La rapine peut commencer...

Les Européens se sont rendus aux urnes pour élire leurs parlementaires au sein de l’Assemblée législative européenne.

Quelques chiffres pour initier notre propos : En France – UMP : 27,9% – 29 sièges ; PS : 16,5% – 14 sièges ; Europe écologie : 16,3% – 14 sièges ; Modem – 6 sièges ; Front de gauche – 4 sièges , Front national – 4 sièges ; Libertas – 1 siège, à savoir 72 députés vont représenter 40,7% des Français ayant votés. L’abstention, importante dans tous les pays européens, oblige à minorer ou du moins à pondérer les résultats de cette élection : en France :  59,3% - en Europe : 43% ; l’abstention en France ne permet pas non plus à M. Sarkozy de capitaliser les bons résultats obtenus par son parti.

L’on note, paradoxalement, dans toute l’Europe une majorité de droite très marquée et en progression alors que l’on se trouve en période de crise économique et que les thèmes majeures de ces derniers mois étaient la régulation du marché – alors que le libéralisme de droite prône l’auto-régulation illustrée par la phrase« laisser faire, laisser agir » formule du physiocrate Vincent de Gournay ; la libéralisation des services publics, principalement les services de santé ; la privatisation de l’économie … la privatisation du système de retraite, à savoir accéder à la retraite privée par capitalisation. Mais il faut remarquer qu’aucun gouvernement ne peut être qualifié de « libéral » dans la mesure où ils sont tous interventionnistes relativement à l’économie de leurs pays employant des procédés techniques divers telles la dépense publique pour booster l’économie, les subventions et aides diverses, les allocations… la « régulation de la libéralisation »*.

* par cette expression, nous entendons une spécificité française : la libéralisation du marché de l’énergie, gaz et électricité. En France, divers fournisseurs proposent le service du gaz depuis l’ouverture du secteur énergétique à la concurrence. L’on aurait pu craindre une augmentation excessive et anormale du gaz. Or, le gouvernement n’a procédé qu’à une privatisation relative d’EDF afin de pouvoir rassurer la population en imposant des augmentations minorées relativement aux demandes d’EDF et faire accepter dans l’inconscient collectif l’idée d’une libéralisation contrôlable par les pouvoirs publics en opposition à l’idée de libéralisation sauvage présentée traditionnellement dans notre pays où « tout ce qui ressort de l’intérêt général a vocation à être nationalisé » - le général de Gaulle. Aussi est-il à craindre à une libéralisation sauvage le jour où l’Etat français ne possédera plus aucun actif dans le capital d’EDF.

Au préalable d’une tentative d’analyse, rappelons quelques éléments essentiels pour la compréhension des institutions européennes. Le Parlement est l’organe législatif qui amende et vote les directives européennes – et non des lois comme se plaisent à le dire les médias et souvent les futurs parlementaires –  à l’initiative de la Commission européenne dirigée actuellement par M. Baroso, libéral portugais (il est à remarquer que les Socialistes européens sont en désaccord : si le PS français refuse M. Baroso, par contre M. Zapatero lui est favorable) ; le Parlement ne dispose pas de l’initiative législative. Le choix du Président de la Commission est fondamentale mais non démocratique puisque celui-ci est élu par les Présidents et Premiers ministres nationaux alors qu’il devrait l’être par les Parlementaires et se dégager, comme en France, du parti majoritaire au Parlement. Par conséquent, l’on peut parler de refus du principe de la démocratie et de la main-mise des gouvernants sur l’Europe au détriment du Parlement élu par les peuples européens et ce, afin de réformer l’Europe vers une tendance libérale. Notons que pour constituer un groupe au Parlement, il faut être au minimum 25 députés et représenter 7 pays. Les décisions se prennent actuellement non à la majorité relative ou absolue comme ce sera le cas après la mise en œuvre du traité de Lisbonne mais à l’unanimité. Si aujourd’hui, tous les pays doivent être d’accord pour prendre une décision, demain avec la mise en œuvre du traité de Lisbonne et ce jusqu’à son abrogation par un autre traité, des décisions, exceptions faites de quelques-unes dans des domaines particuliers tels la défense – où l’unanimité est requise – pourront être prise par la majorité des Etats membres et s’imposeront à tous. Il en résultera que des mesures libérales pourront être prises et imposées à tous les Etats.

Autre problématique importante : la nature de l’élection au Parlement européen. Les pays européens, jaloux de leur souveraineté nationale, organisent leurs élections des euro-députés selon leurs principes nationaux. D’une part, les différents pays ne votent pas tous le même jour et les pays votant en dernier connaissent le résultat des votes des pays ayant déjà votés ; chaque pays organise le vote des députés qu’il envoie au Parlement ; une élection, organisée selon les mêmes modalités, au niveau européen est nécessaire si l’on veut parler de réelle démocratie européenne ; d’autre part, les campagnes électorales sont nationales ainsi que les partis puisqu’il n’existe pas de parti européen présentant un programme unique, un projet européen, s’adressant aux populations de chacun des pays membres. Ces faits prouvent que l’Idée Européenne n’est pas encore présente dans l’esprit des populations, ne constitue pas un paradigme et que les idées nationales de souveraineté restent fortement implantées dans la conscience collective. Verrons-nous un jour un Français élire un Allemand … ou un Belge appartenant à un parti européen présentant un projet commun pour tous les pays puisque les parlementaires sont censés représenter les peuples de tous les pays adhérant à l’Union européenne ? Quelle différence pour un électeur entre élire un Français au Parlement européen et élire un étranger qui défendra les idées qui sont les siennes au Parlement européen ? Il ne faut plus penser en terme de nation mais en terme d’Europe afin de construire un idéal européen de civilisation. Idéal qui préside à la constitution première de l’Europe puisqu’il était question alors qu’il n’y ai plus de guerre sur le sol européen. Quel idéal européen aujourd’hui ? L’Europe n’apparaît plus que comme un marché économique.

Notons une embryon d’avancée puisque M. Cohn-Bendit est allemand et que son parti, l’Europe écologie arrive à égalité avec le PS au nombre de députés européens. La force de l’Europe, relativement à l’international, n’est-elle pas de constituer une entité et non un assemblage hétéroclite ? Encore une fois, la problématique d’une Fédération européenne se pose puisque nous n’ignorons pas qu’une Europe uniformisée ne verra pas le jour – nous entendons par ce terme « uniformisée » une Europe harmonisée fiscalement, socialement… culturellement.

Ces éléments génèrent un sentiment d’impuissance des peuples européens à qui l’on présente l’Europe comme le palais des technocrates. S’ajoute à ce sentiment, celui de l’impuissance de l’Europe à l’échelon international alors qu’elle représente un quart de la puissance économique mondiale, à égalité avec les Etats-Unis*.

En France, l’on peut dès lors s’interroger sur la déroute du Parti socialiste qui devance en % infiniment peu le parti Europe écologie nouvellement créé pour ces élections européennes. Pourquoi ce déficit de crédibilité ? Il faut souligner que les divers courants de la droite française savent se réunir en vue d’élection sous une bannière commune, que celle-ci se nomme RPR ou UMP et que ses électeurs se rendent aux urnes afin que la gauche ne gagne pas les élections car ceux-ci ont pour obsession première le bolchévisme alors que les électeurs « socialistes » potentiels ne connaissent pas cette discipline – nous savons toujours tenu pour propos et rappeler à chaque occasion que le PS n’est pas les encartés mais l’ensemble des électeurs de gauche. Le PS apparaît déconnecté de son électorat et de la société civile en particulier.

La campagne de l’UMP s’est faite autour de l’Europe arguant la carence institutionnelle présente et l’obligation de mettre en œuvre au plus vite le traité de Lisbonne, traité rejeté par la majorité des Français, des Irlandais, des Hollandais… mais qui sera probablement mis en œuvre à l’automne passant outre les peuples et le suffrage universel direct puisque les parlements nationaux le ratifieront. Il faut souligner à ce propos que la majorité des dirigeants socialistes se sont prononcés en faveur de ce traité, ce qui ne manque pas de dérouter la majeure partie de son électorat potentiel. La campagne du PS a été inexistante dans la mesure où ses leaders se sont contentés de dénoncer la politique du gouvernement actuel et de caricaturer le Président de la République. L’opposition pour l’opposition ne constitue pas un projet de campagne !

Deux problèmes fondamentaux se posent aux dirigeants du PS : d’une part, l’incapacité à comprendre les raisons de l’échec invoquant, et ce depuis 2002, la dispersion des voies de gauche entre les différents partis et d’autre part, l’inexistence d’un projet crédible et réalisable en adéquation avec la situation mondiale actuelle et non pas un projet faisant référence à des théories obsolètes du 20e siècle. Votre immobilisme vous rend responsables de la situation présente et à venir dans la mesure où lorsque les pays étaient gouvernés par les socialistes et que vous étiez majoritaires à l’Europe, vous n’avez pas osé proposer un projet de civilisation européenne sociale et agir alors que vous possédiez tous les leviers pour se faire. Cette inconscience politique nous interpelle et nous fait froid dans le dos à la pensée de ce qui nous attend !

L’Europe écologie, parti récent, fédère nombre de nos compatriotes. Pourquoi ? Parce qu’il évoque des problèmes, des préoccupations actuelles qui interpellent la population. Le qualifier de parti populiste, c’est oublier les inquiétudes des Français. Si l’Europe s’intéresse à des sujets tels le calibrage des tomates, le taux de sucre dans les confitures, les modes de fabrication du fromage et des alcools dans des cuves en inox… ou la matière grasse utilisée dans le chocolat, son action relativement aux grands sujets de société semble peu représentative de son efficacité. Là intervient ce nouveau parti dans la mesure où le rôle des écologistes au niveau européen se caractérise d’une part par une activité pragmatique et efficiente : l’accord sur les émissions de gaz carbonique, l’interdiction de l’importation des bœufs américains aux hormones et des poulets chlorés… de plus, ils posent les questions essentielles aux Européens : les énergies renouvelables, l’énergie de demain et son coût, la qualité de l’air que nous respirons et de l’eau potable distribuée ; la réduction des emballages et la taxe applicable pour le recyclage des produits ; le recyclage des déchets ; le développement du ferroroutage ; le taux de pesticide employé dans l’agriculture et l’incitation à réduire l’agriculture intensive au profit d’une agriculture biologique… et d’autres part par la modernité de la pensée écologiste qui se définit par « l’écologie-politique », concept qui intègre les facteurs de l’économie actuelle et propose de nouveaux métiers créateurs d’emplois et non un retour à des méthodes antérieures passéistes.

« On peut décider a priori que les trahisons sont toujours motivées par l’intérêt et l’ambition » Sartre

-  ce que peut penser tout citoyen qui exerce sa souveraineté par l’intermédiaire de ses représentants.

Nota bene : en préparation un sujet relatif la disparition des pays membres de l’Union européenne et les difficultés générées par cette disparité. Cet article ne sera inséré dans le blog que lorsque j’aurai récupéré mes pénates et outils de travail à la fin de mes vacances.

                                                                          Le 9 juin 2009

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