La politique, art de tromper les hommes - D'Alembert

Du Ier siècle avant notre ère jusque trois siècles après, à Rome, le magistrat à son entrée en charge élabore un édit où il explique sa jurisprudence future, à savoir son interprétation de la loi sui generis. Par jurisprudence, l’on entend l’ensemble des décisions de justice qu’il rendra et par loi sui generis, la norme de droit. Les empereurs en viennent à confier l’élaboration de cet édit à leurs juristes. De ce fait, ils dessaisissent le magistrat de toute interprétation personnelle de la loi et le soumettent à leurs propres interprétations.

On appelle droit prétorien, le droit rendu par le magistrat. De facto, il crée le droit – le juriste dit il « révèle » le droit. Si le prêteur déroge à son serment, il sera accusé de crime de lèse-majesté et condamné à mort.

La question que je me pose : pourquoi celui ou celle qui aspire à être élu à diriger les affaires de l’Etat ne déclare-t-il pas sur la foi du serment être au service de l’Etat et que s’il circonvenait au serment prêté, il serait parjure et sanctionné par la loi. Je pense que s’il en était ainsi, il n’y aurait pas bousculade au portillon pour servir l’Etat. Il me souvient lors de la prise de pouvoir de Bourguiba, premier Président de la République tunisienne (1957), Mendès-France, ancien Président du Conseil (1953-1954) lui conseilla de demander l’état de fortune des élus devant assumer des responsabilités d’Etat, ce qui fut fait. Il serait temps que les électeurs français exigent que les personnages appelés à traiter des affaires de la France et du quotidien des Français prennent le risque d’être conduits au piloris lorsqu’ils auront failli. Quels sont les faits reprochés aux élus ? le népotisme, à savoir l’attitude de l’homme en place qui, par son influence, donne des avantages aux membres de sa famille, à ses amis, avantages donnés sans souci du mérite quel qu’en soit le bénéficiaire. Si par hasard, vous connaissez le fils, la fille d’un député, sénateur, préfet, officier supérieur... qui serait à la recherche d’un emploi digne de ce nom, nous serions interloqué et vous prions de nous en aviser !... L’on entend souvent dire des élus nationaux ayant également mandat local qu’ils sont absents dans leurs hémicycles respectives parce qu’au contact avec la population qui les a portés à ses fonctions. Faux ! En 17 ans, je n’ai vu ces futurs élus qu’à l’occasion du scrutin dans la municipalité où je réside. En finir avec les logements de fonction luxueux, les voitures avec chauffeurs, les voyages à répétition à l’étranger plusieurs fois par an. La durée des mandats varie de 6 à 9 ans. Les élus sont responsables à tout instant des tâches qu’ils accomplissent et devraient rendre compte de leurs résultats à chaque fin de session. Qui aura failli devra quitter immédiatement son poste et la politique. Quand au reste... tout manquement à la loi devrait être irrémédiablement sanctionner, quoi que parfois la loi les « arrange » bien, il est vrai que ce sont eux qui la font. Il faut pouvoir dire de l’élu lorsqu’il quittera son poste - « C’est un brave et honnête homme qui n’a jamais fait de mal » Balzac

Je rêve d’une France expurgée de toute la racaille qui l’habite.

Le fait d’élire, de choisir un ou des hommes parmi une association d’hommes formés à l’intérieur d’un parti pour défendre des intérêts communs à cette association, union ou coalition, est le choix restreint de désigner un ou des hommes préalablement installés par des entités mues par des intérêts particuliers. JJ Rousseau, hostile aux partis politiques, les qualifiait de « brigues* » susceptibles d’entraver par l’expression de leur volonté propre la recherche de la volonté générale qui doit se former à partir des consciences individuelles tendues vers la recherche du bien commun. « Tout se fait par brigue et par cabale chez les grands » Lesage

* brigue – manoeuvre secrète consistant à engager des personnes dans l’intérêt en vue d’obtenir par faveurs quelques avantages ou postes immérités

Le mode d’élection indirecte, à savoir à deux tours laissant en liste depuis plus d’un demi siècle les deux sempiternels partis de droite et de gauche avec les mêmes acteurs se succédant suivant l’humeur du temps et la désapprobation du peuple, passant de Charybde en Scylla et vise versa après chaque législature, commence sérieusement à lasser les électeurs de se rendre aux urnes pour voter blanc ou nul. Lorsque l’on entend le Président de la République française nous rétorquer en moulinant les segments – « Croyez-vous que je fais de la politique – depuis plus d’un tiers de siècle – c’est pour m’enrichir, vous êtes à côté de la plaque... dans le privé, je gagnerai beaucoup plus d’argent ». Un peu prétentieux non ?

Et les avantages M. le Président ? Qui paie le train de vie mené par le chef de l’Etat, tous ses repas délicieux en compagnie de la nomenclatura mondiale ? Qui paie le gros avion pour promener Me et M. le Président et tous les potes de promotion aux quatre coins de la planète ? Qui c’est qui a des vacances ? avec une carte de choix pour les résidences intra-muraux... la chasse comme aux temps des rois... Qui s’est qui profitera des retours après services rendus ?

J’arrête ma liste parce que vous me fatiguez M. le Président. Si vous saviez comment, adulte, pendant près de 40 ans où je résidais particulièrement en Afrique, j’étais heureux de ne pas voter, de n’être ni de droite ni de gauche ni du grenier ni de la cave, de ne pas savoir qui présidait, gouvernait, qui s’opposait, qui ministrait ou conseillait, seul m’importaient la petite et la grande saison des pluies, la petite et la grande saison des chaleurs, les arbres, les fleurs et les oiseaux, mon boulot** et l’Afrique avec ses habitants ne se souciant de vivre le plus simplement, sans ces horribles consommations et la croissance qui, comme vous et moi, a cessé de croître. Arrivé à plus de 80 ans, je me dois, étend devenu un bon petit citoyen de la France, de dire ce qui ne va plus au pays de cocagne. Je le dois parce que j’ai vécu en dilettante pendant très longtemps.

** par dilettante, je veux parler de mes moments libres après les chantiers qui m’ont conduit partout en Afrique. Ce travail dont je suis fier, fier d’avoir apporté à de nombreux villages et petites villes l’électricité, l’adduction de l’eau potable, les lignes de communication, d’avoir oeuvré dans les hôpitaux, participé à l’élaboration de dizaines d’établissements scolaires... et j’en passe.

                                                                                                                       le 6 août 2010

 

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