La réforme de la retraite

Les hommes politiques, les syndicats, les médias… évoquent depuis quelques mois la prise en compte réelle ou non dans le projet de réforme des retraites de la pénibilité du travail. Pourtant à lire le projet de loi, le terme pénibilité n’apparaît nul part. Est seulement évoquée la prise en compte d’un handicap d’au moins 20% par la Cotorep (Commission Technique d’Orientation et de Reclassement Professionnel sous l’autorité du préfet dans chaque département) qui « mesure » le handicap afin de permettre à une personne de prendre sa retraite avant la date générale prévue dans la loi de réforme. Donc à moins d’avoir un handicap définissable, déterminé et reconnu…

Pourtant si l’on prend la définition : « La pénibilité, caractère de ce qui est plus ou moins pénible, pénible : qui donne de la peine », la notion qui apparaît est plus large que le simple handicap. Ainsi, travailler dans le bâtiment, sur les chantiers est pénible, travailler la nuit est pénible, travailler dehors par toutes températures est pénible, travailler dans une usine à la chaîne ou à la caisse d’un magasin et effectuer des années durant les mêmes mouvements est pénible… là encore, il ne s’agit que de pénibilité liée à un travail physique qui exige des conditions physiques particulières liées généralement à la jeunesse mais existe encore la pénibilité mentale, morale, celle due au stress du travail dans la mesure où la demande de rendement s’accroît chaque année alors que les capacités physiques de l’être humain tendent à se dégrader progressivement d’année en année et ses capacités psychiques à s’amoindrir. Actuellement, 56% des personnes entre 55 et 59 travaillent encore, ce qui revient à dire que 44% des personnes entre 55 et 59 ans n’ont plus d’emploi et, après avoir perçu pendant quelques mois leurs indemnités de licenciement, se retrouvent dans le dénuement. Qu’en sera-t-il après la réforme ? L’on nous promet une politique d’emploi pour les jeunes et les seniors mais en France, nous connaissons les résultats des politiques d’emploi ciblés qui se sont multipliées depuis trente ans… Différentes situations existent :

¤ si la personne âgée est au chômage et ne perçoit plus les allocations chômages, elle se retrouve au RSA (voir pour précision le cas suivant pour l’attribution du RSA) et bénéficiaire de la CMU entre autres allocations – APL… jusqu’au moment où elle pourra prendre effectivement sa retraite, précisons-le, diminuée en raison des annuités qui lui manqueront pour percevoir une retraite à taux plein

¤ si la personne est salariée mais ne peut plus travailler pour des raisons soit physiques, soit  psychiques mais non reconnues par la Cotorep, elle risque de se retrouver très souvent en arrêt maladie, son état empirera et il est probable qu’elle sera licenciée. Alors, elle percevra les allocations chômage pendant quelques mois puis, si elle est célibataire ou veuve, elle pourra demander le RSA et être bénéficiaire de la CMU  – n’oublions pas que pour l’attribution du RSA, les revenus du ménage sont pris en compte donc si l’un des époux travaille, l’autre n’aura pas droit au RSA. Le divorce pourra être une solution dans ce cas puisque deux personnes anciennement mariées et désormais divorcées peuvent continuer d’habiter dans le même habitat. Lorsqu’elle aura atteint l’âge de la retraite, elle percevra sa retraite diminuée puisqu’elle n’aura pas cotisé le nombre d’années nécessaires pour percevoir une retraite à taux plein. Le risque est donc de voir une certaine catégorie de la population dite « active » à savoir en âge de travailler, malade, bénéficiaire de la CMU, bénéficiaire du RSA et d’autres allocations (type APL), non imposable, n’étant pas en situation de consommer contrairement aux personnes du même âge en situation normale. Parvenue à l’âge de la retraite, cette catégorie ne percevra pas sa retraite à taux plein, restera bénéficiaire de la CMU et autres allocations… jusqu’à la fin de ses jours.

A court et à moyen terme, il est évident que cette catégorie aura un coût prohibitif pour la société française, ce qui en raison de la dette accumulée de l’Etat français qui ne cesse de s’accroître, pose problème. Mais, peut-être le gouvernement a-t-il déjà réfléchi à la problématique posée, que les experts ont calculé le bilan positif / négatif de la chose… L’on peut s’interroger de savoir à court terme si un chômeur âgé, bénéficiaire de la CMU et de l’APL, coûte moins cher qu’un retraité ? à moyen terme, un retraité qui perçoit une retraite non à taux plein et bénéficie de la CMU et de l’APL coûte-t-il moins cher qu’un retraité qui perçoit sa retraite à taux plein ? S’il coûte effectivement plus cher, il ne s’agit que d’un transfert de charge vers les comptes de la Sécurité Sociale dont la réforme est prévue dans quelques mois et dont nous pouvons penser que le financement va évoluer. Si les Socialistes envisagent des financements que ce soit pour la retraite ou la Sécurité Sociale par le biais d’impositions nouvelles sur les revenus bancaires ou/et le capital (ex: imposer les machines outils des entreprises) – y compris les économies des petites gens ; il est peu probable que le gouvernement actuel envisage d’autres financements que l’augmentation de la CSG et du RDS qui frappent les salaires et certains revenus placés, ex : les assurances transmission.

                                                                                           Le 27 octobre 2010

 

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