LA SOCIETE MESOPOTAMIENNE EN ACTION

 

Modèles théoriques.
L'analyse de la société mésopotamienne antique et de son économie pose divers problèmes d'interprétation quand elle cherche à passer à une échelle générale impliquant d'essayer de reconstituer les principes guidant le fonctionnement des activités et les choix des acteurs. Bien que cela ne soit pas toujours formulé, les choix théoriques des chercheurs ont tendance à guider leurs interprétations.
Assez tôt dans l'histoire de l'étude de la documentation cunéiforme, il a donc été tenté d'y transposer des grilles de lecture élaborées à partir de l'étude d'autres civilisations, ce qui s'est notamment traduit par des analyses de la société mésopotamienne la décrivant comme féodale, ou encore des interprétations inspirées par les théories marxistes. L'approche wéberienne fournit elle aussi des éléments d'analyse utiles.
Mais l'opposition fondamentale dans l'analyse des économies antiques est celle opposant « modernistes » et « primitivistes », ou plus exactement « formalistes » et « substantivistes ».
Le modèle dit « formaliste » repose sur les hypothèses de l’économie néo-classique. Il considère que les agents économiques quels qu’ils soient et où qu’ils soient sont rationnels : concrètement les consommateurs sont mus par l’objectif de maximisation de leur utilité, et les producteurs par la maximisation de leurs profits. L'économie suit alors des lois intemporelles et universelles, le marché existe dans toutes les sociétés, et dans les conditions optimales de concurrence pure et parfaite les prix sont fixés par l'offre et la demande permettant une allocation efficace des moyens de production et l'optimum parétien.
On peut donc utiliser les outils d’analyse de l’économie moderne pour étudier les économies antiques, ce qui rejoint les opinions « modernistes».
À l'inverse, le modèle « substantiviste » dérivant des travaux de Karl Polanyi, qui estimait que les économies pré-industrielles étaient encastrées dans le social, considère que les différentes civilisations ne suivent pas des lois économiques universelles et ne peuvent être étudiées en dehors de leur contexte social propre. Les individus y ont donc une « rationalité » propre qui ne se retrouve pas dans les autres sociétés sous la même forme. Ici les outils économiques modernes ne sont pas forcément opératoires et il faut mettre en avant d'autres concepts comme la redistribution, la réciprocité et l'échange. Certains chercheurs de cette mouvance comme J. Renger vont jusqu'à exclure l'idée de recherche de profit chez les Anciens, qui utiliseraient les surplus uniquement pour manifester leur prestige et servir au culte des dieux.
Les descriptions de modèles données précédemment prennent en compte des cas extrêmes pour renforcer leur valeur explicative, mais concrètement les chercheurs étudiant l'économie mésopotamienne ne les reprennent jamais vraiment en tant que telles. Comme le reconnaît M. Van de Mieroop, ils sont sans doute pour beaucoup des « modernistes » qui s'ignorent, utilisant les outils d'analyse de l'économie contemporaine pour les économies antiques, tout en prenant en compte les spécificités des sociétés qu'ils étudient. C’est du reste une chose courante chez les historiens que d’utiliser des concepts hors de leur contexte d’élaboration tout en en admettant les limites. On reconnaît généralement que la maximisation du profit et de l’utilité ne suffisent pas à expliquer les comportements des acteurs de l'économie antique, pas plus qu'elle ne suffit d'ailleurs à expliquer ceux des acteurs économiques modernes comme l'a mis en avant l'économie comportementale.
Il faut donc prendre en considération des facteurs comme l'honneur, le prestige, la solidarité, l'éthique, la morale religieuse, etc. Quant au « marché » et à ses « lois », leur identification dans le contexte d’une économie antique est largement débattu, ce débat étant en grande partie lié à la place du secteur « public » (palais et temples) et du secteur « privé » (en fait surtout les marchands et autres notables disposant de grands domaines et pratiquant le prêt à intérêt). Le premier occupait manifestement un rôle de premier plan qui « entrave » l'existence de mécanismes de marché car il repose largement sur des échanges non marchands (redistribution, donations). Mais les modernistes estiment que le secteur privé existe et joue un rôle croissant au cours du temps, reflétant une attitude de recherche du profit et des mécanismes marchands (identifiable par les variations de prix), ce qui confirmerait la validité de leur modèle.
Une solution consiste peut-être à considérer que l'économie antique est en fait plurielle, et voit cohabiter de véritables hommes d'affaires et des petits propriétaire vivant dans un cadre de subsistance voire de pénurie, et de véritables marchés à petite échelle où les prix sont en partie déterminés par l'offre et la demande avec des systèmes de redistribution et de réciprocité à l'intérieur du cadre institutionnel qui est un acteur majeur.

Secteur public et secteur privé. Il est courant de distinguer dans l’économie mésopotamienne un secteur « public » formé par deux institutions, le palais et le temple, et à côté un secteur « privé » dont la nature et l’ampleur sont très discutés.
Le palais et le temple sont souvent nommés comme « institutions », ou « grands organismes » (suite à A. L. Oppenheim). C'est de leur administration que provient la majeure partie des sources de gestion dont on dispose. L’association palais-temple est en fait surtout valable en Basse Mésopotamie, le temple n'occupant pas une place importante dans l’économie de la Haute Mésopotamie, où les palais de l’aristocratie disposent d’une place plus grande qu’au sud. L’importance du temple dans le sud est visible dès l’époque d'Uruk et des Dynasties archaïques, au point que l’on a parlé par le passé de « cité-temple ».
Dans les faits, si les temples paraissent bien disposer de la majeure partie des ressources, ils sont étroitement contrôlés par le pouvoir royal (donc le palais) dès cette période, et cela se confirme pour les périodes suivantes. Les domaines des temples forment des sortes de « réserves » pour les élites qui trouvent souvent une source de richesse et de prestige social dans l’exercice de charges dans l’administration du temple ou le culte, qui donnent accès à des concessions de terres.
Mais le temple a également un poids important en tant qu’organisation, puisqu’il prend de plus en plus de pouvoir au niveau local au fur et à mesure que le territoire dominé par les rois s’agrandit, ce qui provoque un éloignement de leur autorité. Le temple fonctionne comme un garant de cohésion locale, jouant même un rôle d’assistance aux plus faibles à certaines périodes. Ils ont pour eux un avantage indéniable, celui de la durée, que n’ont pas les lignées aristocratiques.
Le pouvoir royal reste malgré tout l’acteur majeur, et c’est dans son entourage que se trouvent les fortunes les plus importantes, à commencer par les familles princières, que ce soit au nord ou au sud. Il garde toujours un contrôle sur les grands domaines (des temples ou des élites), et peut disposer de leurs richesses, réalise des donations de terres, tandis qu’il draine vers lui une grande quantité de biens par le biais des divers prélèvements (taxes, tribut, pillages) ; dans le cas de la période médio-assyrienne, le palais dispose même d'une forme de propriété éminente sur toutes les terres du royaume, qui lui permet notamment de récupérer les terres sans héritier et de les réattribuer. Le pouvoir royal joue également un rôle important dans l’économie en tant que régulateur.
Le secteur « privé » concerne les domaines situés en dehors du cadre du temple et du palais des rois voire des gouverneurs. Ses contours sont est assez difficiles à définir puisque toutes les fortunes connues sont associées au palais ou au temple, et sont parfois construites sur la patrimonialisation de domaines et charges publics.
Mais il est indéniable qu’une grande partie des élites et même de la couche moyenne de la société a pu entreprendre des activités à titre privé : c’est surtout documenté pour les activités de prêt et de commerce, mais l'existence de domaines privés est également documentée. Beaucoup de spécialistes estiment qu'ils jouent un rôle économique de plus en plus important au cours du temps, la documentation écrite de nature privée croissant de façon continue à partir du début du IIe millénaire.
La situation de la majeure partie de la population n'est pas évaluable par la documentation disponible : il y avait manifestement des moyens et petits propriétaires agricoles comme l’apprennent çà et là des actes de transactions de propriété. Il y avait sans doute aussi des formes de propriétés communes, mais elles restent impossibles à étudier en l'absence de documentation suffisante ; en tout cas le cycle agricole nécessite une forme d'organisation communautaire (coordonnée par des conseils des Anciens, des sortes de « maires » de villages ou des administrateurs d'institutions) pour gérer l'irrigation ou la rotation des jachères.
Le principal obstacle à l’évaluation du rapport entre le secteur public et le secteur privé est donc le fait que les sources incitent à estimer que le premier occupait une place majeure, mais il est impossible de trouver des documents permettant une évaluation certaine de cela.
En tout état de cause, l'opposition public/privé n’est pas plus rigide dans le contexte de l'économie de la Mésopotamie antique qu’il ne l’est dans celui de l’économie actuelle : les acteurs économiques à tous les niveaux pouvaient être impliqués dans les deux suivant des stratégies diverses. Il est souvent tentant de parler d’« économie palatiale » ou d'« économie de temple ». Il paraît plus raisonnable de parler d'« économie domaniale », la base de la société et de l’économie mésopotamienne étant la « maisonnée » , qu'il s’agisse d'un palais, d'un temple, d'un grand domaine « privé » ou d'une exploitation de dépendants.

Les groupes sociaux. La hiérarchie sociale de la Mésopotamie antique est assez peu étudiée, sans doute parce que la documentation n’incite pas à le faire, notamment parce qu’elle ne documente qu’indirectement la majeure partie des couches modestes.
Le haut de la société est constitué autour du roi et de la famille royale. La société mésopotamienne est dirigée par une élite sociale formant un groupe aristocratique (ou des sortes de « patriciens ») aux contours flous, qui sont généralement proches du pouvoir et disposent des richesses (notamment les terres) et des fonctions majeures liées à l'administration du royaume et des temples, ou dans l'armée.
Les élites sociales de l’ancienne Mésopotamie disposent parfois d’un statut reconnu juridiquement dans les textes législatifs : les awīlum du Code de Hammurabi, les a'īlu des Lois assyriennes. Mais la nature exacte de ces groupes est débattue.
Il en va de même pour le groupe qui les suit en honorabilité, à savoir les muškēnum du Code de Hammurabi et les aššurāiu des Lois assyriennes. Sont-ils les dépendants des grands organismes et des élites sociales, ou bien des personnes évoluant hors du cadre de ceux-ci dans les communautés villageoises ? La couche moyenne de la société que représenteraient des agriculteurs « indépendants » qui n’ont pas besoin de travailler directement pour les puissants, ou du moins pas en permanence ou pas totalement (en effectuant à l’occasion des travaux saisonniers pour les grands organismes ou en louant leurs terres en complément des leurs) n’est pas appréhendable.
Il n’en va pas de même pour le groupe des « dépendants » qui ne peuvent subsister par leurs propres moyens et sont forcés de travailler sur les terres des grands organismes ou des autres grands propriétaires. On parle parfois de « semi-libres » ou « serfs », comme dans le cas des šiluhli et ālaiū de la période médio-assyrienne ou des širku de la Babylonie récente. Ce statut économique ne se confond pas avec celui - juridique - d’esclave, qui n’implique pas forcément une dépendance économique même si c’est souvent le cas.
La mobilité sociale est surtout attestée dans le cas de la déchéance, liées notamment au surendettement des paysans qui conduit à la perte de propriétés gagées voire à l’esclavage pour dettes. Dans certains cas, les temples prenaient sous leur aile les plus démunis, souvent
contre leur travail. L'ascension sociale se repère surtout dans les trajectoires des familles qui réussissent à amasser des richesses sur plusieurs générations et à constituer degrands domaines, souvent en se rapprochant du pouvoir politique (le cas de la famille Egibi à Babylone).
Un dernier groupe particulier doit être mentionné, celui des nomades ou semi-nomades, vivant de façon mobile au moins une partie de l’année. Mal connus car évoqués dans les textes sous un jour souvent biaisé, on sait qu'ils ont généralement pour activité principale l'élevage, pouvant prendre en charge des troupeaux des grands organismes. Ils peuvent également disposer de terres cultivées une partie de l'année, ou louer leurs bras sur les domaines des sédentaires. Ils vivent souvent en symbiose avec ceux-ci, échangeant leurs produits de l’élevage contre ceux de l’agriculture. Les relations avec les sédentaires ne sont toutefois pas toujours cordiales, et ils sont souvent craints pour leurs razzias.

Formes d’exploitation des terres et troupeaux. Les modalités de mise en valeur des ressources agricoles peuvent se regrouper entre les deux catégories classiques de l'histoire des structures agraires : mise en valeur directe par le propriétaire, ou mise en valeur indirecte par un preneur pour le compte du propriétaire.
Cette seconde catégorie se subdivise elle-même en deux parties : les concessions de terre en guise de rémunération pour l'exercice d'un service, ou bien le système du fermage qui voit le preneur verser une redevance au bailleur.
Ces trois formes, qui sont généralement combinées par les plus grands domaines institutionnels, recouvrent en fait des réalités économiques et sociales bien diverses selon qu'on se place du côté des élites ou des petits exploitants, et admettent des différences notables suivant les lieux et les époques.
En tout cas, même si les palais et les temples semblent généralement disposer d'une majeure partie des terres, l'importance de l'exploitation indirecte nuance l'importance de leur administration dans l'organisation de l'agriculture.

Exploitation directe des domaines. Une partie des terres des domaines institutionnels, privés ou communaux était gérée directement par leurs propriétaires. Les cas des petites exploitations indépendantes ou des propriétés communes échappent à la documentation disponible comme il a été vu plus haut. N'est surtout connu que le cas de la mise en valeur directe par les institutions, qui confient une partie de leurs terres et de leurs bêtes à des dépendants directs.
À la période d'Ur III, il s'agit de la « propriété du seigneur » , travaillée par des équipes de laboureurs avec leurs bêtes de labours sous la direction de chefs d'équipes . Ces terres sont destinées à subvenir aux besoins courants du temple (alimentation et rémunération du personnel, offrandes cultuelles), et constituent apparemment la majeure partie des domaines de ces institutions.
Ce système se retrouve par la suite en Basse Mésopotamie et également dans le nord comme à Mari ou dans le grande domaine de Tell Sabi Abyad d'époque médio-assyrienne. Il semble néanmoins que cette forme de mise en valeur soit secondaire par rapport à la location des terres.
Les temples de la Babylonie récente font bien exploiter une certaine partie de leurs terres par leurs dépendants, notamment leurs oblats, mais elle semble secondaire par rapport aux terres louées et concerne surtout les palmeraies. De leur côté, les notables urbains de cette période ne confient que rarement leurs propriétés agricoles à leurs esclaves.

Terres de service. Les terres des grands domaines institutionnels était tout d'abord un moyen d'assurer la subsistance de personnes qui travaillaient pour leur compte. C'est le principe des « champs de subsistance » de la période d'Ur III, des terres de service (ilku) attestées en Babylonie à partir du début du IIe millénaire, desquelles dérivent les différentes tenures militaires de la période achéménide, ou encore des terres de prébende (ma'uttu) des gouverneurs et grands dignitaires néo-assyriens qui font partie du vaste domaine royal agrandi par les conquêtes territoriales. Ces terres sont concédées à une personne qui doit en tirer un revenu (généralement en la concédant à un fermier) pour assurer la charge matérielle liée à la fonction qu'il occupe dans l'administration de l'institution, ou bien au service militaire du roi. Ces terres pouvant généralement se transmettre par héritage, on remarque une tendance à leur patrimonialisation par leurs détenteurs, même si elles ne sont pas aliénables. Un principe similaire régit les terres de prébende des temples babyloniens, concédées contre l'exercice d’une charge liée au culte.

Fermage. Le mode le plus courant de concession des terres est le fermage, en fait plus généralement une forme de métayage : le propriétaire ou le bénéficiaire d'une terre la loue à un exploitant chargé de la mettre en valeur contre une redevance, généralement une part de la récolte.
Cela permet de régler les tensions autour de la mise en valeur de la terre, les grands propriétaires ayant les champs et les moyens matériels, mais pas les moyens humains, qu'ont les petits propriétaires qui n'ont pas assez de terre pour assurer leur subsistance ou les prolétaires qui ne possèdent pas de terre du tout.
Cette pratique est courante sur les terres des grands organismes, notamment « champ affermés » de la période d'Ur III ou les terres confiées aux tributaires (naši biltim) paléo-babyloniens, puis cette forme est dominante sur les grands domaines institutionnels ou privés de la Babylonie récente.
Un contrat régit généralement cet accord, prescrivant les tâches que doit accomplir le tenancier, au minimum la mise en culture du champ et la récolte, et dans des cas de première mise en culture celle-ci était décrite (défrichement, cultures à planter) et des aménagements étaient faits pour le versement du loyer, qui ne prenait qu'au bout d'un certain nombre d'années, et souvent à un taux réduit.
Les conditions de livraison de la part de la récolte livrée en guise de loyer, après la moisson, étaient également fixées. Les proportions variant selon les époques : 1/3 à la fin du IIIe millénaire, 1/4 à 1/3 au début du IIe millénaire, souvent plus au Ier millénaire, mais cela cache des disparités suivant les lieux et les types de cultures.
Le statut de fermier recouvrait en fait des conditions diverses. Il pouvait s'agir de notables prenant en fermage des terres d'institutions pour les sous-louer ou chercher à en tirer du profit. Mais bien souvent il s'agissait de petits exploitants pour lesquels la prise en fermage de terres de plus riches était essentiel pour la subsistance, et ne permettait pas d'enrichissement. Au contraire bien souvent la situation de fermier s'accompagnait d'une forme de dépendance envers le propriétaire du terrain, surtout si le fermage s'accompagnait d'un prêt agricole ou de la fourniture du matériel, l'apport du locataire étant alors simplement son travail.
Les loyers à verser étant souvent fixés par avance suite à une estimation du bailleur, de même que les conditions de mise en culture, le fermier n'avait au final qu'une marge de manœuvre limitée. De plus il pouvait avoir à effectuer des corvées. Cette situation relevait donc en général d'une économie de pénurie et de surendettement.

L'organisation de l'élevage. L'élevage reprend une organisation grossièrement similaire à celle de l'exploitation des terres.
Les petits exploitants pouvaient disposer de quelques têtes de petit bétail, de porcs, de volaille, ou de bovins pour les plus nantis. Les plus riches disposaient de troupeaux plus conséquents, tandis que les grands propriétaires disposaient de centaines voire de milliers de têtes de bétail. L'élevage pouvait être géré de façon directe dans le cadre des petites exploitations, ou bien dans le cas de l'engraissement des bêtes des temples servant pour les sacrifices ou le travail de la terre, qui étaient confié à des engraisseurs rémunérés en ration. Mais le plus souvent les troupeaux étaient confiés à des bergers , souvent recrutés parmi les groupes semi-nomades, qui devaient fournir chaque année une partie du croît du bétail et des produits qu'ils en tiraient (laine et lait), et devaient rendre compte des pertes. Parfois ils étaient chargés de conduire les troupeaux sur de longs trajets de transhumance, durant lesquels ils pouvaient être accompagnés de soldats pour les protéger.

Moyens de mise en valeur et d'augmentation de la production. Les performances d'une économie agricole dépendent de plusieurs facteurs en plus des conditions naturelles et des aménagements, qui relèvent généralement du domaine des rapports sociaux de production. Cela comprend les conditions d'accès à la terre (et si possibles aux meilleures terres), aux moyens d'exploitation (travailleurs, animaux, matériel agricole, graines), aux ressources financières nécessaires à la mise en valeur, à l'eau nécessaire à la mise en culture, mais aussi les choix de forme d'organisation de la production et du choix du type de production.
Si l'économie agricole mésopotamienne a souvent atteint des performances remarquables, ce n'est pas pour autant une société d'abondance, et elle comprend de très fortes inégalités.

Transferts de propriété. La plupart des terres privées se transmettent par héritage. Les pratiques successorales varient beaucoup : parfois égalitaires, d’autres fois elles favorisent un héritier principal ; les parts sont parfois attribuées par tirage au sort. Du fait du fractionnement trop important de certaines terres, il peut arriver qu’on ne le pratique pas dans les faits, et que la terre reste indivise. Des terres peuvent être transmises à titre de dot. Les terres de service ou prises en fermage sont souvent reprises par les héritiers.

Contrat de vente d'une maison et d'un champ.
Un autre moyen de translation des terres est la vente. Les contrats de vente foncière comportent la description du bien vendu (superficie, situation), son prix, le nom des contractants (ils sont généralement rédigés du point de vue de l’acheteur), des témoins, du scribe, et un serment vient souvent renforcer l’accord.
À Assur et Nuzi, les ventes de terres doivent être annoncées publiquement par un héraut pour s’assurer qu’il n’y a pas d’autre personne pouvant revendiquer la possession du bien.
À la période néo-assyrienne, les domaines se vendent avec leurs exploitants, qui sont attachés à la terre sans être esclaves pour autant. Les contrats de vente sont considérés comme faisant preuve de la propriété du bien immobilier concerné. Ils sont donc conservés tant que celui-ci reste la possession de son dernier acheteur.
Les terres pouvaient également être acquises suite à des donations, essentiellement accomplies à l'initiative du roi. Depuis les plus hautes époques, elles sont enregistrées sur des documents écrits, notamment des stèles comme les kudurrus qui se développent en Babylonie dans la seconde moitié du IIe millénaire. Ces donations sont des faveurs attribuées à des proches du roi (notamment des princes) et plus largement à des dignitaires, parfois suite à une action remarquable (notamment militaire), ou encore à des temples. Elles s'accompagnent dans certains cas de privilèges, notamment l'exemption de taxes, ainsi que la mise à disposition des exploitants qui sont amenés à mettre en valeur les domaines concédés.
Dans le cadre de l'élevage, les bêtes pouvaient également être transmises par héritage, donations, ou bien faire l'objet d'actes de vente. Les esclaves, en tant que bien meuble, sont dans le même cas.

Prêts agricoles et risques d’endettement. Les prêts sont un élément essentiel de l'économie agricole, souvent nécessaire à la mise en valeur de nouvelles terres ou pour faire face aux aléas comme les fluctuations de la production et des prix agricoles. Les contrats de prêt destinés à l’agriculture peuvent se faire en denrées alimentaires (céréales surtout), ou en argent. Les créanciers sont les grands organismes, ou bien des particuliers à partir du II e millénaire. Certains temples effectuent des prêts sans taux d’intérêt fort pour les plus démunis, mais généralement les taux sont élevés voire très élevés (avec de grandes variations, en gros entre 20 et 50 %). On rembourse après la récolte, ce qui semble indiquer que les prêts sont souvent faits pour la soudure ; en cas de mauvaise récolte, le débiteur peut se retrouver dans un situation d’endettement chronique. Le créancier s’assure le remboursement du prêt et le paiement des intérêts de plusieurs manières : le débiteur peut donner un membre de sa famille en otage le temps qu’il rembourse, et dans les cas les plus dramatiques certaines personnes deviennent esclaves à la suite de dettes non remboursées ; on peut aussi mettre les terres en gage, généralement en antichrèse (le créancier saisit la terre le temps de se rembourser sur sa production). Quand le taux est très élevé et que la durée de remboursement de l’antichrèse est très longue, il est possible qu’il s’agisse en fait d’un moyen déguiser d’obtenir une nouvelle terre.
Les contrats de vente ou de prêts ne sont pas absolus : l’accord peut être annulé quand le souverain promulgue un édit de restauration (andurāru), notamment pendant des crises économiques, ce qui rétablit la situation antérieure à l’accord (dans des conditions particulières, et seulement si le vendeur ou le débiteur le réclament).
Des clauses du contrat pouvaient stipuler qu’une mesure de ce type ne pourrait annuler l’accord, ou bien on pouvait utiliser des moyens détournés pour s’en prévenir.

L'accès à la main d’œuvre. Pour la mise en valeur des terres agricoles et la gestion des troupeaux, la main d’œuvre pouvait être disponible de différentes manières pour la plupart déjà évoquées. D'abord dans le cadre des petites exploitations il est vraisemblable que le groupe familial fournissait le gros du travail, appuyé par la communauté locale en périodes de grands travaux.
Les exploitations plus riches et les grands organismes disposaient de leur côté de leurs dépendants directs employés en permanence. Il était également possible de passer par des contrats de location, qu'il s'agisse de la location de travailleurs journaliers ou de bêtes pour le travail, de matériel d'exploitation ou de moyens de transport, ou encore de la concession de terres en fermage. Les pouvoirs publics pouvaient également réquisitionner des gens pour accomplir certains travaux importants, au titre de la corvée.
Quels que soient les moyens utilisés, il semble bien que la main-d’œuvre n'ait jamais été particulièrement abondante dans la Mésopotamie antique. Les terres potentiellement cultivables devaient en général excéder les moyens humains de mise en valeur, et les institutions doivent souvent combiner plusieurs types de travailleurs (dépendants directs, corvéables, journaliers) pour réaliser les travaux agricoles les plus importants.
Les pouvoirs publics ont aussi été préoccupés à trouver des moyens de permettre l'extension des zones mises en culture, que ce soit par la concession de domaines sur des espaces incultes, l'extension des réseaux d'irrigation, les déplacements plus ou moins contraints de populations (jusqu'aux déportations) sur des terroirs délaissés. Les anciens Mésopotamiens n'ont donc pas été soumis à un problème du manque de terre,mais à celui du manque d’hommes.

L’outillage agricole. Le matériel agricole servant pour la céréaliculture est resté stable durant l’histoire mésopotamienne, il est en gros fixé au début du IIIe millénaire. Des améliorations ont été possibles par la suite avec l'expansion de l’usage du métal pour confectionner certaines parties de ce matériel
Les labours des champs étaient effectués avec un araire (apparu au plus tard à la période d'Uruk), dont certains modèles ont été assez complexes et dotés d’un semoir (à partir des Dynasties archaïques), et ont sans doute permis une amélioration de la productivité. Cet instrument est de conception relativement simple, et donc sans doute peu onéreux, ce qui semble s'être accompagné d'une certaine fragilité : des morceaux de bois reliés entre eux par de la corde, et un soc souvent en bois aux périodes anciennes, de plus en plus en bronze ou en fer durant les périodes tardives.
Les outils à main que l'on qualifie de bêche et de houe étaient les plus utilisés durant les travaux agricoles. Ils sont polyvalents, qui vaut à la houe de gagner le duel qui l'oppose à l'araire dans le combat littéraire sumérien intitulé.
La houe et l'araire, en plus de sa plus grande solidité, sans doute parce qu'à cette période sa lame est réalisée dans un matériau plus solide (silex, métal). Elle servent pour les travaux des champs céréaliers, notamment pour ouvrir et retourner les parties les plus dures des champs, pour les jardin et vergers où l'araire ne peut être utilisée, ainsi que pour les travaux de creusement et de réparation des canaux ou encore pour la confection de briques d'argile.
Pour compléter le tableau de l'outillage agricole, il faut mentionner la faucille, en argile ou en silex et plus tard sans doute en métal qui servait lors des moissons, la hache qui pouvait être utilisée pour les travaux arboricoles, de même que des pioches ou des serpes, ainsi que les paniers qui sont essentiel pour les différents aménagements agricoles, notamment ceux liés à l'irrigation.
Les textes des institutions et des domaines des élites indiquent qu'elles disposaient de ce matériel apparemment sans trop de problèmes.
Les grands organismes prenaient en charge l'entreposage du matériel agricole, sa réalisation et son entretien grâce à leurs magasins et leurs ateliers.
Pour les petits exploitants indépendants, la question reste posée en l'absence de documentation, en dehors de quelques cas de fermage dans lesquels le matériel agricole est loué. Ils avaient sans doute plus de mal à se procurer des animaux de labour.

Corvées, taxation et exemption. Les revenus et performances des exploitations agricoles et de l'élevage doivent prendre en compte les ponctions qui pouvaient être faites pour le compte des pouvoirs publics. Il faut en fait constater que beaucoup de ces obligations se recoupent à celles dues normalement par les locataires au propriétaire de la terre, qui était bien souvent une institution.
Dans le cas d'un propriétaire privé, les charges retombent du reste sur les exploitants de son domaine.
Le palais ou le temple (ainsi que peut-être les communautés villageoises) pouvaient mobiliser de façon temporaire les travailleurs agricoles pour réaliser des corvées de façon saisonnière, qui sont souvent des grands travaux collectifs : entretien des canaux, de routes, ou de bâtiments officiels, et moisson.
Suivant les époques et les lieux les conditions de mobilisation varient : elle peut être due par des personnes libres, des serfs ou des esclaves, voire des condamnés, ou des soldats. Il est courant que le pouvoir royal passe par les temples ou les nobles pour assurer la mobilisation des troupes de corvéables et leur entretien. Ce système est proche de celui du service (ilku) lié à la détention d'une terre, notamment en Assyrie.
Les taxes dues par les exploitants agricoles recouvrent souvent les redevances qu'ils doivent s'ils sont locataires de la terre, cas évident pour les personnes travaillant sur les terres du palais à l'époque paléo-babylonienne, les naši biltim, astreints au versement du biltum, une taxe foncière.
En Assyrie, le service-ilku finit par devenir une capitation liée à la détention d'une terre. Il est donc courant que les administrations publiques prélèvent des parts de récolte ou des animaux pour le compte du pouvoir central, généralement suite à des estimations de redevances établies à partir de documents de type cadastral.
Dans ces conditions, ceux qui étaient en mesure de le faire cherchaient à se faire exempter par le pouvoir royal des taxes et des corvées exigibles sur leurs productions et leurs dépendants. Ces faveurs royales se destinent surtout aux temples et aux hauts dignitaires les plus proches du pouvoir, et s'accompagnent souvent de donations de terres, comme le révèlent l'enregistrement de ces opérations sur les kudurrus babylonien.
À la période néo-assyrienne, de véritables chartes de franchises sont destinées à des communautés urbaines (qui comprennent des terres agricoles). Cela permet au final à certains grands propriétaires de disposer d'une autonomie quasiment complète sur leurs domaines et leurs dépendants, tant que la faveur royale ne se retournait pas contre eux, et leur offre une marge de manœuvre plus large pour chercher à dégager des revenus importants de leurs domaines, comme cela apparaît dans les stratégies des hauts dignitaires de la cour néo-assyrienne.

La gestion des réseaux d’irrigation et ses conséquences politiques et sociales. L'irrigation et les réseaux de canaux jouent un rôle essentiel dans l'agriculture des zones les plus arides de Mésopotamie, mais aussi dans les zones d'agriculture sèche du nord pour permettre l'extension des zones en culture et la réduction des incertitudes liées aux variations interannuelles des précipitations.
Leur entretien et l'organisation de leur fonctionnement est donc un des objectifs majeurs des pouvoirs locaux et centraux.
Les rois vantent souvent dans leurs inscriptions des travaux de réfection ou de creusement de canaux, permettant de mettre en valeur des territoires et d'apporter l'abondance à leur pays. Sans nier leur rôle centralisateur et leur initiative dans les travaux les plus lourds, il semble que bien souvent ce sont les communautés locales qui gèrent les travaux nécessaires à l'entretien des canaux et la répartition de l'eau aux moments où elle est nécessaire pour la mise en culture des champs Pour autant que l'on sache, cela est organisé par des agents des institutions publiques, comme le sērikum à Mari, ou le gugallu en Babylonie.
le constat du rôle des communautés locales dans le développement et l'entretien des système d'irrigation, qui du reste sont largement antérieurs aux premiers États.
Il n'empêche que par la suite le développement d'une agriculture irriguée à grande échelle est concomitante du développement des domaines institutionnels qui sont manifestement les seuls à avoir la capacité à coordonner l'organisation et l'entretien d'un tel système. Cela rejoint l'idée selon laquelle l'existence d'une agriculture performante dans un environnement mésopotamien soumis à de fortes contraintes est largement tributaire de la présence des organismes publics qui sont les seuls à avoir la capacité de mobilisation et d'investissement nécessaire à l'entretien de ce système.On mentionnera également l'idée selon laquelle la possession des réseaux de canaux d'irrigation a pu générer des tensions entre États aux périodes de division politique du sud mésopotamien, notamment dans le cas des conflits entre Lagash et Umma ( 2600-2350), qui seraient les plus anciens cas de « guerre de l'eau » dans un environnement fortement soumis au stress hydrique, idée avancée notamment par H.-J. Nissen. Il faut pourtant constater que l'étude de la documentation disponible sur ces conflits ne révèle rien de plus que des enjeux de nature territoriale autour de la possession d'un espace frontalier entre les deux Étatux aléas auxquels il est soumis.

Rendement et rentabilité Les rendements forts de l'agriculture ont permis le développement de la plus ancienne civilisation urbaine, dans laquelle une large part de la population pouvait se consacrer à des activités spécialisées non liées à la production alimentaire. Par la suite, la puissance des royaumes mésopotamiens est manifestement liée à leur capacité à tirer d'importantes ressources (dont un essor démographique) de leur agriculture.
Là encore les avantages des institutions semblent évidents. Disposant de ressources humaines et matérielles importantes, et sans doute aussi des meilleures terres, le palais, les temples et aussi les domaines aristocratiques ont probablement pu atteindre des rendements élevés durant les bonnes périodes. Ils constituaient un garant de sécurité face aux incertitudes de la production agricole, et leur vaste organisation permettait sans doute des économies de « coûts de transaction ».
Ces institutions disposaient de plus grande facilités pour chercher l'amélioration de la production, que cela passe par une méthode extensive (mise en culture de nouvelles terres) ou intensive (augmenter les rendements d'une terre par de nouvelles méthodes culturales ou un travail plus intense). La première solution semble souvent privilégiée en raison de la disponibilité en terres, et peut prendre des proportions considérables comme dans le cas des vastes programmes de colonisation agricole et d'extension des cultures entrepris par les rois néo-assyriens, notamment lors des constructions des capitales (Kalkhu, Ninive) ; ils voient cependant une forme d'intensification avec la constitution de vastes jardins et autres espaces agricoles irrigués, peut-être sur le modèle des campagnes du sud.
Tout cela n'a pourtant pas empêché les famines de survenir, notamment en raison d'aléas climatiques, ou encore de crues violentes, d'invasions de sauterelles, mais surtout institutions, notamment au milieu du IIe millénaire ou au tournant du Ier ; à l'inverse la longue période de stabilité des institutions et l'essor de la notabilité urbaine dans la Babylonie du Ier millénaire semblent avoir assuré à cette région une période de prospérité agricole jusqu'au début de notre ère. La question des causes économiques et écologiques des crises est souvent posée mais les causes profondes de ces phénomènes sont souvent difficiles à analyser.
La question de la rentabilité de l'économie mésopotamienne pour ses acteurs peut aussi se poser, au moins pour ceux qui disposaient d'une capacité d'investissement et de production appréciable, donc les grands organismes et surtout les notables, si l'on admet que ceux-ci ont effectivement été mus par la recherche du profit. Cela a notamment été étudié pour le Ier millénaireIl semble qu'en dépit de la grande productivité la céréaliculture n'ait pas été l'activité la plus rentable, car elle nécessitait un investissement matériel lourd et une disponibilité en main-d’œuvre humaine et animale importante, ce qui était couteux. Parfois il est sans doute plus rentable de louer des terres céréalières pour en tirer un revenu régulier plutôt que de les exploiter de façon directe, même si cette dernière solution permet d'assurer un meilleur suivi des cultures et des éventuels procédés de bonification.
En revanche les cultures arboricoles semblent plus recherchées pour des buts spéculatifs, notamment les palmeraies-jardins du sud et peut-être les vignobles du nord. La possession des terres situées dans les abords des grandes villes est aussi déterminante pour réaliser des profits plus élevés, car l'acheminement de leur production dans les grands marchés urbains est moins coûteux, et que les terres périurbaines sont souvent les mieux irriguées. La spécialisation des grands domaines dans une production précise (dattes, laine des moutons) semble aussi être une stratégie possible pour dégager des surplus permettant ensuite d'obtenir d'autres productions.

Utilisation et débouchés des produits agricoles. Les différentes productions agricoles sont utilisées de différentes manières : elles sont principalement destinées à la consommation alimentaire humaine, animale ou divine, ou encore sont dirigées vers des ateliers artisanaux pour y être transformées. Ces finalités ne peuvent être réalisées à une grande échelle que grâce à des mécanismes de stockage et de circulation des produits agricoles plus ou moins complexes, qui sont essentiels à l'efficacité de l'économie agricole mésopotamienne et son utilité sociale.

Les formes de consommation des produits agricoles. Les produits agricoles pouvaient faire l'objet d'une consommation finale directe sous forme alimentaire, ou bien être utilisés dans le processus de production artisanale. Ils occupaient donc une place essentielle dans la vie des anciens mésopotamiens.
Leur utilisation concernait de façon privilégiée les élites, qui avaient accès à une plus grande quantité et à une plus grande diversité de produits pour leur alimentation et pour faire réaliser des produits par les artisans à leur service. Cette place élevée concerne aussi les dieux, dont les offrandes egalaient en somptuosité , ce qui avait accès au roi.
Les céréales,l’orge surtout etaien les denrées alimentaires de base . Ils pouvaient être cuisinés sous forme de bouillie, de galettes de pain pour les hommes après avoir été réduit en farine,ou consommés sans transformation par les animaux pour les animaux. L'orge pouvait aussi être
transformée en bière ( šikaru), la boisson alcoolisée la plus consommée en Mésopotamie.
Les grains d'orge ont un rôle crucial dans l'économie mésopotamienne, qui va au-delà de leur fonction alimentaire : en tant que produit très abondant, très demandé et facile à transporter et à peser, a aussi été un intermédiaire des échanges important, au moins durant les premiers siècles de l'histoire mésopotamienne, même si l'argent reste plus utilisé ; l'orge est le principal mode de paiement via le système des rations alimentaires ; elle est le type de bien qui fait l'objet du plus grand nombre de contrats de prêt ; il en a découlé son rôle en tant qu'étalon de valeur, c'est donc quasiment une forme de monnaie ; l'orge est également essentielle pour l'alimentation du gros bétail et parfois du petit bétail.
Le palmier-dattier fournissait une grande variété de produits. Pour l'alimentation, il donne des dattes qui constituent alors l'un des éléments de base de l'alimentation des habitants de la Mésopotamie, et dont le noyau pouvait servir de combustible, ou bien, concassé, d'aliment pour le bétail. On peut de plus en tirer une boisson forte, du vin de palme. Cet arbre fournissait également des matériaux utiles : son bois servait pour des constructions, il pouvait être vidé pour former des canalisations, et les différentes parties de ses palmes pouvaient être utilisées pour confectionner des paniers, des nattes, des cordages, etc.
Les autres productions des champs, des jardins et des vergers étaient généralement destinées à l'alimentation humaine, notamment les légumineuses. Le vin était peu courant, considéré comme une denrée de luxe. Le sésame fournissait l'huile alimentaire, utilisée aussi comme combustible pour lampes ou bien pour les soins corporels et les parfums. Le lin était cultivé pour ses fibres qui étaient utilisées dans l'industrie textile.
Les produits de l'élevage servaient en partie à l'alimentation humaine, mais la viande restait peu consommée, réservée surtout aux élites. Du reste la chasse et la pêche fournissent une part appréciable de l'alimentation carnée. Le lait et les produits laitiers (beurre, petit-lait, fromage) étaient également présents dans l'alimentation. Le miel semble surtout attesté en Haute Mésopotamie, et la domestication des abeilles étant tardive et peu répandue l'essentiel du miel consommé provient de ruches sauvages.
Les produits fournis par les animaux étaient particulièrement importants dans l'artisanat, en premier lieu la laine des moutons qui constituait la base des vêtements des anciens mésopotamiens. Les poils des chèvres était également utilisé dans le textile, et surtout le cuir de divers animaux qui servait en particulier pour la confection de sacs, outres, éléments de mobilier et armement. La graisse animale pouvait servir de lubrifiant et le fumier de combustible ou de matériau de construction. Plusieurs réalisations artistiques utilisent des produits animaux, mais surtout issus de bêtes chassées (ivoire, corne, os).


Stockage La sécurité alimentaire des anciens mésopotamiens et aussi l'efficacité de l'artisanat et du commerce dépendaient de la capacité à conserver diverses productions agricoles dans des espaces de stockage. Ces derniers pouvaient être des silos à grains, des greniers, ou bien des magasins. Si nombre d'entre eux ont été dégagés aux périodes proto-historiques, ils sont en revanche peu attestés sur les sites des périodes historiques. En revanche les textes sont très diserts à leur propos, et dans un cas, celui de Shuruppak, sources architecturales et épigraphiques se conjuguent.
Il s'agit d'une trentaine de silos à grains semi-enterrés ayant la capacité de contenir de quoi nourrir 20 000 personnes pendant 6 mois suivant les estimations. Les magasins et autres entrepôts dépendaient surtout des institutions, et étaient regroupés suivant le type de produits qui y étaient stockés. Il était nécessaire de veiller à la bonne conservation des produits, et d'éviter qu'ils ne soient consommés par des bêtes ou dégradés par l'humidité. Les magasins étaient fermés, surveillés et leurs portes et contenants étaient scellés par les administrateurs, qui enregistraient la circulatin des produits.

Modalité de circulation. L'utilisation des produits agricoles se faisait suivant différents procédés impliquant leur circulation, dont la part respective dans l'économie mésopotamienne fait débat.
L'autoconsommation est généralement considérée comme très importante, et sans doute dominante. Les producteurs consommaient eux-mêmes une grande partie de leur production agricole, qu'il s'agisse des petits exploitants, des groupes nomades ou biens des grands domaines, jusqu'aux animaux sacrifiés dans les temples qui proviennent des troupeaux de celui-ci. Cela passait si besoin par une transformation des produits au sein de l'unité économique.
Mais l'autoconsommation ne pouvait couvrir les besoins d'aucune institution, même les plus diversifiées, et il convenait d'échanger des produits avec d'autres acteurs économiques. Le troc et le don semblent limités, de même que les pratiques d'échange réciproques. La redistribution des produits par une institution est en revanche très importante. Elle implique que celui qui la coordonne dispose de surplus abondants, d'espaces de stockage, de moyens de gestion et de répartition élaborés. Elle passe essentiellement par le système des rations d'entretien typique de la Mésopotamie antique, qui voit une institution fournir à ses dépendants des produits de base, notamment des céréales, de la laine et de l'huile, mais aussi d'autres denrées (bière, dattes, etc.), les plus élevés dans la hiérarchie de l'institution ayant droit à une part plus importante
Dans les temples, les produits des offrandes aux dieux sont également redistribués aux plus hauts dignitaires. Parmi les modalités non marchandes de circulation des produits, il convient également de mentionner les transferts forcés, comme le tribut ou le pillage.
En tout état de cause, le système redistributif n'a jamais couvert les besoins vitaux de ceux qui les recevaient, parce que les quantités étaient insuffisantes ou bien parce que les produits donnés ne permettaient pas une alimentation assez diversifiée. Les institutions avaient également recours au marché, par le biais des marchands, pour écouler leurs surplus et obtenir des produits dont elles avaient besoin, notamment ceux issus d'échanges internationaux.
Le recours au marché semble doit avoir été une nécessité, surtout pour les habitants des villes dont la maisonnée ne produisait aucune denrée alimentaire. Cela se faisait dans des lieux d'échanges dont la nature est difficile à déterminer car les sources ne les évoquent quasiment pas : les rues, les portes des villes semblent avoir joué ce type de rôle, mais cela reste difficile à déterminer. Quoi qu'il en soit, il y avait au moins à une échelle locale (une ville et son  de base en fonction de leur disponibilité sur le marché, qui varient généralement selon les saisons et la conjoncture agricole. Si les autorités tentent parfois de légiférer sur les prix, il s'agit surtout de mesures indicatives, vu qu'elles ne sont probablement pas en mesure d'assurer une fixité des prix.
La circulation des produits agricoles pouvait se faire par voie de terre, à dos d'animaux ou bien sur des chariots, et par voie navigable, les canaux étant un moyen essentiel d'approvisionnement des villes, surtout au sud. Les denrées agricoles circulaient essentiellement au niveau local en raison du coût élevé de leur transport, et du fait que les villes disposaient en général d'un arrière-pays agricole suffisant à leur approvisionnement de base. Cela se faisait beaucoup dans le cadre du système redistributif des institutions : l'administration du palais du gouverneur de Nuzi organise ainsi des déplacements de cargaisons de grains entre divers lieux du royaume d'Arrapha, pour des trajets excédant rarement cinq jours. Mais cette circulation pouvait aussi se faire par le biais du commerce comme dans le cas de certains notables urbains de la Babylonie récente achetant les produits agricoles à des producteurs ruraux n'ayant pas les moyens de les écouler eux-mêmes pour ensuite les amener sur les marchés urbains
Certains produits ont pu avoir occasionnellement une circulation à une échelle régionale, notamment les dattes et le sésame, ou bien les animaux qui étaient amenés vivants sur un lieu d'abattage éloigné.
Le commerce à longue distance concerne surtout des produits se conservant longtemps et de qualité, dont le prix élevé couvre les frais de transport : le vin, l'huile d'olive, ou le miel (surtout des importations du point de vue mésopotamien). Ils sont avant tout destinés aux palais et aux temples. Les produits de l'élevage pouvaient circuler plus aisément sur de longues distances, mais il n'était que rarement nécessaire de le faire, la laine étant produite à côté des lieux de consommation, de même que le cuir et les peaux en général.

Agriculture et religion. Activité majeure de la Mésopotamie antique, l'agriculture était placée sous le patronage d'une grande diversité de dieux de premier et de second plan qui l'avaient organisée ou assuraient son bon déroulement. Elle était vue comme essentielle pour ceux-ci puisqu'elle servait à leur entretien par le biais des offrandes qui leur étaient faites. Des fêtes et des rituels accompagnaient les différents travaux des champs.
Mais dans cette civilisation urbaine dans laquelle les lettrés forgent leur vision depuis les temples des villes, la place symbolique de l'agriculture semble s'être réduite au cours du temps. Si à la fin du IIIe millénaire les dieux agraires et fertilisateurs ainsi que les grandes fêtes liées au cycle agricole occupent un rôle majeur, au Ier millénaire ils sont devenus marginaux.
L'agriculture et l'élevage dans la mythologie mésopotamienne.
Suivant les conceptions développées dans les mythes de la Mésopotamie antique, les hommes auraient été créés par les dieux pour les servir, en particulier en assurant leur entretien alimentaire. En leur présentant les productions de l'agriculture et de l'élevage, ils leur montrent qu'ils ont fait prospérer les terres qu'ils leur ont confié.
Ces produits sont donc couramment mobilisés pour les offrandes faites aux dieux, notamment les sacrifices alimentaires, qui dans les principaux centres cultuels peuvent s'élever au quotidien à des dizaines d'animaux, de galettes et des hectolitres de bière. Ce sont souvent les meilleures productions qui sont réservées à la table des dieux. In fine, elles sont redistribuées entre les différents prêtres participant au culte et aux rois.
Suivant ce principe qui est resté immuable durant toute l'histoire mésopotamienne, les différentes traditions relatives à la création de l'homme et à l'organisation du monde et des activités par les dieux mettent en avant le fait que les dieux sont les véritables créateurs de la civilisation qu'ils ont transmis aux hommes pour assurer leur service.
L'activité agricole, vue comme une caractéristique essentielle de la civilisation (aux côtés de l'écriture, la ville, les règles juridiques et différentes autres techniques), est donc d'origine divine. Cela est en particulier visible dans la tradition mythologique sumérienne, qui rapporte plusieurs récits relatifs aux origines de l'agriculture, les mythes de création plus tardifs (comme Enuma Elish) ne faisant pas de place spécifique à l'agriculture parmi les autres techniques liées à la civilisation. Le prologue du combat littéraire sumérien entre Ashnan la déesse du grain et Lahar la déesse du bétail raconte comment elles furent envoyées sur terre par les dieux et y apportèrent les techniques de l'agriculture et de l'élevage aux hommes qui auparavant vivaient nus, broutant l'herbe comme les moutons et buvant l'eau dans les fossés.
Un autre mythe évoque le rôle des deux dieux secondaires Ninazu et Ninmada dans l'introduction des céréales à Sumer. Le prologue de la liste des rois de Lagash évoque un même état antérieur à l'agriculture dans lequel les hommes sont soumis à la famine, puis les dieux leur apportent les instruments nécessaires à l'agriculture et à l'irrigation (bêche, houe, panier et araire) et un roi pour qu'ils développent l'agriculture et le reste des éléments caractéristiques de la civilisation.
Le rôle organisateur des dieux est plus développé dans le cas du mythe d'Enki et l'ordre du monde, dans lequel le dieu de la sagesse et des techniques Enki organise le monde en assignant des tâches aux différents dieux.
Plusieurs passages concernent les activités agricoles et dressent un tableau des divinités sumériennes liées à l'agriculture : Enbilulu est chargé des fleuves qu'Enki a donné de sa puissance fertilisatrice pour nourrir le pays de Sumer, Ishkur doit assurer la fertilité des champs, Enkimdu patronne les techniques agricoles, Ashnan la céréaliculture, Shakan la vie pastorale, Dumuzi les bergeries, et le dieu de la justice Utu assure un juste partage des terres.
De nombreux dieux sont donc liés de près ou de loin à l'agriculture. Coexistent des divinités majeures dont un des aspects a trait à cette activité, et d'autres qui y sont spécifiquement dédiées.
Parmi le premier groupe, le Dieu-Lune Nanna/Sîn est par exemple couramment associé à l'élevage du bétail, la forme du croissant de lune rappelant celle des cornes de ces animaux, et un beau poème sumérien décrit le magnifique troupeau dont il dispose. Enki/Ea, dieu de l'Abîme et des eaux douces souterraines, est peut-être plus spécifiquement associé aux zones marécageuses, tandis qu'Enlil semble lié aux activités culturales. Le grand dieu babylonien Marduk, dont le symbole est la bêche, a peut-être une origine agraire.
Quant au second groupe, on y trouve une divinité comme Ashnan qui n'est rien d'autre que le Grain divinisé. Une autre catégorie de divinités liées à l'agriculture et à l'élevage est celle des « dieux mourants » symbolisant la mort puis la résurrection de la végétation, en particulier Dumuzi, ou encore Ninazu et Ningishzida.

Rituels liés à l'agriculture. Les rituels liés à l'agriculture peuvent être regroupés en deux catégories : les grandes fêtes religieuses commémorant des moments du cycle agricole mais qui avec le temps s'en éloignent ; un ensemble de petits rituels pratiqués irréguliers par les agriculteurs et les éleveurs pour assurer la réussite de leur travail.
Les calendriers cultuels des villes et pays de la Mésopotamie antique, notamment celui de Nippur qui sert de référence, renvoient au cycle agraire même si cela est assez effacé pour une civilisation dont l'activité principale est l'agriculture, surtout aux périodes tardives. Les grandes fêtes agraires sont surtout connues pour la période de la seconde moitié du IIIe millénaire, en particulier celle d'Ur III, et semblent inexistantes aux périodes récentes. Le printemps, période du renouveau de la végétation et de la récolte, est le moment principal de l'année liturgique, jusqu'aux rituels du Nouvel An (en général vers la mi-mars) qui voient le mandat des rois être renouvelés à Babylone et en Assyrie récentes, même si l'aspect politique de ces fêtes semble alors primer sur leur lien avec la fertilité.
Les dieux se voient couramment offrir les prémices des récoltes. Certaines cérémonies semblent marquer le début du battage et du foulage des céréales. La période des semailles voit également de nombreux rituels être accomplis. À la période d'Ur III, un rituel voit le roi conduire lui-même un araire. D'autres fêtes ont lieu au moment des crues de l'Euphrate en mai.
Les rituels accompagnant les travaux de l'agriculture et de l'élevage sont divers, et visent à se protéger de différents risques. Certains semblent se dérouler dans les champs mêmes au moment de différentes opérations critiques (mise en eau, labours, semailles, récolte, battage).
Les Instructions du Fermier insistent sur cet aspect des choses que tout bon agriculteur doit faire, et prescrivent par exemple de faire une prière à la déesse Ninkilim pour éloigner les animaux nuisibles (des sortes de rats ou de mangoustes) qui pourraient manger les cultures. Des rituels exorcistiques poursuivent les mêmes buts de protection des champs contre différentes espèces nuisibles et maladies, et aussi de protéger les animaux contre des problèmes similaires.

L’ARTISANAT EN MESOPOTAMIE

Un artisan, c'est une personne qui a une activité spécialisée. En Mésopotamie, l'expansion de l'artisanat serait liée à l'urbanisation, au IVe millénaire. Auparavant, dans le cadre du village, on peut s'imaginer une pluri-activité des agriculteurs.
La spécialisation est à la fois horizontale, des personnes spécialisées dans une activité, et verticale, avec une bureaucratie qui contrôle (ce qui implique une différenciation sociale).
Dès l'Uruk IV (3200 ), les plus vieilles tablettes cunéiformes mentionnent des listes des professions, prouvant l'existence d'une telle spécialisation au sein des grands organismes, palais et temples.La Mésopotamie manque de matière première. Dans ce contexte, les temples et les palais sont bien placés pour se procurer le métal nécessaire à l'artisan. Ils peuvent organiser les réseaux d'échanges à longue distance et dispose du capital nécessaire à la construction de manufactures.

 Le travail du métal. Connu dès le Néolithique, c'est seulement au IVe millénaire que le cuivre commence à être utilisé en quantité importante. La métallurgie est l'activité artisanale fondamentale : elle transforme complètement la société dans de nombreux domaines (agricole, militaire, transport). Le métallurgiste est donc l'artisan par excellence à l'âge du bronze car ses connaissances ne peuvent être acquises par tous : c'est un expert.

Peu d'outils en métal ont été découverts dans les fouilles archéologiques car le métal faisait l'objet d'un réemploi constant. Il y a eu quelques découvertes à Kutalla, près de Larsa et à Tell Sifr. Il s'agit essentiellement de vaisselles en cuivre et d'ustensiles agricoles.En 1854, à Tell Sifr, Loftus a découvert des ustensiles agricoles en mauvais état : il s'agissait d'ustensiles renvoyait au temple, sans doute à la fin des récoltes, pour être retravailler. Le métal n'était jamais perdu.
Les ateliers des artisans sont mentionnés dans les textes mais ils restent difficiles à retrouver dans les fouilles archéologiques. On connaît l'existence d'un atelier à Kanesh, en Anatolie, et un autre à Tell adh-Dhibai, dans la banlieue de Bagdad, au temps du royaume d'Eshnunna. On y a retrouvé le matériel du métallurgiste (moules en terre, outils...).

 Les artisans dans le secteur privé. Le "secteur privé", qui reste à définir, n'est pas représenté dans nos sources car il n'utilise pas l'écrit. Pourtant, il n'y a pas lieu de croire que des artisans indépendants n'aient pas existé. 

Nous disposons ainsi de quelques preuves indirectes : certains temples recourent à des artisans supplémentaires, venant parfois d'un autre temple, pour certains travaux particuliers.
Aussi, si la métallurgie implique des besoins particuliers, d'autres artisanats ont beaucoup moins de besoin : la construction de petits bateaux en roseau par exemple.
Nous ignorons si les artisans étaient organisés en guildes. Certains artisans semblent avoir leur divinité : Kulla est le dieu de la brique, mais on n'a pas retrouvé son temple.On ignore comment le savoir était transmis : les marchands travaillent de père en fils mais pas de traces pour les artisans. Un fonctionnement familial favoriserait la création de quartiers d'artisans, processus attesté en Mésopotamie pour les marchands (Assur) et pour le "clergé" d'Ur.
Au Ie millénaire, à l'époque néo-babylonienne, on a retrouvé plusieurs contrats de mise en apprentissage. On n'a seulement deux textes de ce type à l'époque paléo-babylonienne, dans un texte scolaire d'Isin pour un chanteur et un cuisinier. Peut-être doit-on interpréter cela comme une évolution, avec un développement des artisans dans les grands organismes.

 La liste des artisans dans les grands organismes. Les listes de rations à l'époque d'Ur III mentionnent des artisans parmi les dépendants du temple. Généralement, on admet que le temple joue un rôle prépondérant au IIIe millénaire, avant d'être dépasser par le palais à l'époque d'Ur III mais ce modèle est remis en cause.

L'industrie du transport est un bon exemple de l'impact des grands organismes sur l'artisanat. En Mésopotamie, on construit de petites embarcations en roseau au moins depuis l'époque d'Obeid (aujourd'hui, on les appelle les guffah). Mais c'est seulement à l'époque d'Ur III qu'apparaissent des navires de grandes capacités, transportant jusqu'à 300 gur. À l'époque suivante, paléo-babylonienne, les navires sont plus petits (moins de commerce ?).
Les avantages comparatifs des grands organismes sont nombreux:ils ont plus de capitaux et sont affranchis des pressions économiques. Cela favorise la standardisation, qui se diffuse ensuite dans toute la société et à l'échelle d'un royaume. En ce sens, l'époque d'Ur III semble permettre une uniformisation des productions mais c'est au bronze récent que l'on retrouve des "manuels", comme le texte hittite sur l'entraînement des chevaux
Àl'époque d'Ur III, dans les grands organismes, les artisans (gish-kin-ti) travaillent sous la responsabilité d'un seul officier. Ils sont spécialisés dans la production de biens précieux mais pas seulement. L'administration recrute, approvisionne, contrôle et redistribue. Il est fait mention d'entrepôts des artisans à Lagash. L'époque d'Ur III constitue l'apogée du contrôle : des textes mentionnent la quantité de poteries produite chaque jour et le temps alloué à chaque type de pot. Le système d'Ur III se maintient ensuite au IIe millénnaire : la production est plus unifiée en Mésopotamie et une archive administrative concernant les artisans du cuir a été retrouvée au temps d'Ishbi-Erra d'Isin.

 Les grands ateliers. Les listes des artisans de l'époque d'Ur III ne permettent pas de dire si les artisans sont des esclaves ou libres. Ce sont les archives sur le textile qui permettent d'en dire un peu plus sur ce point.

En Mésopotamie, on utilise davantage la laine que le lin. On retrouve de la laine dans les distributions faites par les grands organismes à leurs dépendants : d'une manière générale, chaque maison devait fabriquer ses propres vêtements. A Assur, à l'époque paléo-assyrienne, on voit les femmes de marchands produire des pièces de tissus qui sont ensuite vendus en Anatolie : le secteur privé pouvait participer au commerce.
Mais l'existence de grandes unités de production sont aussi attestées à l'époque d'Ur III : à Guabba, dans la province de Lagash, les textes mentionnent 6000 femmes et enfants travaillant dans le textile pour le palais. Les textes mentionnent avec une grande précision la production journalière et les types de vêtements. Ceci illustre encore le contrôle très précis à l'époque de l'empire d'Ur. Néanmoins, de pareils ateliers sont aussi mentionnés à d'autres époques. Au IIIe millénaire, lorsque Lagash était indépendante, il est fait mention d'un lieu pour la laine (ki siki) et d'un lieu pour le lin (ki gu). Au IIe millénaire, les attestations sont moins nombreuses mais elles existent, par exemple dans un récapitulatif du royaume de Larsa. On peut toutefois se demander si l'existence de grands ateliers n'est pas en recul.

 Le statut des indépendants. Les contrats privés se faisaient oralement : notre documentation reflète surtout le statut des dépendants des grands organismes. Ils reçoivent surtout des rations et on peut s'interroger sur la nature, l'importance et la fréquence de ces rations. Une analyse préalable du vocabulaire est bien sure nécessaire. De là, on peut déduire la nature du lien entre palais et dépendants et sur le niveau de vie des artisans.À l'époque d'Ur III, les dépendants reçoivent surtout du blé, de la laine et de l'huile mais d'autres biens sont parfois mentionnés. La rémunération varie selon le statut (chef, simple travailleur, travailleur spécialisé), l'âge et le sexe (gurush/homme ; gemé/femme).Certains historiens distinguent la simple ration (she-ba), donnée à l'esclave, du "salaire" (a1), donné à l'artisan mais les textes ne permettent pas d'être certain d'une telle différence. Le terme "ba" semble plutôt désigner une distribution régulière .Les textes d'Ur III font la différence entre les fermiers du palais (engar), travaillant à temps plein et les sujets (erin) faisant la corvée du roi (le bala) à un moment précis de l'année.Une meilleurs compréhension du vocabulaire montre donc que le rôle des esclaves à l'époque d'Ur III ne doit pas être surestimé. L'essentiel du travail devait être réalisé par les sujets (gurush, muskênnum) lors de corvées annuels (ilkum).


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