La monarchie tempérée 1285 - 1589

La monarchie tempérée ou selon certains, monarchie administrative, correspond à la période où l'on passe des temps féodaux aux temps de l'Etat puisque l'équilibre des forces entre régime féodal et autorité royale est définitivement rompu au profit du souverain qui entend repousser toute ingérence. Si au début du XIIIe siècle, les relations féodo-vassaliques dominent la vie politique, leur déclin irrésistible à partir de la fin du siècle, laisse place progressivement à un pouvoir toujours plus affirmé du prince.En dépit des temps de crises des XIVe et XVe siècles où la reconstitution monarchique s'essouffle, où les progrès réalisés sont compromis par les guerres de Religion, malgré la politique étrangère aventureuse, en particulier les guerres d'Italie qui épuisent le pays, la monarchie connaît des régimes réparateurs et le développement d'un sentiment national, entendu comme un patriotisme français suite à la guerre de Cent Ans. La monarchie tempérée se caractérise par la reconstitution territoriale du royaume, la constitution d'un concept d'Etat, la domestication de la noblesse, la restauration progressive de l'autorité royale tempérée par l'existence de corps divers et la mise à l'écart si possible des Etats Généraux, le renforcement de l'appareil d'état et l'intégration politique des sujets dans une communauté territoriale.

AFFIRMATION DE LA MONARCHIE 1285 - De 1285 à 1589, se succèdent sur le trône de France : les derniers Capétiens directs en les personnes de Philippe IV, Louis X, Philippe V le Long et Charles IV ; les Valois , issus de Charles de Valois, frère de Philippe IV en les personnes de Philippe VI de Valois, Jean II le Bon, Charles V, Charles VI, Charles VII, Louis XI le Patient et Charles VIII ; un Valois d'Orléans , issu du premier fils de Louis d'Orléans, frère de Charles VI en la personne de Louis XII et enfin les Valois-Orléans-Angoulême , issus du troisième fils de Louis d'Orléans, frère de Charles VI en les personnes de François Ier le Père des Lettres, Henri II, François II, Charles IX et Henri III. Par son mariage avec Jeanne de Navarre, Philippe IV, fils de Philippe III, acquière la Navarre et la Champagne, de manière définitive (1284). Le 5 octobre 1285, à l'âge de dix-sept ans, il accède au trône.

Philippe IV (1268-1285-1314) - Son règne est marqué par l'accroissement considérable de l'autorité royale, l'assujettissement de la féodalité à la monarchie capétienne, l'indépendance à l'égard du Saint Siège. Il fait peser sur tous les habitants du royaume l'exigence du service militaire lorsqu'il délègue telle ou telle part de son autorité à des conseillers ou qu'il donne à des juristes formés au droit romain une place presque définitive dans le gouvernement du royaume. Le domaine royal comprenait à l'avènement de Philippe IV, les comtés de Paris, Corbeille, Sens, Melun, Etampes, le Vermandois, Clermont, le Vexin, la Normandie, la Tourraine, Montargis, Gien, Pont-Sainte-Maxence, les comtés de Bourges, Mâcon, l'Avergne, le Languedoc, le Rouergue, le Poitou, le Périgord... une partie de Saint Onge ; du chef de son fils, la Brie... le comté de Bar. Le comté de Champagne s'étend de l'Oise à la Meuse, du Luxembourg à l'Armençon. Le comté possède en outre des seigneuries en Barrois et en Lorraine. Le rattachement de Toulouse et de la Champagne fait coïncider le domaine royal avec presque tout le royaume puisqu'il ne subsiste que quatre grands fiefs : la Bourgogne, la Guyenne anglaise, la Flandre et la Bretagne. Philippe IV acquière Beaugency, le fief de Montpellier appartenant au roi de Majorque puis la Franche-Comté (1294) ; puis, il achète les vicomtés de Lomagne et Auvillars (1302) ; en 1307, il annexe le Vivarais ; en 1308, les comtés de la Marche et d'Angoulême ; en 1312, Lyon depuis longtemps indépendante sous le gouvernement de ses archevêques ; en 1313, la seigneurie de Montargis... Philippe IV tente à plusieurs reprises de confisquer l'Aquitaine. Dans ce conflit, le roi d'Angleterre trouve l'appui du comte de Bar exposé aux appétits capétiens depuis l'entrée de la Champagne dans le domaine royal et le comte de Flandre, dont le pays est lié économiquement à l'Angleterre. Pendant un demi siècle, se produisent des affrontements intermittents aux succès divers.Philippe IV soutient les villes flamandes contre Edouard 1er (1295). Il emprisonne celui-ci pour le relâcher après soumission. Le roi de France fait le siège de Lille et remporte la victoire à Furnes (1297). Edouard Ier ne peut arrêter les progrès de Philippe IV et préfère traiter avec lui - paix de Montreuil (1299). Le roi de France, satisfait de tenir la Flandre, rend au roi d'Angleterre la Guyenne. . La France perd la Flandre (1302). Deux ans plus tard, le roi de France reprend la Flandre.


Homme de loi, Guillaume de Nogaret est professeur de Droit romain à l'Université de Montpellier avant d'entrer au service du roi vers 1122 ; conseiller du roi en 1295 et garde des Sceaux en 1307. Il dirige la politique royale. L'administration royale du royaume se subdivise en trois sections hors cour du roi. Le Grand Conseil : examen des dossiers politiques. Le Parlement : chargé de la justice. La Chambre des comtes : spécialisée dans les affaires financières. Celle-ci établit : des taxes pour les exportations, soumet les terres de l'Eglise à une redevance : la décime, introduit une taxe pour la vente, réalise des manipulations monétaires en changeant le poids des métaux précieux, des pièces sans en changer la valeur - opération justifiée par l'ambitieuse politique et non le profit personnel mais qui contribue à l'impopularité de Philippe IV qualifié de manipulateur (faux-monnayeur). Cela emporte comme conséquence le mécontentement des grands seigneurs contre le trop de pouvoir monarchique, celui des bourgeois que les nouveaux impôts dressent contre le pouvoir et les paysans, accablés de taxes diverses, qui se révoltent : les Jacqueries enflamment les campagnes.


La suppression de l'ordre des Templiers. Né en terre sainte en 1119 après la Première croisade, l'ordre des Templiers qui se voulait protéger les pèlerins à Jérusalem, Philippe IV a constamment besoin d'argent pour faire la guerre. En plus de prélever des taxes sur le clergé, il expulse les Lombards et les Juifs pour leur confisquer leurs biens. Il fait arrêter les Templiers le 13 octobre 1307 au terme d'une opération de police dans le secret le plus absolu par Guillaume de Nogaret, confisque alors tous leurs biens qu'il convoitait et fait dissoudre l'ordre par le pape (1312). Suite à un procès pendant lequel sont interrogés sous la torture par les commissaires royaux, les Templiers avouent et cinquante d'entre eux dont le Grand Maître, Jacques de Morlaix, sont conduits au bûcher. Le prétexte donné est l'hérésie et l'immoralité. Leur pouvoir croissant faisait de l'ombre à la monarchie et l'immense richesse attisait la convoitise de Philippe IV. Il meurt le 29 novembre 1314 à Fontainebleau à la suite d'un accident de chasse, laissant un royaume en paix qui abrite entre quinze et vingt millions d'habitants, des frontières bien gardées et des féodaux obéissants.

Louis X (1289-1314-1316) lui succède. S'il hérite d'un domaine agrandi et d'une souveraineté renforcée, il se trouve confronté à des problèmes qui demeurent et des épreuves, comme les famines et les épidémies. Sa première femme, Marguerite, fille de Robert II duc de Bourgogne et mère de sa fille Jeanne, mêlée au scandale de la tour de Nesle, meurt étouffée dans des conditions mystérieuses. Sa mort rapide permet au roi de se remarier avec Constance de Hongrie. Louis X apparaît aux yeux de l'opinion publique comme un roi fragile et malchanceux. Son avènement favorise une recrudescence de l'agitation. Face à une situation économique et politique délicate, Louis X semble résigné. La crise de subsistance de 1315 à 1317 marque un tournant décisif. Dans le Nord, la famine sévit et des milliers de personnes meurent de faim. La hausse des prix, accélérée par la crise, provoque un mécontentement généralisé. Des ligues se constituent et présentent leurs doléances au roi (1314). Ruinés par la hausse des prix, les nobles refusent que l'administration royale locale empiète sur leurs pouvoirs et réduise leurs finances. Louis X choisit la négociation, met les abus sur le compte des officiers royaux et octroie de nombreuses chartes provinciales afin de désamorcer le mouvement. En 1315, il sacrifie Enguerrand de Marigny, le plus fidèle conseiller financier de Philippe IV. Celui-ci est exécuté, sa dépouille reste accrochée au gibet de Paris pendant trois ans. Louis X meurt d'un malaise après une partie de jeu de paumes à Navarre après avoir bu un verre de vin glacé. Louis X est le premier Capétien à ne pas laisser d'héritier mâle et le sort de la monarchie est suspendu à l'héritier qu'attend Constance. Cet enfant posthume, Jean Ier, ne vit que cinq jours.


Philippe V (1293-1316-1322) succède à son frère Louis X et à Jean Ier (1316). Considéré comme le plus brillant des fils de Philippe IV, il a le sens du pouvoir et perfectionne les institutions royales, les rendant encore plus efficaces et plus soumises à la volonté royale. Son esprit de décision l'emporte souvent sur les oppositions rencontrées. Il règle par la paix le problème flamand. Il confirme les chartes provinciales accordées par son frère mais centralise les institutions dans un but d'efficacité et tente d'imposer une monnaie commune dans l'ensemble du royaume malgré l'opposition des seigneurs du Midi. En raison de la progression de la bureaucratie et de la hausse des prix, les revenus du domaine se révèlent insuffisants ; aussi est-il obligé de demander le consentement de ses sujets pour mettre en place une politique de revenus extraordinaires. Le pays connaît alors les révoltes de la misère, notamment celles des pastoureaux, paysans déracinés. Il meurt ne laissant que des filles.La Couronne de France est dévolue au plus jeune fils de Philippe IV, Charles de la Marche.

Charles IV (1294-1322-1328). Son voyage en Languedoc contribue à sa popularité (1324). Pour gouverner, il doit consentir aux exigences de réformes soutenues par le clergé et la noblesse. L'action des réformateurs ne freine pas la bureaucratie et la nécessité de ressources financières est l'un des principaux problèmes malgré les mutations monétaires, les impôts sur les marchandises, la dîme levée avec l'accord du pape (1323), la confiscation des biens des financiers italiens ou l'octroi de charges. Il meurt, ne laissant que des filles de ses deux mariages, avec Marie de Luxembourg et Jeanne d'Evreux. C'est la fin de la tige des Capétiens directs.

DYNASTIE DES CAPETIENS-VALOIS

Philippe VI (1293-1328-1350) succède à son cousin Charles IV en assurant dans un premier temps la régence dans l'attente de l'accouchement de la reine Jeanne d'Evreux. Il n'est pas le seul prétendant au trône de France : son cousin Edouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe IV par sa mère détient également de semblables prétentions. L'Histoire retient de ce règne la grande facilité avec laquelle l'argent est dépensé, aussi la branche des Valois apparaît-elle plus frivole que la lignée capétienne. Cependant, Philippe VI accroît le domaine royal avec notamment le Dauphiné et indispose Edouard III, en exigeant l'hommage pour la Guyenne, possession du roi d'Angleterre (1329). Les hostilités engagées peu après entre la France et l'Angleterre se prolongent avec des intermèdes de paix jusqu'en 1451, d'où l'appellation de la guerre de Cent Ans qui frappe la France médiévale de plein fouet, à un moment où elle est au sommet de sa gloire après une longue période de prospérité économique, de croissance démographique, de création artistique et d'expansion territoriale. Philippe VI institue l'impôt sur le sel et la gabelle.


Jean II (1319-1350-1364), fils aîné de Philippe VI succède à son père critiqué par sa décision de donner en apanage à son fils Philippe le duché de Bourgogne, venu au domaine royal par héritage. Sous son règne, le royaume s'effondre, sa maladresse lui aliène le concours des Etats généraux qui lui refusent les ressources financières indispensables. Son règne est marqué par la peste noire sévissant (1348) et ses récurrences jusqu'au milieu du XVe siècle ; fléau qui entraîne une catastrophe démographique puisque la France ne compte plus que dix millions d'habitants et aurait perdu en un siècle plus de 50% de sa population revenant au niveau de l'an Mil. Pour un temps la noblesse prend le contrôle des rouages essentiels de l'Etat à la faveur de sa captivité chez l'Anglais puisque vaincu à Poitiers (1536), libéré lors du Traité de Brétigny-Calais qui, outre une rançon de trois millions de livres, coûte la moitié du royaume de France puisque le roi cède les deux enclaves de Calais et de Ponthieu avec Montreuil-sur-Mer mais est conduit à accepter la reconstitution de la grande Aquitaine couvrant Poitou, Limousin, Périgord, Quercy, Rouergue, Agenais, quadruplant les dimensions du duché de Guyenne. Traité désastreux qui offre à la France une pose et permettra à son fils Charles de remettre le royaume en état et continuer la guerre. En janvier 1364, Jean II retourne en Angleterre pour prendre la place de son fils en captivité. Jean II meurt à Londres le 8 avril 1364. L'héroïsme de Jean II est reconnu par ses pères et ses adversaires.


Charles V (1338-1364-1380) lui succède. Il consacre son règne à réparer les désastres du précédent. Il est le premier fils de France à porter le titre de Dauphin de Viennois en même temps que celui de duc de Normandie. Présent aux côtés de son père pendant la bataille de Poitiers, il doit ensuite comme lieutenant du roi, puis comme régent, gouverner pendant la captivité de ce dernier. Il doit faire face aux prétentions politiques des Etats généraux (1356), à la rébellion parisienne animée par le prévôt des marchands Etienne Marcel, à la Jacquerie qui soulève les paysans parisiens contre les propriétaires et les créanciers, à l'hostilité constante du roi de Navarre mais il reprend le pouvoir pour mener à leur terme les négociations consécutives à la victoire anglaise (1356). Charles V est ce que l'on nomme aujourd'hui un technocrate. Il illustre l'apogée de la France sur le plan culturel : d'importants travaux d'urbanisme et d'architecture sont entrepris, comme l'achèvement de Vincennes, la construction de la Bastille... ou l'aménagement du Louvre et de l'hôtel Saint-Paul ; certains permettant notamment l'amélioration du système défensif de Paris. Le mécénat dans le domaine des lettres n'est pas en reste avec la traduction en français de divers textes importants touchant aux domaines intellectuels les plus variés tels la Théologie, la Philosophie, la Philosophie politique, la Morale, l'Histoire, les Sciences naturelles, l'Astronomie... ou encore l'Astrologie. Il faut ajouter la dispersion de livres entre diverses résidences. De même, Gilles Mallet, garde des livres du roi, dresse un première inventaire de la « Librairie » du Louvre. La situation financière est assainie par la création du Franc le 27 juillet 1364, pièce d'or pur valant une livre tournois - la monnaie demeure inchangée jusqu'en 1385. Habile diplomate, il règle l'insoumission du roi de Navarre, son cousin vaincu à Cocherel (1364) et le dédommage en lui transférant ses droits sur Montpellier ; puis, il intervient dans la succession de Bretagne et reconnaît le duc Jean IV de Montfort privant ainsi les Anglais du prétexte d'un débarquement.


Charles VI (1368-1380-1422) son fils aîné lui succède. Ses oncles, les ducs de Bourgogne, Anjou, Berry et Bourbon gouvernent pendant sa minorité. Devenu majeur, Charles VI rappelle au gouvernement les Marmousets, anciens conseillers de son père (1388). La première crise de folie de Charles VI éclate en août 1392 : elle permet aux ducs de Bourgogne et de Berry ainsi qu'au duc d'Orléans de se disputer le pouvoir. L'assassinat de Louis, duc d'Orléans par Jean sans Peur, , duc de Bourgogne, déchaîne la terrible guerre civile connue sous le nom de « querelle des Armagnac et des Bourguignons » (1407). Henri de Lancastre et Henri IV entrônent Richard II d'Angleterre, devenu majeur (1399). Le fils d'Henri IV, Henri V reprend la guerre contre la France : c'est la deuxième période de la guerre de Cent Ans (1415-1453) qui débute pour les Français par des revers. Henri V s'entend avec Jean sans Peur, débarque en Normandie, s'empare d'Harfleur et défait la chevalerie française à la bataille Azincourt. Henri V occupe de nouveau la Normandie et son armée menace Paris tandis que les seigneurs français s'épuisent dans les querelles entre Armagnacs et Bourguignons. Il est à signaler que Henri V juge nécessaire de recommencer la guerre contre la France afin d'occuper une noblesse anglaise trop remuante. Le Dauphin Charles, auto-proclamé régent en raison de la folie de son père, poursuit le combat à la tête des Armagnacs et affiche l'intention de se réconcilier avec le duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Ce dernier est assassiné le 10 septembre 1419 sous ses yeux. Charles VI meurt à 52 ans trainant pendant de nombreuses années et ce jusqu'à la fin de sa vie ce qui semble être une sorte de schizophrénie atypique.


Charles VII (1403-1422-1461), âgé de quatorze ans succède. La personnalité de ce roi ou la perception que l'on a de sa personne diffère selon les historiens. Certains le considèrent comme un velléitaire qui laisse condamner Jeanne d'Arc, peut-être afin de ménager des adversaires avec qui il espère pouvoir traiter ; d'autres, au contraire, pensent que, plus puissant que ses ancêtres, il incarne la monarchie triomphante de tout système de partage de la puissance publique. De facto, il apparaît relativement tard sur la scène politique aux côtés de Bernard d'Armagnac et devient le chef du parti hostile à la politique réformatrice et démagogique du duc de Bourgogne. Le 21 mai 1420 à Troyes, un traité est signé : Charles VI et Isabeau de Bavière renient et déshéritent leur fils et conviennent d'une alliance entre leur fille Catherine et Henri V d'Angleterre qui deviendra le seul héritier de la Couronne. Déshérité par son père et déclaré bâtard par sa mère, le « petit roi de Bourges » prend le titre de roi à la mort de son père (1422) mais, jusqu'à son sacre le 17 juillet 1429, la Cour ne lui accorde que le titre de Dauphin. Etabli en Berry et en Touraine, il tire l'essentiel de ses ressources de ses fidèles provinces du Centre et du Languedoc. Le règne de Charles VII est caractéristique : c'est le temps de l'organisation définitive d'institutions essentielles au gouvernement monarchique. Les souffrances des guerres passées développent en France le sentiment patriotique, entendu comme le sentiment que tous les Français forment une même Nation qui ne doit plus tomber aux mains des étrangers, comme elle l'est sous les règnes des rois anglais Henri V et Henri VI (1422-1429). De facto, le roi Charles VII réorganise une France épuisée et dévastée et prépare le retour du pouvoir royal sur la féodalité, même s'il se heurte à la puissance du duc de Bourgogne alors que le duché est un apanage. Charles VII gouverne avec les bourgeois. Suite à l'obtention du financement permanent de l'impôt autorisé par les Etats généraux, il dote son armée de structures adaptées au maintien d'une force armée en tout temps. La crise du Grand Schisme d'Occident, favorable au renforcement de l'autorité royale sur le clergé français, accompagnée de la publication des canons du concile de Bâle, permet au roi de France d'assurer son autorité. Il les publie en une Pragmatique Sanction dite de Bourges qui fonde en droit la position du roi comme « première personne ecclésiastique du royaume ». Elle est pour trois quarts de siècle la base de négociations avec le Saint-Siège. Craignant d'être empoissonné, il se serait laissé mourir de faim.


Louis XI (1423-1461-1483), fils du précédent, succède. Sixième roi de la branche des Valois, de la dynastie capétienne, son activité diplomatique lui valut de la part de ses détracteurs le surnom d'« Universelle Araignée ». Il signe le traité d'Arras (1482) avec Maximilien, premier des Habsbourg, par lequel lui sont cédés le duché de Bourgogne et la Picardie. C'est le premier roi à avoir ouvertement pris la défense du petit peuple contre les grands féodaux et contre l'Inquisition, les paysans vaudois du Valpute en Dauphiné le remercieront par le nom de « Val Louise » donné à leur vallée. Il brisa définitivement les prétentions de la féodalité française représentée par la maison d'Armagnac. Les partisans de son père tel Thomas Bazin, évêque de Lisieux, ou son beau-frère le futur Louis XII, le dépeignent comme un tyran cruel et sans foi, son conseiller Commynes lui reconnaît de grandes qualités telles la sagesse ou la vertu. Voltaire et Diderot voient en lui un symbole de l'obscurantisme médiéval et les romanistes comme Victor Hugo ou Walter Scott le qualifient de « génie démoniaque ». Peu de réformes mais il favorise le commerce et l'industrie dont celles de la soie et l'imprimerie ; développe les foires (Lyon) pour concurrencer Genève et signe de nombreux traités de commerce avec des pays étrangers. Il s'assujettit les grands féodaux et clôt la rivalité franco-anglaise. La noblesse féodale est éteinte mais celle apanagée est devenue redoutable notamment le duc de Bourgogne. Louis XI, politique habile et rusé, sans scrupule, s'aliène les divers ordres. Charles le Téméraire organise la Ligue de Bien public (1461) contre le roi et, après la bataille indécise de Montlhéry, le roi signe le traité de Gonflant et Saint-Maur (1445) qui offre aux princes révoltés des concessions. Il refuse d'exécuter ses engagements provoquant une deuxième Ligue (1465). Victorieux des ducs de Bourgogne, il retrouve Charles le Téméraire à Péronne pour négocier (1467). Fait prisonnier, Louis XI se doit de signer un traité humiliant et décide de priver Charles le Téméraire de ses appuis, se forme alors une troisième Ligue. Le duc de Bourgogne signe le traité de Senlis (1473). Une quatrième Ligue est formée contre Louis XI par le Téméraire qui est vaincu par les Suisses pendant que Louis XI occupe le Roussillon. Louis XI traite alors avec Edouard IV (Picquigny 1475) puis avec Charles le Téméraire la trêve de Soleurs (1482). La Franche-Comté, les comtés d'Artois et de Mâcon sont promis au dauphin qui doit épouser l'archiduchesse Marguerite. Louis XI a déjà en 1480 remis au domaine l'Anjou, le Maine et la Provence. Il meurt en 1483 après avoir agrandi la France de huit nouvelles provinces et de plusieurs seigneuries, fortifié le pouvoir royal, organisé le service des Postes, protégé l'industrie, les lettres et les arts. Avant de mourir, il laisse le pouvoir par testament à sa fille Anne et son gendre Pierre de Beaujeu puisque le dauphin, futur Charles VIII, est mineur. Il eut neuf enfants hors mariage, légitimés ou non.


Charles VIII (1470-1483-1498) épouse Anne de Bretagne, préparant ainsi le rattachement de la Bretagne à la France rendant impossible l'encerclement complet du domaine royal par les possessions de la maison d'Autriche (1491) puisque la reine était promise par procuration à Maximilien de Habsbourg - encore une rouerie concoctée par Louis XI avant sa mort. Avec Charles VIII commencent les guerres d'Italie, inutiles du point de vue politique mais ayant influencé la Renaissance donc la civilisation française. L'expédition d'Italie est le fait majeur de son règne. Le roi veut conquérir le royaume de Naples, pénètre facilement à Florences, à Rome et à Naples où il est couronné (1495). L'aisance avec laquelle ses succès sont remportés provoquent chez les princes italiens, devenus craintifs et inquiets, la formation d'une ligue sur laquelle le roi de France remporte la victoire de Fornou (1495). Il peut rentrer en France. Un an plus tard, le royaume de Naples est perdu. Charles VIII meurt sans postérité (1498) et avec lui s'éteint la branche des Valois.

DYNASTIE DES VALOIS D'ORLEANS

Louis XII (1462-1498-1515), fils de Charles duc d'Orléans et d'Anne de Clêves, cousin de Charles VIII dont il a épousé la sœur. Souhaitant épouser Anne de Bretagne pour conserver le duché de Bretagne, il obtient du pape Alexandre IV l'annulation de son premier mariage. Le roi est un être bienveillant, se préoccupant des déshérités, il prend des mesures humanisant la justice. Sa politique intérieure est sage et les Etats généraux de 1506 le surnomme le « père de son peuple ». Il doit sa popularité aux circonstances bénéfiques de son règne marqué par le retour de la prospérité économique qui permettait de réduire la taille grâce aux richesses apportées par les campagnes d'Italie. Les guerres d'Italie recommencent. En tant qu'héritier des prétentions de Charles VIII sur Naples et des droits de son aïeul Valentine de Visconti sur Milan. Malgré les exploits de Bayard, les Français sont chassés de Naples (1503-1504). Louis XII signe les traités de Blois (1504-1505) ruineux pour la France mais les Etats généraux de Tours (1506) les annulent. Après la soumission de Gênes révoltée (1507), Louis XII se tourne vers l'Empereur Maximilien qu'il combat. Vainqueur, il le fait rentrer dans la Ligue de Cambrai conclue contre Venise (1508). Il remporte la victoire d'Agnadèle sur les Vénitiens (1509). Les nombreux efforts du pape Jules II amènent la formation de la Sainte Ligue (1511). Gaston de Foix bat les Suisses à Ravênes où il succombe (1512) . Les Français perdent le Milanais, défaite de Novaré (1513). Profitant de l'absence du roi guerroyant en Italie, Maximilien et Henri VIII, roi d'Angleterre, envahissent le nord de la France, Guinegate (1513) et les Suisses entrent en Bourgogne. Louis XII signe le traité de Londres qui consacre l'abandon du Milanais et l'humiliation de la France (1514). A la mort d'Anne de Bretagne (1514), il épouse Marie d'Angleterre, sœur du roi Henri VIII, pour sceller sa réconciliation avec lui. Il meurt quelques mois plus tard, le 1er janvier 1515 à Paris et laisse le trône à son cousin François 1er qui épouse sa fille Claude, duchesse de Bretagne. L'ensemble des guerres sous le règne de Louis XII se déroule sur le sol d'Italie. toutefois quelques batailles se jouèrent à l'intérieur des frontières françaises. En 1512, l'Aragon, l'un des royaumes chrétiens de la péninsule ibérique née sur les ruines de la Marche d'Espagne carolingienne s'empare de la Navarre méridionale. En août 1512, les Anglais remportent la victoire de Guinegate et Louis XII disloque la Sainte Ligue par le traité de Dijou. Il a administré avec intelligence le domaine royal, entretenu le réseau routier avec les recettes des impôts. Louis XII meurt accidentellement, le plus grand mystère pèse sur sa mort à l'hôtel des Tournelles.

DYNASTIE DES VALOIS D'ANGOULEME

François 1er (1494-1515-1547) fils de Charles d'Angoulême et de Louise de Savoie succède à son beau-père en qualité de chef de la Tige des Valois-Angoulême. François 1er ramène la royauté dans la voie du despotisme, il inscrit au bas de ses ordonnances : « Car tel est notre bon plaisir ». L'on se trouve en pleine renaissance et nul ne semble s'opposer au roi : les seigneurs ne pensent qu'à le servir, la bourgeoisie heureuse de voir l'ordre maintenue et de pouvoir s'enrichir lui est toute acquise. Il perfectionne l'organisation gouvernementale et signe avec le pape Léon X le concordat de Bologne qui soumet le clergé à l'autorité royale en donnant au roi le droit de nommer toutes les dignités ecclésiastiques (1516). Il impose la langue française sur tout document officiel. Les Etats généraux ne sont pas réunis pendant son règne, pas de ministre à l'exception du chancelier qui a la charge de la justice. Il établit les légions provinciales et réorganise les compagnies d'ordonnance. Une flotte de guerre se crée et le Havre est fondé. Le Canada découvert est colonisé. L'importance démographique de la France et sa prospérité lui permettent de se mesurer à la puissance financière des autres nations telles l'Italie (1521-1544), il soutient le poids de quatre campagnes contre Charles Quint assurant un certain équilibre européen et empêche les envahissements de la Maison d'Autriche. C'est le métal précieux que ramènent les conquistadors des Amériques qui permet l'accession de Charles Quint à l'Empire. Aux conférences du Drap d'Or (1520), François Ier n'obtient pas l'alliance avec Henri VIII d'Angleterre qui traite avec l'Espagne. Bayard défend Mézières mais Lautrec, battu à la Bicoque, évacue le Milanais. Bonnivet essaie d'y entrer mais le connétable de Bourbon qui vient de trahir la France l'en chasse. Pendant cette retraite, Bayard est tué (1524). Les Impériaux assiègent Marseille dont l'héroïque défense permet à François Ier d'accourir, il poursuit l'ennemi en Italie mais est battu à Pavie où il est fait prisonnier par les Espagnols (1525). Le roi doit signer un an plus tard le traité de Madrid où il renonce au quart du royaume de France - cession de la Bourgogne aux descendants de Charles le Téméraire et abandon de l'Italie. L'Angleterre et les princes italiens se rapprochent de la France formant la Ligue de Cognac ; Charles Quint lance alors sur l'Italie les bandes du connétable Bourbon tué au siège de Rôme (1527). Après un échec de Lautrec devant Naples et une défaite de Saint-Pol à Landriano, le roi de France signe avec Charles Quint auquel il abandonne l'Italie mais garde la Bourgogne. Il en résulte que la guerre s'achève sur la constatation d'un relatif équilibre des forces par le traité de Cambrai (1529). L'an suivant, Charles Quint triomphe de toute l'Italie. François 1er recommence la guerre (1535). L'empereur négocie avec lui pour gagner du temps puis envahit la Provence ; son expédition prend fin par un désastre et il signe la trêve de Nice (0538). Charles Quint, passant en France en 1539, fait au roi de France des promesses, non tenues par la suite. Henri VIII, continuant sa « politique de bascule » se rapproche de lui et la guerre éclate de nouveau. La victoire du comte d'Enghien à Cerisoles (1544) est rendue inutile par une invasion du roi d'Angleterre en Picardie et de l'empereur en Champagne. Cette campagne se termine par la paix de Créspy (1544) avec Charles Quint et le traité d'Ardres avec Henri VIII (1546). François Ier s'éteint le 31 mars 1547 d'une septicémie.


Henri II (1519-1547-1559) devient héritier du trône à la mort de son frère aîné en 1536. Il reçoit les titres de dauphin et duc de Bretagne. Roi de France, il prend comme emblème le croissant de lune qui est celui de la maison d'Orléans. Il se marie à 28 ans à Catherine de Médicis, fille de Laurent de Médicis, qui sera reine mère de trois rois de France. Il réorganise les quatre régiments d'infanterie qui sont ceux de Picardie, Navarre, Champagne et Piemont ; la cavalerie ; l'artillerie ; crée à nouveau une marine avec pour devise « Se mettre sur mer, aussi fort pour le moins que les ennemis ». En 1548, l'Angleterre dispose de cinquante bâtiments de guerre. Henri II dépense un million dans la construction navale, organise les garde-côtes, fait fortifier les ports, conçoit l'inscription maritime, institue quatre secrétaires d'Etat et établit la vénalité des charges. La poursuite de la lutte entre le roi de France et Charles Quint marque le règne d'Henri II qui s'allie aux protestants d'Allemagne et conquiert les trois évêchés, à savoir Toul, Metz et Verdun (1552). Charles Quint met le siège devant Metz que le duc François de Guise défend avec énergie. Vainqueur de nouveau à Renty (1554), Charles Quint signe la trêve de Vaucelles (1556). L'empereur abdique la même année, laissant à son frère Ferdinand l'Allemagne et les possessions de la Maison d'Autriche et à Philippe, son fils, l'Espagne, les Pays Bas et le Nouveau Monde. La guerre recommence. La France est envahie et la bataille de Saint-Quentin perdue par le connétable de Montmorency (1557). L'on rappelle le duc de Guise d'Italie. Celui-ci s'empare de Calais, dernière ville en possession des Anglais. La paix de Cateau-Cambrésis (3 avril 1559) termine les guerres d'Italie et la première rivalité entre la France et la Maison d'Autriche. Ce traité est important : il signifie la permanence de la coalition des petits pays réunis par la politique matrimoniale dont Charles Quint est issu ; Henri II renonce au Milanais, restitue au duc de Savoie ces Etats et rend aux Génois la Corse, bien qu'il conserve Calais et les Trois-Evêchés. En gage de réconciliation, il autorise le mariage d'une de ses filles avec Philippe II, veuf de Marie Tudor. Au cours des fêtes données à cette occasion à Paris, Henri II est mortellement blessé des suites d'un coup de lance à l'œil au cours d'un tournoi par Montgomery.


François II (1544-1559-1560) est le fils d'Henri II et de Catherine de Médicis. Duc de Bretagne, il devient Dauphin (1547) et épouse Marie Stuart, fille de Jacques V roi d'Ecosse, apparenté à la famille des Guise (1558). Peu avant la mort de son père, il est sacré à Reims (1559). Agé de quinze ans, il charge sa mère Catherine de Médicis de diriger le gouvernement, celle-ci renvoie les conseillers et favoris d'Henri II - dont Diane de Poitiers - pour confier le gouvernement aux Guise. La rivalité entre catholiques et protestants se révèle lorsqu'éclate la conjuration d'Amboise, où les calvinistes veulent soustraire à l'influence des Guise le roi de France et mettre à sa place Louis Ier prince de Condé. La conjuration démasquée, les conjurés sont massacrés ou exécutés. Les protestants sont alors un peu plus de deux millions en France, principalement des nobles qui refusent d'être mis à l'écart du pouvoir par la famille catholique des Guise qui conseille le roi. Suite à une otite, le roi meurt le 6 décembre 1560 à Orléans et son frère Charles IX lui succède après une courte période de régence de Catherine de Médicis.


Charles IX (1550-1560-1574), second fils d'Henri II et de Catherine de Médicis succède. Il est roi à Reims à 11 ans. Catherine de Médicis qui cherche à contenir aussi les Guise, catholiques que les Bourbons huguenots, assure la régence jusqu'en 1563 ; année où Charles IX est déclaré majeur. Les Etats généraux sont réunis (1561) et, à la fin de l'année, sous l'impulsion du chancelier Michel de l'Hospital, on organise le colloque de Poissy afin de rapprocher catholiques et protestants. Le 17 janvier 1562, le jeune roi signe l'édit de Saint Germain qui accorde aux protestants la liberté de culte à l'extérieur des villes fortifiées. Cependant, les massacres entre catholiques et protestants commencent. C'est le début des guerres de Religion qui dureront plus de trente ans. Au-delà des considérations religieuses, ces guerres sont éminemment politiques et constituent une lutte pour le pouvoir. En réponse aux massacres de Wassy, le 10 mars, Louis de Condé, chef du parti protestant, appelle à s'armer et à venger les victimes. Le 16 mars, Catherine de Médicis, de crainte d'une guerre civile, déplace la cour à Fontainebleau. Charles IX et sa mère sont retenus par les leaders catholiques, les Guise, de Montmorency et de Saint-André permettant à Louis de Condé de justifier son action : libérer le roi et sa mère et faire appliquer l'édit de Saint-Germain. En mars/avril, Louis de Condé prend Sens, Rouen, Amboise et Angers.
Les protestants se rendent maîtres de nombreuses villes françaises et le 28 juin, la reine tente en vain une conciliation. En route vers Paris, les protestants sont battus à Dreux par les catholiques menés par François de Guise. Le 4 février 1563, il met le siège est mis devant mais un fanatique nommé Poltrot de Méré le tue le 18 courant. Catherine de Médicis et Louis de Condé négocient la paix et l'obtiennent le 19 mars. Appelée paix d'Amboise, elle permet aux protestants de pratiquer leur culte là où ils sont majoritaires. Cette paix signe la fin de la première guerre de Religion.


La deuxième guerre de Religion dure un an : de 1567 à 1568. Les protestants s'inquiètent du rapprochement entre Catherine de Médicis et Philippe II d'Espagne. Le 24 septembre 1567, des protestants conduits par Louis de Condé tentent d'enlever Charles IX sans succès. Cinq jours plus tard, à Nîmes, des protestants assassinent des prêtres et des notables. Le 2 octobre, Condé, Coligny et leurs troupes se regroupent près de Paris où le premier occupe Saint-Denis. Vaincus par Montmorency, ils se réfugient vers Chartres. Financièrement coûteuse pour les catholiques comme pour les protestants, la guerre s'arrête le 23 mars 1568 par la signature de la paix de Longjumeau. L'édit d'Amboise n'est pas remis en cause. De facto, cette paix ne satisfait personne, entraîne la mise à l'écart de Michel de l'Hospital et, avec lui, la politique de tolérance.


La troisième guerre de Religion s'étend de 1569 à 1570 et les pays limitrophes appuient soit les catholiques, soit les protestants. Le roi de France se joint à la ligue formée par les catholiques et les protestants s'allient à Guillaume d'Orange pour lutter contre le roi d'Espagne, Philippe II. Au mois d'août 1568, Charles IX tente en vain de capturer Coligny et Condé qui se réfugient à La Rochelle. Suite à l'édit de Saint-Maur du 23 septembre 1568 qui interdit le culte protestant provoquant la révolte de leurs partisans, les protestants sont vaincus à Jarnac (1569) par l'armée royale commandée par Henri, duc d'Anjou, frère de Charles IX. Le capitaine des gardes du duc tue Louis de Condé alors qu'il lui remet son épée. En janvier 1570, Catherine de Médicis émet le souhait d'une alliance avec le Saint-Siège et Philippe II. Le 14 juillet de la dite-année, catholiques et protestants signent un armistice, suivie le 8 août de la paix dite de Saint-Germain-en-Laye où les protestants se voient remettre quatre ville de sûreté : La Charité, Cognac, Montauban et La Rochelle. Cette paix entraîne l'amnistie des protestants et l'annulation de l'édit de Saint-Maur. L'édit de Saint-Germain-en-Laye mécontente les catholiques et l'année 1571 est marquée tant par des massacres que par le souhait de Catherine de Médicis de trouver un terrain d'entente entre catholiques et protestants. Le 22 août 1572, l'amiral Coligny est rescapé d'un attentat et les protestants de Paris s'arment pour venger leur chef... ainsi commence la quatrième guerre de Religion. Deux jours après l'attentat contre Coligny à l'instigation de la reine-mère, le roi Charles IX ordonne une enquête. Il semble que Catherine de Médicis ne voit qu'un moyen de sortir de l'impasse : supprimer les principaux chefs protestants alors réunis pour le mariage d'Henri de Navarre avec la sœur du roi, Marguerite de Valois. Charles IX, convaincu d'un complot par sa mère, cède et ordonne ce que l'on appellera le massacre de la Saint Barthélemy*, glorifié par le pape Grégoire XIII. La proportion des protestants s'évalue alors à 30% de la population française et plus encore dans la noblesse. Le 24 août 1572, fête de la Saint-Barthélemy, le carillon de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois face au Louvre où réside la Cour donne le signal du massacre. Trente mille protestants sont tués à Paris et dans le reste du pays, dont Coligny, chef de leur parti et les principaux représentants de la noblesse. Relisons un passage du marquis Christophe Juvénal des Ursins, lieutenant général au gouvernement de Paris vers la fin de 1572 : « Nous allâmes nous asseoir sous la petite treille du côté de la rivière pour respirer le frais ; nous entendîmes tout à coup dans l'air un bruit horrible de voix tumultueuses et de gémissements mêlés de cris de rage et de fureur ; nous restâmes immobiles, saisis d'effroi, nous regardant de temps en temps sans avoir la force de parler. Ce bruit dura, je crois, près d'une demi-heure. Il est certain que le roi l'entendit, qu'il en fut épouvanté, qu'il ne dormit pas pendant tout le reste de la nuit ; que cependant il n'en parla point le lendemain, mais qu'on remarqua qu'il avait l'air sombre, pensif, égaré... que dans la même nuit, Charles IX, deux heures après s'être couché, sauta de son lit, fit lever ceux de sa chambre, et envoya chercher pour ouïr en l'air un grand bruit de voix gémissantes, le tout semblable à ce qu'on entendait la nuit des massacres ; que tous ces différents étaient si frappants, si marqués et si distinctement articulés, que Charles IX, croyant que les ennemis de Montmorency et leurs partisans les avaient surpris et les attaquaient, envoya un détachement de ses gardes pour empêcher ce nouveau massacre ; que ces gardes rapportèrent que Paris était tranquille, et que tout ce bruit qu'on entendait était dans l'air »( !). Les rescapés se réfugient à La Rochelle. Le siège de la ville qui débute en novembre 1572 est levé le 6 juillet 1573. L'édit de Boulogne, signé le 11 juillet 1573, n'autorise la pratique du culte protestant qu'à La Rochelle, Nîmes, Montauban et Sancerre. Il ne satisfait nullement les protestants des autres régions.


La cinquième guerre de Religion débute en 1574 pour deux ans. De nombreux conflits éclatent dans les villes du Sud où l'on souhaite, comme en Languedoc, un pouvoir indépendant du pouvoir royal.


Charles IX meurt le 30 mai 1574 à Vincennes à l'âge de vingt-quatre ans d'une pleurésie au château de Vincennes: Catherine de Médicis, une fois de plus, assure la régence.

* la Saint Barthélémy, voir article in "dernier article en ligne" titre 9 : retour vers le passé


Henri III (1551-1574-1589), duc d'Orléans (1560), duc d'Anjou (1566), il succède à Charles IX sur le trône de France en pleine guerre de religion (1574). Il s'entoure de « mignons ». intelligence vive, son parcours est édifiant. Nommé lieutenant général en novembre 1567, il remporte sur les protestants avec le maréchal de Travannes, les batailles de Jarnac. Chef du parti catholique, il participe à la préparation du massacre de la Saint-Barthélemy, conduit le siège de La Rochelle où se sont réfugiés les huguenots lorsqu'il apprend qu'il vient d'être élu roi de Pologne, le 10 mai 1573. Il est couronné au château du Wawel de Cracovic, le 21 février 1574. A la mort de son frère, il est sacré roi de France à Reims le 13 février 1575, épouse Louise de Vaudémont dont il n'a pas de postérité. Sa rivalité constante avec Henri de Guise cesse lorsqu'il le fait assassiner pendant les Etats généraux de Blois (1588). Il doit faire à Henri de Navarre son beau-frère qui dès 1576 a repris la religion réformée après l'avoir reniée le jour du massacre. Le 6 mars 1576, l'édit de Beaulieu-lès-Loches qui entérine la condamnation des assassinats de la Saint-Barthélemy est signé. Coligny est réhabilité et les protestants se voient attribuer huit villes de sûreté. Cet édit ne satisfait pas les catholiques qui demandent son annulation. Ils rompent la paix, les conflits armés reprennent et seul le traité de Bergerac, le 17 septembre, met fin aux combats. Le traité prononce la dissolution de la Ligue et le culte romain est rétabli dans tout le royaume. Le frère d'Henri III, François d'Alençon mort de la tuberculose (1584), Henri de Navarre devient héritier de la Couronne


La huitième guerre de religion commence alors que Henri III donne six mois aux protestants pour se convertir ou quitter le territoire ; ceux-ci se rendant principalement en Suisse causent un préjudice financier et économique considérable à la France. Les combats reprennent et aucun des deux camps ne prend l'avantage ou fait preuve de supériorité. Auparavant, le roi avec l'Edit de Nemours (1585) supprime les privilèges consentis aux protestants et abroge les droits d'Henri de Navarre à la dévolution de France, « un hérétique ne se pouvant être à la tête du royaume ». En 1588, Guise rompt ses relations avec le roi et l'oblige à quitter Paris pour Blois ; la capitale est gouvernée par le Comité des Seize. Catherine de Médicis meurt le 5 janvier 1589. Charles de Lorraine succède à la tête de la Ligue à Henri de Guise. Dès mars, la Ligue s'étend sur tout le pays. Réconcilié avec Henri de Navarre, Henri III tente de reprendre Paris des mains des Ligueurs mais il est assassiné par le dominicain Jacques Clément le 1er août 1589.

 

LA FRANCE DEBUT XIVe SIECLE

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Sources : "les institutions françaises, naissance et évolution" in www.anaxagora.net

 

                                                                                                           le 21 février 2010

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