La poésie homérique et ses conséquences sociétales

La pensée de la Grèce antique modèle la philosophie politique occidentale entendu que la Grèce donne au monde les fondements de la philosophie et de la réflexion sur l’homme, sa nature, sa place dans la société et les principes d’organisation de cette société humaine.Cinq circonstances participent de la prospérité de la Grèce : ¤ un sol montagneux ¤ une latitude méridionale ¤ un rivage continental très découpé en golfes, isthmes, presqu’îles et bordé d’une multitude d’îles ¤ une langue riche et une position favorable au développement de la civilisation, des lettres et des arts

La Cité, forme d’organisation originale, est le cadre de vie et de réflexion des philosophes grecs. Si Gustave Glotz ou Fustel de Coulanges donnent des explications rationnelles, certains pensent que la cité vient du fond des âges et la conçoivent comme un don des Dieux – conception de Platon et d’Aristote, d’autres encore évoquent des raisons tenant à la configuration des lieux puisque la plaine côtière étroite fait que le territoire se divise en raison de reliefs montagneux. De facto, la cité se développe dès que les liens familiaux se relâchent.Chaque cité avec sa constitution et ses lois particulières dispose de son propre mode d’organisation et se caractérise comme étant une unité. Héraclite d’Ephèse écrit que « Le peuple doit combattre pour ses lois comme pour ses murailles ». La Loi apparaît avec la Cité. Elle est le moyen d’assurer une paix sociale perturbée par les bouleversements économiques et contribue à l’affermissement du régime de la cité. Puis la Cité décline affectée par l’altération de ses institutions internes et la prise de conscience de son inadaptation aux besoins du monde grec.

La République de Platon et la Politique d’Aristote, les premiers textes de théorie politique qui nous parviennent, constituent la synthèse et la critique de la Cité grecque.Trois étapes se distinguent : ¤ La conceptualisation des notions de justice – thémis – et d’ordre social – eunomia.¤ La naissance de la Cité et du citoyen – de Solon à Clisthène. Cette période se caractérise par la conscience que la loi – nomos – égale pour tous – isonomia – garantie la justice. Cette pensée novatrice est fondamentale. ¤ La conscience que la loi peut être tyrannique et susceptible d’une critique – pour se faire, création de ce qui est par nature – physis – de ce qui est par convention – nomos, c’est alors la Grande génération de la société ouverte.

LES NOTIONS DE JUSTICE ET D’ORDRE SOCIAL - La Cité grecque apparaît presque ex nihilo par un processus endogène et l’on évoque communément le miracle grec. Vers 1200, une catastrophe sépare la Grèce du reste du monde et toute civilisation s’efface : c’est le Moyen Age grec ou les Siècles obscurs. De là, naît la Cité grecque.La Grèce peuplée primitivement par les Pélasges est occupée à une époque indéterminée par les Grecs ou Hellènes répartis en quatre groupes : Achéens, Eoliens, Doriens et Ioniens.Le monde grec connaît divers foyers de civilisation dont la mer Egée constitue le centre : dans la Grèce péninsulaire, dès le Ve millénaire l’on atteste de la présence d’établissements ; en Asie Mineure, la ville de Troie remonte au IIIe millénaire ; une civilisation préhellénique existe en Crète ; sur le continent vers 1580, les Achéens viennent de Macédoine et de Théssalie et se mêlent à la population locale subissant l’influence de la civilisation crétoise. Alors se développe la civilisation mycénienne (1550-1100) qui décline ruinée par les vagues nouvelles d’envahisseurs : c’est alors la période dite des Siècles obscurs de l’histoire grecque (XIe-VIIIe siècle).

I. HISTORIQUE -

La société crétoise ou minoenne (2400-1400) La société minoenne se développe en Crète. Evans distingue trois périodes : le Minoen ancien, le Minoen moyen et le Minoen récent ; chacune subdivisée en trois périodes numérotées I, II et III. L’archéologie propose une autre datation se basant sur l’évolution architecturale des palais crétois : période des premiers palais ou protopalatiale, période des seconds palais ou néopalatiale et période mycénienne ou postpalatiale. L’absence de déchiffrement de l’écriture, le Linéaire A, restreint notre connaissance de cette civilisation ; connaissance qui ne repose que sur l’interprétation hypothétique des fouilles.Diverses principautés se partagent l’île. La civilisation crétoise est une civilisation urbaine bien que l’on pratique l’agriculture et la navigation, dont le système politique est le matriarcat avec une pluralité de palais qui laisse supposer une multiplicité de principautés.L’absence d’enceintes éloigne l’idée de rivalité entre elles. Le commerce est interne à l’île et maritime et les relations avec le monde extérieur s’accroissent progressivement.L’interprétation des fouilles laisse supposer que le gouvernement de l’île s’exerce par une aristocratie mais ce régime seigneurial disparaît avant 2000 avec l’instauration d’un régime de royauté et le premiers palais (vers 2000-1700).Les princes de Cnossos, Phaistos ou Mallia font bâtir des demeures sans fortifications conformes à leur opulence. Sous la protection de ses rois, la Crète produit : de simples particuliers possèdent des maisons à étages ; les armuriers allongent les dagues, en varient les formes et les décorent de ciselures ; les potiers disposant du tour donnent à la terre cuite la minceur du métal et la vitrifient ; les orfèvres collaborent à l’exécution de vases à monture d’or ; les graveurs s’attaquent aux gemmes et y taillent des portraits d’hommes et des figures d’animaux… le commerce maritime étend ses relations visant non plus seulement l’Egypte mais la Cyrénaïque pour les épices… Mélos, Délos, Thèra, Byblos au moment où commence en Canaan une période d’influence égéenne. L’écriture est d’abord hiéroglyphique. L’on atteste l’existence du linéaire A à Cnossos au moins depuis le XVIIIe siècle. Il transcrit la langue d’une population locale antérieure à la population grecque.Peu avant 1700, les palais sont incendiés sans que l’on en connaisse la raison. L’on suggère des Asiatiques rejettant l’ancienne population dans la partie occidentale de l’île mais pas un peuple en Asie à cette époque semble avoir une flotte capable de conquérir la mer. Vers 1700, la Crète connaît une seconde apogée et Cnossos s’assure la suprématie sur la plus grande partie de l’île. La royauté de Cnossos ou royauté minoenne est puissante.L’ampleur du palais implique une administration importante ; celle-ci est sans doute relative aux finances, l’armée et la flotte. Une enclave est réservée au trésor ; de nombreux bureaux s’installent avec leurs sceaux, leurs archives et leurs inventaires ; des manufactures royales pourvoient à des besoins raffinés par des chefs d’œuvre de céramique, de sculpture et de marqueterie…. Les progrès de l’industrie s’illustrent avec le céramiste, le faïencier, le bronzier… ou l’orfèvre. La Crète orientale participe de plus en plus à la prospérité générale : ses vases sont les plus beaux de l’époque... la grotte sacrée de Psychro attire de nombreux pèlerins et une ville se fonde dans le voisinage…Il faut noter que le vocable Minos ne paraît pas désigner un personnage unique : il semble un titre dynastique car il existe des Minos en Crète comme il existe des Pharaons en Egypte ou des Césars à Rome. La Chronique de Paros mentionne des Minos au XVe siècle et Diodore de Sicile fait de Minos I le grand-père de Minos II. Sous l’égide des Minos, un pouvoir respecté et une justice sévère s’exercent. Minos se fait bâtir une salle du trône où il siège comme grand-prêtre et une villa où il siège comme grand-juge. Son tribunal acquiert une réputation de sévérité. Ses scribes composent une écriture nouvelle à l’usage exclusif de l’administration royale. A l’intérieur, plus aucune fortification ne subsiste dans l’île alors que la flotte assure la défense extérieure.On suppose que le roi, le Minos des légendes, est avant tout un roi-prêtre. Il représente le dieu-taureau, l’incarnation sur terre du Minotaure dont l’image s’offre sur les murs et se dresse sur la porte de la demeure sainte. Lorsque le taureau divin reçoit le nom de Zeus ou lorsque Zeus prend la forme du divin taureau, Minos est le fils et, selon l’Odyssée, le compagnon du grand Zeus.Une interprétation de la légende du labyrinthe suggère que le dieu désigne et place le Minos sous sa dépendance. Une fois désigné par la volonté céleste à la vénération des hommes, il devient roi pour neuf ans. Au bout de cette période, il lui faut renouveler la puissance : il gravit alors la montagne sainte pour communiquer avec le dieu, entre dans la grotte du Minotaure afin de rendre compte et se soumettre au jugement de son maître : si le roi sort du labyrinthe, il recouvre son autorité ; dans l’hypothèse contraire, un autre roi lui succède. Le roi a pour insignes le sceptre et la double hache, la labrys et peut-être la fleur de lis que l’on retrouve peinte dans le palais de Cnossos, dans le blason des sceaux et sur un relief peint de Minos. Ainsi, deux mille ans avant de devenir le symbole de l’autorité à Rome, la hache l’est déjà dans le palais du labyrinthe.La principale mission de Minos sur terre est de rendre la justice. De la montagne où il se concerte avec son dieu, il rapporte des lois saintes. Il est juge et législateur. A l’origine, l’emprisonnement est toujours un emmurement et s’exécute dans une grotte artificielle. Cette pénalité s’apparente à l’idée religieuse de l’ordalie, le jugement de Dieu : la divinité fait mourir ou prolonge la vie du coupable. Les ordalies semblent tenir une place privilégiée : Scylla, la chienne, meurt attachée à la poupe d’un navire… le saut dans la mer établit la pureté des jeunes filles : Britomartis se précipite dans les flots car la virginité se prouve par le plongeon.

Le palais qui couvre une superficie de deux hectares et où des centaines de personnes logent témoigne d’un gouvernement centralisé et d’une administration complexe illustrée par la multitude de tablettes inscrites découvertes entre autres dans un dépôt d’archives situé à l’Ouest de l’entrée septentrionale.Le roi dispose d’une classe de scribes et un sceau authentifie les principaux actes royaux. On a découvert une matrice d’argile destinée à reproduire un sceau dont l’empreinte se trouve sur plusieurs tablettes, ce qui semble attester d’un emploi régulier. Chaque administration a son sceau : du dépôt Nord-Ouest, un lion symbole de la guerre… des magasins, un épi de blé et chaque haut fonctionnaire dispose d’un sceau personnel indiquant son titre.L’on connait l’administration financière par l’amoncellement des denrées, trésor du roi et de l’Etat alimenté par les revenus du domaine et probablement aussi par des dons. Le trésor subvient à l’entretien de la famille royale et sa domesticité, pourvoit aux traitements des fonctionnaires, règle les dépenses du culte et rémunère les artisans et artistes du palais.L’administration militaire revêt une importance primordiale. Les soldats ordinaires portent un casque conique terminé par une houppe, un grand bouclier en forme de 8 et une lance. Avec l’infanterie des lanciers, les compagnies armées de l’arc marchent. L’armée minoenne possède des chars de guerre à deux chevaux dès l’introduction du cheval dans l’île avec le char hittite connu en Syrie et en Egypte. De nombreuses tablettes des inventaires témoignent de l’armement bien que l’armée ne se compose que de peu d’hommes car, à l’intérieur de l’île, règne la paix et la flotte contre les ennemis extérieurs suffit.Les Crétois par leur flotte établissent le premier empire maritime : la première thalassocratie. Ils dominent toute l’Egée, détruisent la piraterie et colonisent nombre des Cyclades. La liste des villes, points d’appui navals ou comptoirs, qui prennent le nom de Minoa nous renseigne sur l’extension de l’empire minoen.

Thucydide prétend que Minos envoie ses propres fils comme lieutenants dans des possessions extérieures. Sur le continent, des chefs militaires exercent le commandement et certains d’entre eux reconnaissent la suzeraineté de Minos. « Dès lors, dit Thucydide (la thalassocratie rend de grand services) les habitants des côtes commencèrent à s’enrichir et à posséder des habitations moins précaires ». Minos perçoit des tributs mais n’exerce pas un pouvoir absolu : ainsi, Mélos, la station intermédiaire entre la Crète et l’Arolide, semble jouir d’une entière autonomie et, avec Phylacopi, les échanges se font sur une pied de réciprocité pour les deux parties.

¤ Thucydide – L’on ignore sa date de naissance mais lui-même nous enseigne que, dès le début de la guerre du Péloponnèse (431), il est en âge d’en prévoir l’importance et qu’il se met à en consigner par écrit les événements. Il devait avoir entre 30 et 40 ans. Son père se nomme Oloros et l’on sait que le grand Miltiade épouse la fille d’un prince thrace de ce nom. C’est probablement en souvenir de ce personnage que le père de Thucydide s’appèle ainsi car existent des liens entre l’historien et Cimon fils de Miltiade. L’historien Hermippos (IIIe siècle avant notre ère) rattachent Thucydide à la famille des Pisistratides. Thucydide doit certainement aussi à sa naissance l’avantage de posséder une grande fortune : il rapporte lui-même qu’il exploite en Thrace – sans doute comme fermier de l’Etat – les mines d’or de Scapté Hylé et que cela lui assure dans la région voisine une influence considérable. Cette fortune lui permet de voyager et d’être indépendant. Comme tout jeune Athénien, Thucydide lit Homère, écoute Hérodote lire des fragments de ses Histoires. Certains racontent qu’il fut disciple du philosophe Anaxagore et du rhéteur Antiphon mais l’on ne peut avoir aucune certitude. L’on ignore quelle part il prend aux luttes politiques de son temps mais, à en croire ses biographes, il se tient à l’écart de la vie politique et ne monte jamais à la tribune. Cependant, cette affirmation semble peu vraisemblable dans la mesure où Denys d’Halicarnasse, au contraire, parle en termes vagues des « commandements et des « honneurs » que les Athéniens lui décernèrent. L’on sait qu’il est élu stratège (424) et il est rare de devenir général sans aucune pratique de la guerre, ce qui laisse supposer que Thucydide sert auparavant sa patrie les armes à la main. Thucydide est l’un des deux stratèges désignés pour aller en Thrace. Il a pour collègues Euclès qui se rent à Amphipolis, lui-même part dans les parages de Thasos où les Athéniens ont des forces navales chargées de surveiller la côte et les mines d’or. Il prend le commandement de l’escadre. Après cet événement, l’on ne connaît que des faits hautement hypothétiques.Dans un passage relatif à son exil, Thucydide convient d’être resté vingt ans hors d’Athènes. Les événements d’Amphipolis se produisent au début de l’hiver de l’année 424-423, il en résulte qu’il est rappelé en 404, année de la prise d’Athènes par Lysandre – l’on sait que le vainqueur impose tout de suite aux Athéniens l’obligation de rappeler les exilés.La tradition antique rapporte que Thucydide meurt de mort violente. Son tombeau suivant les témoignages de Plutarque et de Pausanias se voit près de la porte Mélitide, parmi les sépultures de la famille de Cimon.Les manuscrits de Thucydide sont au nombre d’une quarantaine, dont sept ou huit, les plus anciens, sont exclusivement étudiés aujourd’hui. Parmi eux, un est du Xe siècle : le Laurentianus (C. de Bekker, bibliothèque de Florence). Après lui, le Vaticanus (bibliothèque du Vatican), le Palatinus de Heidelberg (E. de Bekker), le Britannus de Londres (M. de Stahl, British Museum).Lorsque Thucydide meurt, son Histoire est inachevée – il pensait raconter les vingt-sept années de la guerre du Péloponnèse depuis l’explosion des hostilités (431) jusqu’à la destruction de l’empire athénien par Sparte (404). Son récit s’arrête à l’année 411. La publication est selon Diogène Laërce due à Xénophon.

Le plan de l’ouvrage est simple : il s’ouvre par une préface dans laquelle l’historien après avoir affirmé que la guerre du Péloponnèse est la plus considérable de l’histoire grecque, justifie son affirmation par une comparaison avec la guerre de Troie et avec la guerre médique. A ce propos, il fait connaître les principes essentiels de sa méthode. La matière est distribuée en huit livres : le premier renferme la préface et l’exposé des causes de la lutte ; le second est relatif à la guerre d’Archidamos ; le troisième et le quatrième avec quelques chapitres au début du cinquième. La fin de ce cinquième chapitre est formée par le récit de la paix qui suit la trêve de Nicias jusqu’à l’expédition de Sicile. Celle-ci est racontée dans les sixième et septième livres et la fin du récit forme le huitième. Cette division en huit livres ne remonte probablement pas à Thucydide. Un trait du huitième livre frappe le lecteur : l’absence de grands discours en style direct et, comme le dit J. Girard, il est difficile de voir « pourquoi Phrynichus, au chapitre XXVII, et Alcibiade, au chapitre LXXXVI, ne développent pas sous forme directe les conseils si importants qu’ils font prévaloir ».La légende de Minos présente une double face : selon les pays, il est le noble Eitel ou comme Attila, le fléau de Dieu. De facto, une civilisation prévaut sur le continent pendant les deux siècles assignés à la période du Mycénien Ancien (1600-1400) présageant de l’hégémonie mycénienne à venir dont le centre politique est Mycènes au Péloponnèse.

La civilisation mycénienne (1500-1150) – A l’époque pré-historique, l’on note la présence de populations pré-grecques que les Grecs appelent les Pélasges. A partir de 2000, des peuples de langue indo-européenne, les Hittites et les Phrygiens accèdent à la péninsule balkanique. Ces derniers, les Grecs du nom d’une tribu de la côte de la mer Ionienne face à l’Italie ou Hellènes s’infiltrent.Alors que la civilisation crétoise est florissante, se développe dans la péninsule une civilisation dite mycénienne du nom de l’un des principaux foyers. La chronologie de la civilisation mycénienne correspond à l’Helladique Récent (1550-1100) et se subdivise en trois périodes : Helladique Récent I (1550-1500), Helladique Récent II (1500-1425) qui correspond à l’arrivée des Mycéniens à Cnossos, Helladique Récent III (1425-1100) qui vise la période de la destruction de Cnossos, le début des palais mycéniens continentaux et leur apogée (1250), l’apogée de la puissance mycénienne (1200) et la destruction des palais mycéniens continentaux (1100). Les Mycéniens entrent en contact avec la Crète dès 1450. Crétois et Achéens s’associent mettant en commun leur science de la navigation et leurs connaissances géographiques. Les Achéens, devenus puissants, envahissent Cnossos, détruisent la ville et renversent le palais (1400).Cette civilisation mycénienne connaît son apogée de 1400 à 1200 avant de disparaître progressivement en raison semble-t-il de guerres.

Si les fouilles d’Henrich Schliemann à Mycènes (1874) où il découvre un masque d’or qu’il nomme le masque d’Agamemnon et Tirynthe (1886) en permettent une approche, il faut attendre les recherches d’Arthur Evans (XXe siècle de notre ère) pour que le monde mycénien acquière son autonomie relativement au monde minoen. Evans découvre des milliers de tablettes d’argile cuites accidentellement dans l’incendie du palais et baptise cette écriture Linéaire B l’estimant plus avancée que le Linéaire A. Le déchiffrement du Linéaire B, une forme de grec, par Michael Ventris et John Chadwick projette la civilisation mycénienne de la protohistoire à l’Histoire et l’insère dans l’âge du bonze du monde égéen.Les deux sites les mieux connus outre Mycènes sont les palais de Pylos en Messénie et Cnossos en Crète célèbres par la découverte de leurs archives en Linéaire B.

L’organisation de la civilisation mycénienne est mal connue. Il semble que le pouvoir politique se concentre autour du palais où gouverne un roi entouré de ses scribes. Cette société seigneuriale est fondée sur l’existence de multiples seigneuries régnant sur un territoire ; de facto, c’est un monde aristocratique dominé par les nobles qui se partagent le pays et la société est guerrière.Trois classes sociales coexistent : les grands propriétaires terriens qui sont en même temps les chefs de guerre, les petits paysans et les artisans, marins… ouvriers. Le roi habite une forteresse ; non divinisé mais honoré comme un dieux, il jouit de leur aide et encourt leur vengeance. Le roi possède un important domaine et répartit les terres mais certaines sont laissées à la jouissance commune. Des auxiliaires, commandent les troupes, administrent son domaine et surveillent les récoltes qui conditionnent l’impôt.Les tablettes découvertes dans le palais de Pylos et à Mycènes laissent apparaître l’aspect bureaucratique du régime avec plus de 200 signes dans le Linéaire B nécessitant la formation de scribes spécialisés.Les tablettes conservées sont des documents administratifs, notamment des pièces comptables détaillées qui attestent de la maîtrise absolue du souverain sur les hommes et les biens. Les familles importantes constituent une sorte de noblesse qui reçoit du roi des domaines fonciers dont l’exploitation est confiée à des fermiers. La guerre et la piraterie fournit des esclaves.La civilisation mycénienne donne l’impression d’un recul relativement à celle qui la précède.Si l’armurerie garde les qualités acquises entendu que la matière et la technique y jouent un rôle principal et que la société guerrière lui offre une clientèle exigeante, l’industrie vise à la production en masse et, à mesure que le commerce maritime lui ouvre de nouveaux débouchés, elle travaille davantage pour l’exportation et se met au niveau de peuples plus grossiers. L’art se vulgarise et dégénère et, signe caractéristique de la décadence intellectuelle, l’écriture devient d’un emploi rare.Dans le domaine religieux, l’apport achéen et les traditions crétoises se manifestent par un panthéon masculin, ouranien et pastoral combiné avec les divinités féminines et agricoles de la Crète.De facto, le panthéon mycénien comporte de nombreuses divinités qui seront celles de la Grèce classique. Poséidon occupe une place importante en particulier à Cnossos sous les traits d’une divinité liée aux tremblements de la terre. D’autres divinités sont identifiées comme le couple Zeus-Héra, Arès, Hermès, Athéna, Artémis, Dionysos… ou Erinya.

A partir du XIIe siècle, la décadence frappe la société mycénienne, les palais sont rasés et l’écriture disparaît. Les causes peuvent être à la fois externe du fait de facteurs naturels comme le changement climatique ou les tremblements de terres, de facteurs externes du fait de raids de nouvelles populations… ou de facteurs internes en raison de conflits sociaux. Pour cause, l’on évoque souvent une invasion des Doriens (1150) mais, si l’invasion contribue à la ruine de Mycènes, il semble qu’elle n’en soit pas l’unique cause puisque les sites mycéniens ne font pas l’objet d’une destruction brutale et massive. Une décadence progressive, accélérée par les invasions des Doriens entre autres semble vraisemblable.Si les Achéens, façonnés à la civilisation crétoise, en conservent l’héritage, l’invasion des Doriens et les années qui suivent éliminent toutes traces de civilisation : leur passage de Corinthe à Sparte laisse une trainée de ruines ; en Crète les ports sont abandonnés et les villes livrées aux flammes. Il faut noter que cette dévastation n’est pas l’indice d’une tempête locale éphémère mais le symbole d’une révolution universelle puisque la civilisation du bronze succombe avec l’apparition du fer. Trois mille ans de silence s’écoulent : période que l’on appelle communément les siècles obscurs. Les mycéniens se réfugient dans les îles et sur les côtes d’Asie Mineure. Des colonies sont fondées en Ionie : c’est la première colonisation grecque.Dans cette période troublée, se façonne le monde grec, s’esquissent ses institutions politiques avec le régime de la cité et son organisation familiale bien que l’on connaisse fort mal le régime politique de cette époque. Ce n’est plus la royauté militaire achéenne. Si le roi subsiste, il ne conserve que des fonctions religieuses ou commence à prendre les traits d’un magistrat. L’affaiblissement du pouvoir royal profite aux dieux et à l’aristocratie. Un nouveau type de ville apparaît avec l’agora et le pouvoir politique se partage entre un chef, la noblesse et une assemblée populaire.Les immigrés conservent le souvenir du passé mycénien et l’évoquent au cours de fêtes communes dans des poèmes. L’écriture oubliée, la transmission orale perpétue les légendes reprises par Homère.

Les Siècles obscurs (1100-780) – L’historiographie moderne appelle Siècles obscurs l’époque qui va approximativement du XIIe au VIIIe siècle avant notre ère. The Dark Age (1971) d’Anthony Snodgrass et The Greek Dark Ages (1972) de Desborough popularisent l’expression.A ce jour il est impossible d’arrêter une explication de la chute du monde mycénien mais son déclin progressif semble dû à une combinaison de causes et, l’on ne peut que constater qu’à la suite de la disparition de la civilisation mycénienne, l’écriture s’évanouit et se produit une interruption du commerce et des relations avec l’Orient.

Il n’existe à ce jour aucun témoignage écrit de cette période. L’archéologie permet de distinguer trois phases : ¤ de 1200 à environ 1050 – période qui se caractérise par la régression totale de la civilisation et de la production ; la diminution des trois quarts de la population ¤ à partir de 1050 – période de changements : le fer remplace le bronze, des Achéens se réfugient en Asie Mineure et l’incinération se substitue à l’inhumation ¤ de 900 à 800 – l’on note l’accroissement de la population ; l’augmentation de la production agricole ; le développement et la transformation de la céramique et de la métallurgie ; la réapparition de la figuration humaine et animale ; l’apparition des caractères de la Cité grecque : l’agora où se réunit assemblée du peuple ; l’affirmation du territoire avec des parcelles délimitées et cultivées ; la détermination des limites extérieures de la cité par une ceinture de sanctuaires destinées aux divinités protectrices de la cité et aux héros fondateurs ; la naissance d’aristocraties tendant à se substituer au pouvoir personnel des roisCorinthe édifie la ville de Syracuse puis Corcyre (Corfou) (733). Sparte crée la ville de Tarente (706). Des colons Doriens s’installent sur la côte de Thrace, d’autres accostent en Afrique du Nord et fondent la ville de Cyrène (631). Chaque colonie constitue une Cité-Etat qui conserve des relations commerciales avec la cité-mère et parfois des relations militaires sous la forme d’une aide réciproque.Si les Siècles obscurs semblent au premier abord un déclin, aujourd’hui l’on considère qu’ils se caractérisent plus comme une période de changement et la cité grecque figure déjà en filigrane dans les textes homériques. Vers la fin de cette période, le monde grec s’ouvre sur le monde extérieur, notamment le Proche-Orient.

Source de tout le dossier sur la Rome - extraits de "Histoire de la pensée politique de l'Antiquité à nos jours, la Grèce" oeuvre déposée pour protection, Valérie Ladegaillerie, Docteur en Droit

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