, qu’il laisse au Spartiate Eurybiade au combat d’Artémisium mais livre lui-même la bataille de Salamine qui sauve la Grèce. Thémistocle dirige la reconstruction d’Athènes détruite par les Perses et fortifie la ville. En butte à la méfiance de ses concitoyens, Thémistocle est banni d’Athènes (470) par ostracisme. Il se rend en Perse près du roi Artaxerxès, vit à Magnésie en qualité de satrape perse et meurt avant de porter les armes contre sa patrie.

¤ Léonidas – Léonidas, roi de Sparte, de la famille des Agides est le héros de la défense des Thermopyles lorsque Xerxès voulant envahir la Grèce après avoir traversé la Thessalie n’a plus qu’à franchir ce défilé. Léonidas est tué avec ces hommes. Un tombeau lui sera élevé avec cette inscription : « Passant va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois ! ».

¤ Aristide – Aristide « l’athénien, fils de Lysimaque était à peu près du même âge que Thémistocle ; aussi lui disputa-t-il le premier rang dans la cité. Ils s’accusèrent mutuellement : mais on vit, dans leur rivalité, combien l’éloquence a d’avantage sur la vertu. Quoique Aristide eût acquis par son intégrité le nom de Juste, il fut renversé par Thémistocle, et condamné par l’ostracisme à un bannissement de dix ans. Il ne subit pas entièrement les dix années d’exil. Six ans après, lors de la descente de Xerxès dans la Grèce, il fut rappelé dans sa patrie par un plébiscite. Déjà, il avait assisté à la bataille de Salamine, avant que sa peine lui fut remise... Aristide fut chargé de régler la taxe que chaque ville devait fournir pour la construction des flottes et pour la levée des troupes. Ce fut d’après son avis qu’on déposa tous les ans à Délos 460 talents, dont on fit le trésor commun de la Grèce. Tout cet argent fut transporté à Athènes. La preuve la plus certaine de l’intégrité d’Aristide, c’est qu’après avoir présidé à de si grandes opérations, il mourut dans une telle pauvreté qu’il laissa à peine de quoi fournir à ses funérailles

Les guerres Médiques génèrent des conséquences fondamentales sur la politique extérieure et intérieure de la démocratique Athènes. ¤ Sur le plan extérieur – Athènes prend l’initiative de fonder la Ligue de Délos (478), alliance militaire destinée à prévenir tout retour des Perses : les cités qui ne combattent faute de troupes ou de flottes paient un tribut déposé dans le trésor du temple de Délos. Des opérations sont menées contre les cités qui se rebellent contre l’autorité d’Athènes.

Son centre est l’île de Délos, le sanctuaire des Ioniens, où se réunit le conseil fédéral – synedrion – représentant les cités qui disposent d’une voix chacune. Athènes bénéficie des voix de nombreuses petites cités et neutralise ainsi les plus puissantes. Les cités gardent leur autonomie et leurs obligations envers la ligue varient : certaines doivent troupes et navires comme Lesbos ou Samos, d’autres paient le tribu. ¤ Sur le plan intérieur – Les troubles favorisent de nouveaux développements de la démocratie. Si la constitution de Clisthène n’empêche pas que les aristocrates continuent à jouer les rôles de premier plan, la guerre génère une situation nouvelle. Elle multiplie les séances de l’ecclésia, on passe alors de une à quatre séances par prytanie – or, il y a dix prytanies par an – ce qui permet au rôle du dèmos de croître. Comme le dèmos élit les magistrats, on voit apparaître des hommes nouveaux comme Ephialte qui, en 462-461, profitant de l’absence du stratège pro-oligarchique Cimon parti aider les Spartiates à réprimer une révolte des hilotes, fait passer une loi retirant ses dernières prérogatives judiciaires à l’Aréopage, les transférant à la Boulê et au tribunal de l’Héliée. Cimon est ostracisé à son retour par un jeune collaborateur d’Ephialte, un certain Périclès, petit-neveu de Clisthène. Après l’assassinat d’Ephialte, Périclès devient l’homme capital de la démocratie athénienne.

LE SIECLE DE PERICLES Le siècle de Périclès se résume à quatre modifications dans la Constitution athénienne – ¤ enlever la surveillance du trésor à l’Aréopage qui ne devient plus qu’un tribunal judiciaire chargé seulement de punir le meurtre ¤ organiser la justice – tirage au sort des magistrats, pour couper court aux intrigues, créations des Héliastes, la justice passe aux mains du peuple ¤ obliger les citoyens à recevoir l’éducation militaire de 18 à 20 ans ¤ établir des colonies et embellir Athènes

Athènes reste dans l’histoire comme l’inventeur de la démocratie et cette forme de gouvernement atteint son apogée au Ve siècle sous l’autorité de Périclès : elle est la conséquence des réformes introduites par Clisthène et n’est rendue possible que par la victoire des Athéniens à Marathon (590).

Le Siècle de Périclès se caractérise par son mouvement intellectuel, son mouvement artistique et son mouvement démocratique. ¤ Le mouvement intellectuel – Parmi les principaux noms, il est possible de citer pour l’éloquence : Périclès, Démosthènes, Lysias, Isocrate ; l’Histoire : Hérodote, Thucydide, Xénophon ; la Philosophie : Pythagore, Anaxagore, Socrate, Platon, Aristote, Epicure ; la Médecine : Hippocrate ; la tragédie : Eschyle, Sophocle, Euripide ; la comédie : Aristophane. ¤ Le mouvement artistique – Le mouvement artistique se divise en trois époques selon Van den Bergh : l’époque archaïque – du VIIIe au Ve siècle pendant laquelle l’art grec se dégage de l’influence orientale ; l’époque classique comprend deux siècle : depuis les guerres médiques jusqu’à l’époque d’Alexandre avec une production de chefs d’œuvre ; la troisième époque qui va d’Alexandre jusqu’à la conquête de la Grèce par les Romains. L’architecture, la sculpture, la peinture et la musique sont à leur apogée.

¤ Le mouvement démocratique – La vie d’un citoyen se divise entre vie publique et vie privée. La vie publique concerne la religion, les fêtes, les théâtres, la place publique, les voyages, les mœurs militaires, les classes sociales et la vie privée, la famille, les écoles, l’habitation, le mobilier, le costume, les repas, les funérailles. Homme exceptionnel, ses contemporains le surnomment l’Olympien en raison de son calme et de sa capacité à réagir aux situations difficiles.

¤ Périclès – Périclès (495-429), stratège, homme d’Etat athénien ; membre de la famille des Alcméonides qui s’illustre aux côtés de Solon et dans la lutte contre le tyran Pisistrate. Il est le fils de Xanthippe et d’Agaristè, nièce de Clisthène et petite-fille d’Agaristè et de Mégaclès.

Aristocrate, Périclès est un fervent partisan de la démocratie et apparaît en tant que membre des procurateurs publics qui attaquent Cimon (463). Il s’allie à Ephialte pour réduire les pouvoirs de l’aréopage (461) ; après le meurtre de celui-ci et l’ostracisme de Cimon (461), il devient l’homme le plus influent d’Athènes. Elu stragège (443), il règne sur la vie politique athénienne pendant trente ans. Homme de culture et de réflexion, ancien élève d’Anaxagore, il attire à Athènes savants et artistes. Un cercle d’intellectuel se crée avec notamment Anaxagore, Phidias, Protagoras, Hérodote… Sophocle. Il faut rappeler qu’il est le tuteur d’Alcibiade, un des élèves reconnu de Socrate. Périclès reprend la lutte contre le parti oligarchique que représente le gendre de Cimon, Thucyclide d’Alopékè. Selon Plutarque, Thycuclide regroupe les oligarques en un parti, celui des kaloi kagatoi, la minorité belle et bonne opposée au peuple alors que Périclès réunit les membres du peuple. Il semble que ce soient les premiers partis politiques au sens moderne et non seulement des factions regroupant des fidèles ou clients d’un personnage éminent mais des groupes soudés par une idéologie, un projet politique et assumant volontairement un statut de groupe partisan.

Les réformes de Périclès sont fondamentales pour Athènes qui émet son premier décret alors que le fonctionnement politique de la cité évolue.

Les mérites de la Cité athénienne : « Notre régime politique ne se propose pas pour modèle les lois d’autrui, et nous sommes nous-mêmes des exemples plutôt que des imitateurs. Pour le nom, comme les choses dépendent non pas du petit nombre mais de la majorité, c’est une démocratie. S’agit-il de ce qui revient à chacun ? La loi, elle, fait à tous, pour leurs différents privés, la part égale, tandis que pour les titres, si l’on se distingue en quelque domaine, ce n’es pas l’appartenance à une catégorie, mais le mérite, qui vous fait accéder aux honneurs ; inversement, la pauvreté n’a pas pour effet qu’un homme, pourtant capable de rendre service à l’Etat, en soit empêché par l’obscurité de sa situation. Nous pratiquons la liberté, non seulement dans notre conduite d’ordre politique, mais pour tout ce qui est suspicion réciproque dans la vie quotidienne : nous n’avons pas de colère envers notre prochain, s’il agit à sa fantaisie, et nous ne recourons pas à des vexations qui, même sans causer de dommage, se présentent en dehors comme blessantes. Malgré cette tolérance, qui régit nos rapports privés, dans le domaine public, la crainte nous retient avant tout de ne rien faire d’illégal, car nous prêtons attention aux magistrats qui se succèdent et aux lois – surtout à celles qui fournissent un appui aux victimes de l’injustice, ou qui, sans être lois écrites, comportent pour sanction une honte indiscutée ». « Avec cela, pour remède à nos fatigues, nous avons assuré à l’esprit les délassements les plus nombreux : nous avons des concours et des fêtes religieuses qui se succèdent toute l’année, et aussi, chez nous, des installations luxueuses, dont l’agrément quotidien chasse au loin la contrariété. Nous voyons arriver chez nous, grâce à l’importance de notre cité, tous les produits de toute la terre, et les biens fournis par notre pays ne sont pas plus à nous, pour en jouir, que ne sont ceux du reste du monde ».

Pour affirmer le pouvoir du dèmos, Périclès améliore les règles de la procédure politique. Cette période est symptomatique de la création d’un appareil d’Etat et d’une utilisation électoraliste de la fonction publique. Il fait préciser le mode d’introduction à l’Ecclésia des projets de décrets, les règles concernant la période et l’ordre du jour de ses séances, les attributions de la Boulê. Il institue la misthophorie, à savoir la rétribution des fonctions publiques sur l’argent collecté par les impôts ou le tribut de la Ligue. Il crée d’abord le misthos héliastikos rétribuant la présence au tribunal de l’Héliée. D’après Aristote, l’Etat athénien sous Périclès finit par faire vivre sur les fonds publics plus de 20 000 hommes en qualité de fonctionnaires permanents, citoyens titulaires d’une charge. Le régime démocratique doit sa survie au calme social réalisé en partie aux dépens de l’Empire ; d’où la nécessité de maintenir cet empire sans s’embarrasser de scrupules.

Des expéditions punitives sont lancées contre Chalcis ou Samos, des garnisons sont installés en permanence, des inspecteurs – episcopoi – sont envoyés en mission… des archontes, véritables gouvernements athéniens, s’imposent aux cités rebelles. La soumission d’Egine et l’écrasement de la révolte de l’Eubée permettent de faire disparaître deux monnaies rivales. Athènes assure la paix des mers permettant ainsi le développement du commerce maritime et une croissance économique générale : c’est l’apogée d’Athènes.Mais l’apogée d’Athènes ne dure pas. Sparte et Athènes se jalousent depuis fort longtemps ; jalousie alimentée par des différences idéologiques entendu que les deux villes représentent deux modèles antagoniques. Un incident provoque une nouvelle difficulté. Une querelle s’élève entre Corinthe et deux de ses colonies, Corcyre et Potidée, qui demandent l’aide d’Athènes. Or, Corinthe appartient à la Ligue du Péloponnèse, Sparte intervient et Périclès opte pour la guerre (431 à 404).

Trois phases se distinguent – ¤ Une première guerre de dix ans (431-421) – période où les Spartiates envahissent et ravagent l’Attique. Les habitants se réfugient à Athènes. La peste survient. Périclès meurt (429). Des querelles d’hommes et de partis s’élèvent. Les deux camps connaissent des succès et des revers. Par lassitude, l’on signe la paix et chacun rend ses conquêtes. ¤ L’expédition de Sicile (515-413) – période où Alcibiade, personnage d’Athènes, entre en scène. Il convainc les Athéniens de conquérir la Sicile afin d’être maîtres de la Méditerranée. L’expédition partie, il est appelé en jugement à Athènes suite à la mutilation des Hermès dans lequel ses ennemis l’impliquent. Alcibiade fuit à Sparte. Privée de son chef, l’expédition athénienne ne connaît que des déboires et l’armée capitule au siège de Syracuse et subit le désastre de Latomies. ¤ Une deuxième guerre de dix ans (413 à 404) – période où Alcibiade convainc Sparte de reprendre la guerre. Le roi spartiate Agis soulève les anciens alliés d’Athènes dans la mer Egée et installe une garnison permanente en Attique mais il doit se réfugier chez Tissapherne le satrape de Perse.

La première révolution oligarchie survient à Athènes et provoque un changement radical de régime. Le parti oligarchique prend le pouvoir, réunit l’Assemblée et lui fait adopter une nouvelle constitution. Une nouvelle Boulê des Quatre Cents recrutée sur cooptation se substitue à la Boulê des Cinq Cents tirée au sort. Les misthophores sont abolies. Les conditions d’accès aux magistratures sont modifiées, il est décidé qu’on établira une liste de 5 000 citoyens auxquels sera réservée la plénitude des droits politiques. Le sophiste Antiphon est le théoricien du mouvement. Le nouveau régime recourt à la terreur afin d’intimider les partisans du dèmos. Ce régime ne dure pas. L’armée à Samos se révolte et élimine les officiers soupçonnés d’être favorables à l’oligarchie. Alcibiade élu stratège rentre à Athènes (407). Le régime démocratique est rétabli. Athènes subit la défaite de Notion devant la flotte spartiate puis remporte la victoire aux Arginuses mais huit stratèges vainqueurs sont mis à mort au motif que les corps des marins tués au combat ne sont pas récupérés. Le procès est éminemment politique : les démocrates veulent en excitant la foule se débarrasser d’hommes réputés favorables à l’oligarchie. Le général spartiate Lysandre porte le coup de grâce à Athènes lui faisant subir le désastre naval d’Aegos Potamos dans l’Hellespont (404). Athènes capitule. Le parti oligarchique revient au pouvoir. Le pouvoir est confié à un conseil de trente citoyens, les Trente Tyrans qui se livrent à une épuration par exil ou mise à mort. Sparte renonce à soutenir les tyrans et laisse la démocratie se rétablir (403). Une loi d’amnistie interdit de poursuivre quiconque pour sa conduite passée ; elle est respectée à quelques exceptions telles le procès et l’exécution de Socrate. Les idées politiques s’illustre avec ce que Karl Popper qualifie de grande génération de la société ouverte :

« Cette génération, qu’on pourrait appeler la grande génération, marque un tournant dans l’histoire de l’humanité… Elle compte d’illustres conservateurs, comme Sophocle ou Thucyclide, et des hommes qui représentaient la période de transition, dont certains furent hésitants, comme Euripide, ou sceptiques, comme Aristophane. Mais elle comptait aussi Périclès, le grand chef de file de la démocratie et le premier à avoir formulé les principes de l’égalité devant la loi et de l’individualisme politique, ainsi qu’Hérodote, auteur d’un ouvrage où ces principes étaient glorifiées. Protagoras d’Abdère, dont l’influence s’exerça à Athènes, et son concitoyen Démocrite font aussi partie de cette génération, et c’est à eux que revient le mérite d’avoir enseigné que les coutumes, le langage et le droit ne sont pas d’origine magique mais humaine, donc conventionnelle, l’homme devant en assumer la pleine responsabilité. Il ne faut pas non plus oublier l’école de Gorgias, dont faisaient partie Alcidamas, Lycophron et Antisthène, théoriciens de l’anti-esclavagisme, de l’anti-nationalisme et de la croyance en un empire humain universel. Enfin et surtout il y eut le plus grand de tous, Socrate, qui nous a appris à avoir foi en la raison, tout en nous gardant du dogmatisme et de la misologie, et qui nous a enseigné, en somme, que le fondement de la science est la critique ».

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