LE LANGAGE ET L'ECRITURE

Historique
 01pierre de rosette  L’égyptien ancien est une langue afro-asiatique étroitement liée aux langues berbères et sémitiques. C’est la langue ayant eu la plus longue existence, écrite de 3200 au Moyen Âge. Cette langue connut plusieurs périodes : l’ancien égyptien, le moyen égyptien (ou égyptien classique), le néo-égyptien, le démotique et le copte. Les modes d’écritures égyptiennes ne montrent pas de différences avant le copte, mais cette langue aurait connu des dialectes régionaux autour de Memphis et plus tard de Thèbes.

L'égyptien ancien est une langue synthétique mais devenu plus tard une langue isolante. Le néo-égyptien créa des articles définis et indéfinis qui remplacent les anciens cas. Il y a un changement de l'ancien ordre des mots verbe-sujet-objet pour celui sujet-verbe-objet. Les écritures hiéroglyphiques, hiératiques et démotiques furent remplacées par l'alphabet copte plus phonétique. Le copte est encore utilisé dans la liturgie de l'Église copte orthodoxe, et des traces de celui-ci se retrouvent encore aujourd’hui dans l’arabe égyptien.

Sons et grammaire
 Langue  L’ancien égyptien possède vingt-cinq consonnes similaires à celles des autres langues afro-asiatiques. Il s'agit notamment de consonnes pharyngales, emphatiques, fricatives et affriquées. Il a trois voyelles longues et trois courtes, mais leur nombre a augmenté dans les périodes tardives jusqu’à neuf. Les mots de base de l’égyptien, comme le sémitique et le berbère, sont les trilitères ou des bilitères de consonnes et semi-consonnes. Des suffixes leurs sont ajoutés pour former les mots. La conjugaison des verbes correspond à la personne. Par exemple, le squelette triconsonnantique S-Ḏ-M est le noyau sémantique du mot « entendre » ; sa conjugaison de base est sḏm=f (« il entend »). Si le sujet est un nom, le suffixe n’est pas ajouté au verbe sḏm ḥmt(« la femme entend »).Les adjectifs sont des dérivés de noms à travers un processus que les égyptologues appellent nisbation en raison de sa similitude avec l’arabe. L'ordre des mots est prédicat-sujet dans les phrases verbales et adjectivales, et sujet-prédicat dans les phrases nominales et adverbiales. Le sujet peut être déplacé vers le début de la phrase si elle est longue, et il est suivi par un pronom résurgent. Pour les verbes et les noms la négation est indiquée par la particule n, mais nn est utilisé pour les phrases adverbiales et adjectivales. L’accent tonique est placé sur la syllabe finale ou l’avant-dernière, qui peut être ouverte (CV) ou fermée (CVC).

Ecriture
L’apparition de l’écriture hiéroglyphique date du XXIIe siècle. C’est une écriture composée d’environ 500 symboles pouvant représenter un mot, un son, ou un déterminant, le même symbole peut avoir plusieurs usages dans des contextes différents. Les hiéroglyphes étaient une écriture formelle, utilisée sur les monuments de pierre et dans les tombes, qui pouvaient être aussi détaillés que de simples œuvres d'art. Pour l’usage courant, les scribes utilisaient une forme d'écriture cursive, appelée hiératique, qui était plus rapide et plus facile à écrire. Alors que les hiéroglyphes pouvaient être écrits en lignes ou en colonnes dans les deux sens (mais en général de droite à gauche), les hiératiques sont toujours écrit de droite à gauche, habituellement horizontalement. Une nouvelle forme d'écriture, le démotique, apparut et s'imposa, toujours avec les hiéroglyphes.

Autour du premier siècle, l'alphabet copte a commencé à être utilisé parallèlement à l’écriture démotique. Il est basé sur le grec avec l'ajout de certains signes démotiques. Bien que les hiéroglyphes demeurent utilisés dans un rôle protocolaire jusqu'au IVe siècle, seuls quelques prêtres pouvaient encore les lire. La dissolution des centres religieux traditionnels fit perdre définitivement la connaissance de l'écriture hiéroglyphique. Les tentatives visant à les déchiffrer aux époques byzantines et islamiques furent vaines. Ce n’est qu’en 1822, après la découverte de la pierre de Rosette et des années de recherche de Thomas Young et de Jean-François Champollion que les hiéroglyphes furent presque entièrement déchiffrés
Papyrus égyptien.
Le papier de papyrus ou simplement papyrus (en grec ancien πάπυρος / papyros, en latin papyrum ou papyrus), est un papier obtenu par superposition de fines tranches tirées des tiges de la plante Cyperus papyrus. Il fut probablement inventé il y a 5 000 ans. Il était abondamment utilisé en Egypte dans l'Antiquité pour la réalisation de manuscrits. En Europe, il fut, avec le parchemin (ce dernier étant considéré comme plus précieux), le principal support de l'écrit jusqu'à la Renaissance. Il sera alors supplanté par le papier, d'invention chinoise (dynastie des Han, IIe siècle .)

Fabrication et conservation.
Gros plan de la texture du papyrus. Le principe de fabrication du papier de papyrus réside dans la superposition de fines tranches de la tige de la plante, humidifiées, placées en couches et positionnées perpendiculairement les unes sur les autres et compressées. Normalement, seul un côté du papier était utilisé, sur lequel un traitement à base de colle était appliqué afin d'éviter que l'encre ne coule. Chaque morceau ne dépassait pas un demi-mètre de longueur, mais on pouvait assembler de nombreuses feuilles les unes aux autres, pour former de longs rouleaux (comme le papyrus Harris, qui mesure 40 mètres).

Monopole d'État dès l'Ancien Empire, les papyrus étaient exportés dans tout le bassin méditerranéen. En raison de leur prix élevé, ils étaient souvent grattés pour pouvoir être réutilisés, formant alors ce que l'on appelle des palimpsestes. Pour la même raison, ils furent parfois remplacés par les ostraca, pierre calcaire ou morceaux de poterie, pour les écrits de moindre importance (brouillons d'apprentis, notes non-officielles...)

Dans les climats secs, comme en Égypte, le papyrus se conserve convenablement, mais dès lors qu'il est humidifié, la structure se désagrège et l'encre va se diffuser dans les fibres végétales, comme ce fut le cas des manuscrits importés en Grèce et en Italie. Certains exemplaires extraordinaires ont été retrouvés en Égypte, comme les papyrus d'Éléphantine, et les découvertes d'Oxyrhynque ou de Nag Hammadi. À Herculanum, la « Villa des Papyri » qui contient la bibliothèque du beau-père de Jules César fut préservée de l'éruption du Vésuve, et possède de nombreux papyrus intéressants, dont tous n'ont pas encore été récupérés.

Hiéroglyphe
Un hiéroglyphe est un caractère de la plus ancienne écriture égyptienne.

L’écriture hiéroglyphique égyptienne est figurative : les caractères qui la composent représentent en effet des objets divers, — naturels ou produits par l'homme —, tels que des plantes, des figures de dieux, d'humains et d'animaux... Les égyptologues y distinguent traditionnellement trois catégories de signes : les signes-mots (ou idéogrammes), qui désignent un objet ou, par métonymie, une action ; les signes phonétiques (ou phonogrammes), qui correspondent à une consonne isolée ou à une série de consonnes ; les déterminatifs, signes « muets » qui indiquent le champ lexical auquel appartient le mot.

Apparue à la fin du IVe millénaire avant notre ère en Haute-Égypte‎ (sud du pays), l'écriture hiéroglyphique est utilisée jusqu’à l'époque romaine, soit pendant plus de trois mille ans. La connaissance des hiéroglyphes se perd avec la fermeture des lieux de culte païens par l’empereur ThéodoseI vers 380 apr.notre ère.. Si certains chercheurs déclarent que certains hiéroglyphes auraient été décodés par Ibn Wahshiyya vers le IVe siècle, il faudra, après la découverte de la pierre de Rosette, le génie de Jean-François Champollion pour briser, après quatorze siècles, ce qui paraissait être « un sceau mis sur les lèvres du désert

Littérature
  02 L'écriture est apparue avec la royauté sur les titulatures et les étiquettes des objets trouvés dans des tombes royales. Ce fut surtout l’occupation des scribes, qui travaillaient dans la Per Ânkh ou maison de vie. Celle-ci comprend des bureaux, une bibliothèque (maison des livres), des laboratoires et des observatoires. Quelques-unes des plus célèbres œuvres de la littérature égyptienne antique, comme les textes des Pyramides ou les textes des sarcophages, ont été écrites en égyptien classique, qui continue à être la langue de l'écriture jusqu’au IVe siècle. L’égyptien parlé à partir du Nouvel Empire sert alors de langue d’écriture dans les documents administratifs ramessides, la poésie amoureuse et des contes, ainsi que dans le démotique et les textes coptes. Pendant cette période, la tradition de l'écriture a évolué dans les autobiographies des tombeaux comme ceux de Hirkhouf et d’Ouni. Le genre des Instructions a été développé pour communiquer les enseignements et les conseils de nobles célèbres ; le papyrus d'Ipuwer, poème de lamentations décrivant les catastrophes naturelles et les bouleversements sociaux en est un exemple célèbre.

Le Conte de Sinouhé, écrit en moyen égyptien, pourrait être l’œuvre la plus répandue de la littérature égyptienne. Le papyrus Westcar, série d'histoires racontées à Khéops par ses fils à propos de merveilles réalisées par des prêtres, fut écrit dans la même période. L’Enseignement d'Aménémopé est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature du Proche-Orient. Vers la fin du Nouvel Empire, la langue vernaculaire était plus souvent employée pour écrire des œuvres populaires comme l’Histoire d'Ounamon ou l’Enseignement d'Ani. Le premier raconte l'histoire d'un noble qui part pour acheter des cèdres du Liban, se fait voler sur son chemin et lutte pour rentrer en Égypte. Depuis le VIIIe siècle, les récits des histoires et des instructions, telles que les populaires Instructions d'Onchsheshonqy ainsi que des documents personnels et professionnels furent écrits en écriture démotique. Beaucoup d'histoires écrites en démotique au cours de la période gréco-romaine ont été situées dans des époques historiques antérieures, lorsque l'Égypte était une nation indépendante gouvernée par de grands pharaons tel Ramsès II.

La littérature de l'Égypte antique est l'une des plus anciennes littératures écrites attestée à ce jour. Les plus anciens témoignages de textes « littéraires », au sens restreint, remontent à la XIIe dynastie ce qui semblent tardif par rapport à l'apparition de l'écriture vers 3200, et les premiers textes complexes attestées au début de l'Ancien Empire vers 2700. Ce décalage est-il dû aux aléas de la documentation ou à une lente maturation de la littérature écrite qui resta longtemps cantonnée à une transmission orale ? Les spécialistes restent encore divisés sur la question. Cependant bien avant l'apparition des premiers manuscrits véritablement « littéraires », il existe des autobiographies comme celles d'Ouni XXIIIe siècle av. notre ère ou des princes de la ville d'Assiout XXI e siècle av. notre ère, où se manifeste un style poussé, derrière laquelle point, consciemment ou non, une intention quasi littéraire.
La littérature égyptienne est très diversifiée puisqu'à côté des textes religieux, on trouve des biographies, des romans, des contes, des textes politiques et philosophiques, de la poésie et des « sagesses ».

Textes religieux.
En égyptologie, ce que l'on nomme « livre » ou « textes », sont en fait des récits mythiques répartis en plusieurs chapitres, mais qui ne sont pas forcement utilisés comme une entité indivisible. Certains passages peuvent être peints ou gravés sur les parois des temples et des tombeaux.

Les plus connus sont :
les textes des pyramides, le plus ancien corpus religieux connu ;
les textes des sarcophages, dérivé des textes des pyramides ;
le livre de ce qu'il y a dans l'au-delà ;
les litanies de Rê ;
le livre de la vache et du ciel, le mythe égyptien du Déluge ;
le livre des portes, texte funéraire post amarnien ;
le livre des rêves, interprétation des rêves ;
le livre des morts des Anciens Égyptiens, nom donné par Champollion au livre funéraire dont le titre originel peut être traduit par « Livre pour sortir le jour » ou « Livre pour sortir à la lumière » ;
le livre des demeures secrètes (ou Livre de l'Amdouat), livre funéraire qui décrit le voyage du défunt au travers des douze heures de la nuit ;
les lettres d'Amarna, tablettes d'ordre diplomatiques, retrouvées sur le site d'Amarna ;
l'hymne à Aton, chant d'amour et de ferveur, sans doute composé par Akhénaton ;
l'hymne au Nil, dédié au dieu de la crue du Nil, Hâpy.

Les derniers livres royaux :
le livre des cavernes ;
le livre de la terre ;
le livre du jour et de la nuit

Textes profanes.
Parallèlement à ces textes religieux, la civilisation égyptienne nous a légué des textes profanes, écrits en hiératique sur papyrus. Ces textes sont de nature très variés, concernant aussi bien les sciences que la politique ou encore la littérature.

À partir de la Première période intermédiaire, et tout au cours du Moyen Empire, la littérature produit des textes considérés comme des grands classiques aux époques ultérieures.
Les thèmes chers à la littérature « pessimiste » apparaissent sous le Moyen Empire : invasions étrangères, cycle de la nature déréglé, crue du Nil insuffisante, guerre et famine, misère et anarchie, et finalement guerre civile qui ensanglante le pays. Il s'agit là des évènements qui troublèrent les années obscures de la Ire période intermédiaire.

Parmi ces classiques, on peut citer :
le conte de Sinouhé ;
le conte de l'oasien, ou conte du Paysan éloquent ;
le conte du naufragé ;
les instructions d'Amenemhat Ier pour son fils et successeur, le futur Sésostris Ier ;
l’enseignement pour Mérikarê ;
l‘enseignement de Khéty ;
le dialogue du désespéré avec son bâ ;
la prophétie de Néferti, pseudo-prophétie dont l'action se situe sous le règne de Snéfrou ;
le recueil de mots de Khâkheperrêseneb.

 

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