Les relations Eglise-Etat aux Temps féodaux

Suite à la mort accidentelle et contre le dernier prétendant légitime de la lignée carolingienne Charles duc de Basse-Lorraine, Hugues Capet est élu en juin 987 par les Grands du Royaume à l'initiative du haut-clergé car, en France comme en Allemagne, l'Eglise est le principal défenseur de l'idée monarchique. Cette élection place sur le trône une dynastie qui va régner pendant plus de huit siècles, va marquer l'extinction de l'Empire carolingien sous sa forme dynastique et changer les institutions et mentalités. Le premier capétien accède à la royauté dans une indifférence quasi générale et en un temps où rien ne semble enrayer la profonde crise politique qui secoue la France depuis le IXe siècle. La dynastie capétienne s'affirme lentement pour jouer un rôle décisif dans la constitution de l'Etat-Nation qu'est devenue la France au cours des siècles. Sa politique se caractérise par une volonté d'expansion territoriale à partir du noyau central que constitue l'Ile-de-France et de centralisation qui vise à briser le cadre féodal qui servait de support aux manifestations de l'autorité royale.

Les Capétiens directs - L'Age de la seigneurie ou les quatre premiers capétiens : Alors que les Carolingiens perdent le pouvoir, les fonctionnaires naguère destituables sont devenus avec le temps propriétaires de leurs fiefs. Se sont constitués les duchés de Normandie, Bourgogne, Guyenne... Gascogne et de nombreux comtés dont la Flandre, la Champagne, l'Anjou, la Bretagne... ou encore la Marche de Barcelone. La puissance des rois ne dépasse pas celle des propriétaires de ces fiefs. En 987, le domaine royal comprend Etampes, Orléans, Compiègne, Pierrefonds, Saint-Denis, Poissy, le Puiset, Sully... et bientôt Paris. Hugues Capet et ses successeurs sont rois en France plutôt que rois de France. Révolté contre Adalbert, comte de Périgord, lui demandant "qui t'a fait comte?" lequel lui répond "qui t'a fait roi" (?). La couronne ne confère qu'un titre de grande valeur, certes, car il se rattache à la conception impériale de la dignité monarchique. L'archevêque de Reims ressuscite l'ancienne coutume de l'onction et du sacre qui a valeur de sacrement - d'où le pouvoir de l'Eglise et le fait que la France soit "la fille aînée de l'Eglise".

Hugues Capet (941-987-996), fils de Hugues le Grand, élu roi en 987. Dès 987, il fit sacrer son fils Robert assurant ainsi l'hérédité du pouvoir à la dynastie qu'il fonda. Robert le Pieux (470-996-1031), il donna une base territoriale au domaine capétien, réussit à maintenir l'ordre en son domaine et raffermit le pouvoir royal. Il fonde la première maison de Bourgogne qui durera trois siècles. Henri 1er (1008-1031-1060) : son remariage avec Ane de Kiev en 1051, fille du prince Iaroslav, marque le premier contact entre la France et une Europe orientale. Philippe 1er (1052-1060-1108), ses démêlés avec l'Eglise ayant pour cause son remariage avec Bertrade jette l'interdit sur le royaume de France. Les sacrements ne peuvent plus être administrés aux chrétiens et la vie religieuse est suspendue jusqu'en 1104 après la séparation de Philippe 1er et de Bertrade, ce qui règle officiellement l'affaire.

L'Age féodal, le retour à la royauté - Louis VI le Gros affermit son pouvoir en Ile-de-France avec l'aide de son ministre Suger. Il lutte contre Henri 1er Bauclerc, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et l'empereur germanique Henri V préfère se retirer sans combattre. Il devient symbole de l'ordre et de la sécurité. Sous son règne, les serfs et les vilains commencent à sortir de leur condition misérable et l'on voit la naissance d'une nouvelle classe, un troisième état, le Tiers Etat. Il attire à lui d'autres provinces : possédant le vicomté de Bourges, il s'avance jusque dans le Berry, annexe le comté de Sens. Il partage le Vexin avec la Normandie - territoire de Pontoise, Chaumont et Magny. Bien qu'il n'en soit pas le milieu, le domaine royal est le vrai centre du pays. Louis VII le Jeune (1120-1137-1180) lui succède. Aliénor reine de France est répudiée à 31 ans: elle n'a donné que deux filles au roi. Le roi est obligé de rendre les provinces du Sud-Ouest que celle-ci avait apporté en dot. Elle en fait don à Henri de Plantagenet, duc de Normandie, comte d'Anjou et du Maine, petit-fils de Guillaume le Conquérant qu'elle épouse. En 1154, celui-ci devient roi d'Angleterre et possède en France un territoire égal à 47 de nos départements, tandis que son suzerain, le roi de France, en tient au plus 20. Louis VII accueille le pape Alexandre III réfugié en France en raison de l'invasion impériale (1161). La naissance de Philippe donne enfin un héritier au trône de France (1165). Philippe est sacré lorsque Louis VII tombe malade (1179). Philippe II, futur Philippe Auguste, devient roi à 16 ans (1180-1223), le premier qui se donna officiellement ce titre. Il quadruple le domaine royal, affronte l'Angleterre et est vaincu par Richard Coeur de Lion avec lequel il participe à la troisième croisade en 1199. Il s'oppose à Jean sans Terre qu'il vainc à Bouvines (1214). Il écrase la coalition formée par Jean sans Terre, l'empereur Othon et le comte de Flandre, garde la Normandie qu'il avait annexée en 1200-1204. Il acquière l'Amiénois (1185), l'Auvergne (1201), la Champagne (1213); il affaiblit le pouvoir des seigneurs et crée des baillis et sénéchaux. Louis VIII le Lion (1187-1223-1226), fils et successeur de Philippe II, chasse les Anglais du Sud-Ouest et dirige une croisade contre les Albigeois. Louis IX (Saint-Louis) (1214-1226-1270), fils et successeur de Louis VIII, règne d'abord sous la tutelle de Blanche de Castille qui affronta la rebellion des grands vassaux ; en 1242, il triomphe d'une ligue de seigneurs du Midi et de l'Ouest soutenue par Henri III d'Angleterre. Le Traité de Paris (1259) suspend le conflit franco-anglais. Dans son royaume, il s'engagea à faire régner l'ordre et la justice. Il entreprend une croisade (1248) où il est fait prisonnier, une autre vers Tunis où il meurt de la peste. Il est canonisé en 1297. Philippe III le Hardi (1245-1270-1285), fils et successeur de Louis IX, affronte Pierre III d'Aragon qui fommenta les Vêpres Siciliennes. Si les relations avec l'Angleterre sont bonnes, il n'est pas de même avec celles qu'il entretient avec la péninsule ibérique. Henri Ier de Navarre, comte de Champagne, meurt (1274) et sa veuve par le traité d'Orléans fiance sa fille unique et héritière Jeanne au fils aîné de Philippe III ; aussi la Navarre est-elle confiée au roi de France pendant la minorité de sa fiancée. En 1284 le mariage est célébrée et la Champagne est annexée à la France. En Castille, le roi de France prend parti pour ses neveux, le fils de Ferdinand de la Cerda et le fils aîné de Alphonse X et de Blanche de France. En 1275, Ferdinand de la Cerda meurt avant son père et son fils aîné est déclaré héritier du trône mais le fils cadet de Alphonse X, Sanche, invoque le principe de non représentation et impose son point de vue par une guerre civile, s'emparant du trône. Philippe III prépare une expédition (1284) pour défendre les droits des "Infants de la Cerda" mais il ne passe pas les Pyrénées et meurt à Perpignan de la fièvre le 5 octobre 1285.

Nous fixons le terme de la période en l’an 1285 bien que la détermination d’une rupture indicative d’un renouveau du pouvoir royal fasse l’objet de divergences. En effet, certains historiens dont Lemarignier fixent la rupture au milieu du XIIe siècle ou encore Krynen à la fin du XIIe siècle, étant donné que sous Philippe II Auguste commence concrètement le lent processus historique de reconstitution de la souveraineté monarchique.

Les sources du droit profane - La loi du roi : Dès le début du IXe siècle, le pouvoir législatif royal tombe en déséitude, les textes de portée générale se raréfient et la législation royale s'évanouit avec la disparition du pouvoir carolingien, le dernier texte est un capitulaire de 930 de Charles III. Reste seul le souvenir de la loi romaine dans le monde franc puisque le bréviaire d'Alaric et les Epitômes laissent des réminiscences dans le monde franc. Dès la fin du XIe siècle, les princes prennent l'habitude de promulguer des ordonnances qui ne présentent pas le caractère d'application générale puisque chaque vassal peut y souscrire et s'engager à les faire exécuter sur ses terres. Le pouvoir normatif n'est pas réservé en exclusivité au roi. Les villes, les seigneurs et les communautés d'habitants l'exercent dans un cadre territorial restreint. Avec Henri 1er au XIIe siècle renaît le pouvoir nominatif qui évoque l'intervention législative. Les prémices de l'intervention législative transparaissent dans la mesure où le roi cherche à canaliser la source juridique médiévale la plus féconde. Les légistes témoignent du désir de revendiquer pour le Capétien sa souveraineté. Toute la théorie des juristes de l'époque s'articule autour de l'idée de faire remonter jusqu'au roi la chaîne des vassalités. Parmi les juristes les plus brillants de l'époque médiévale, l'on note Suger, Le Bret ou encore Bodin.

Les nobles au Moyen-Age - La Noblesse est un terme qui désigne primitivement les différentes institutions liées au métier des armes et de la guerre, aussi bien en ce qui concerne ses personnels que ses arts, ses mobiles et ses actions. Par extension, la Noblesse désigne un sentiment ou une attitude chevaleresque ou "désintéressée". Par la suite, la Noblesse (avec majuscule) d'un pays ou d'une province désigne l'ensemble des familles dont les membres exercent ou peuvent exercer certaines fonctions de commandement militaires ou civiles qui leur sont réservées (emplois nobles). Le recrutement des membres de la Noblesse se fait en premier lieu par l'hérédité au sens de certains lignages familiaux, ensuite par le mérite au moyen de concours ou de compétitions. Sous l'Ancien Régime*, la Noblesse a été plus ou moins ouverte selon les époques et les pays. En France, le pouvoir d'anoblir a d'abord appartenu à tous les seigneurs qui pouvaient armer des chevaliers. A partir du XVe siècle, uniquement réservé au roi. Elle constitue l'un des deux ordres privilégiés après celui du Clergé**. Ses membres avaient l'obligation d'occuper un certain nombre d'emplois onéreux (armée, magistrature, autres administrations, arts libéraux) et l'interdiction d'exercer des professions lucratives (commerce, artisanat...). La noblesse a été abolie sous la Révolution française, rétablie sous forme de distinction héréditaire*** par le Premier Empire puis à nouveau supprimée sous la Troisième République qui a cependant maintenu les titres. Le sociologue Pierre Bourdieu a introduit au XXe siècle une notion à laquelle on donne le nom de "Noblesse d'Etat" désignant une organisation officieuse de la haute fonction publique en caste avec recrutement héréditaire officieux****.

* l'Ancien Régime est la période de l'histoire qui va de la fin de la Renaissance à la Révolution française, qui marque la fin du royaume de France; ** le Clergé est le terme qui dirige les différentes institutions d'une religion, provient du latin clericus qui signifie homme d'église ; *** ce terme décrit une pratique sociale relative à la famille constituant à maintenir une position sociale d'une génération à l'autre par la transmission d'un patrimoine matériel ou immatériel ; *** des titres de noblesse existent toujours au XXIe siècle dans de nombreux pays européens dont le royaume de Belgique, les Pays-Bas, le royaume de Suède, la France - où ils peuvent être officiellement enregistrés au Ministre de la justice, au royaume d'Espagne, la République de Saint-Martin, le Grand Duché du Luxembourg, l'Italie, l'Allemagne - en tant que parti du nom. De nos jours, seul le Royaume Uni avec la chambre des Lords possède une telle institution.

Pendant la période allant de 985 à 1285, la terminaison applicable est ambigüe. Certains utilisent le vocable "féodalisation" ou des expressions telles que "société féodale" ou "période féodale". Le mot féodalité aujourd'hui peut être appliqué au système ou à la situation dans laquelle les grands capitalistes dominent. Se dit dans un sens défavorable. N'oublions pas que l'ordre féodal fut précédé d'un ordre seigneurial. L'évoquer c'est mettre l'accent sur la dissémination des anciens droits régaliens pendant le Ier siècle capétien, la mise en dépendance des communautés paysannes, l'apparition des élites dirigeantes locales et les rapports de sujétion naissant, rendent compte de la dernière phase du morcellement territorial dû à l'indolence des rois fainéants et la prolifération anarchique des nouveaux centres de pouvoir alors que se référer à l'ordre féodal, c'est se projeter au XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, période où les rois s'efforcent de faire rentrer dans leur vassalité princes et contes et d'acquérir une position dominante afin de restaurer à leur profit certaines des fonctions traditionnelles de l'Etat. C'est pourquoi l'expression "Les Temps Féodaux" permet de traiter de l'institution seigneuriale (987-1108) qui fait référence à l'organisation des seigneurs et de l'institution féodale (fin XIIe et début XIIIe siècle) qui renvoie à un système de rapports personnels fondés sur le consentement mutuel.

Le legs romano-chrétien - Rome, à qui la domination étrusque entre 500 et 480 avant notre ère valut une indéniable prospérité, transmet à l'occident les éléments des civilisations grecques et égyptiennes et un fond de traditions politiques, juridiques et religieuses. Elles constitueront un droit de base du droit politique et économique qui enrichiront les esprits du Moyen Age. Un demi millénaire de présence romaine justifie de l'empreinte laissée dans la société française en ces temps dans des domaines divers comme celui des arts et notamment en matière linguistique et comportementale. Rome léguera une expérience institutionnelle, la Royauté de 753 à 509, la République de 509 à 27, le Bas Empire ou Dominat de 284 à 476 qui se rapproche du droit divin. L'on souligne à ce titre l'idée selon laquelle le peuple est à l'origine de la souveraineté et celle qui reconnaît à l'Etat la charge et la représentation de l'intérêt général, l'une comme l'autre explique les pouvoirs exorbitants reconnus à la puissance publique avec toutefois une réserve essentielle puisque les organes de l'Etat restent soumis au droit.

Le dieu chrétien au secours du païen Clovis. Après avoir marié sa soeur Endeflette à Théodoric roi des Ostrogoths, le païen Clovis conclut un pacte de non agression avec ses voisins burgondes et obtient du roi Gondebaud la main de sa nièce Clodechilde, fervente catholique. Gondebaud accepte cette union par intérêt politique, quand au roi franc par cette union assure la neutralité des Burgondes. Clovis tout païen qu'il demeure attire de nombreux gallos-romains par la sympathie qu'ils éprouvent envers la princesse catholique.

L'évêque de Reims Remi entretient avec Clovis des contacts religieux qui l'incite à respecter l'Eglise qui a besoin d'une épée pour combattre l'hérésie arienne. Remi incite Clovis à demander mariage à Clodechilde: celui-ci est célébré à Soissons (493). Tandis qu'il combat les Alamands pour étendre son royaume sur l'actuelle Alsace et l'Allemagne, l'armée franque malgré l'appel au Dieu païen de la guerre est dominée. Clovis implore alors le dieu de Clochedilde et s'engage à croire en lui et à se faire bâptiser s'il obtient victoire. Le roi alamand est tué d'une flèche signant le retrait de ses troupes car pour les Alamands, la mort du chef est le symbole de l'abandon de leur Dieu. A mon humble avis, c'est la première fois que Dieu, celui des Chrétiens, intervient sur l'issue d'une bataille pour faire de la future France la fille aînée de l'Eglise. Clovis est bâptisé. Le roi, qui reçoit l'onction du sacre, reçoit le titre le plus ancien et le plus vénérable de la foi des monarques, les prérogatives de la monarchie et les confirme dans tous leurs droits.

L'Eglise catholique au Moyen-Age - Je n'aime pas et je pourrai préciser que je déteste Bossuet, néanmoins je reconnais l'intérêt de ce diction : "Le roi protège la religion avant toute chose, et il connait, en protégeant la religion que c'est la religion qui le protège lui-même puisqu'elle fait le plus puissant motif de la soumission que tant de peuples rendent aux princes".

Devenue religion d'Etat dans l'Empire romain pendant l'Antiquité tardive - l'édit de Milan 313 accorde la liberté du culte, en 381 le christianisme devient religion d'Etat et se diffuse au Haut Moyen Age à partir de plusieurs foyers : l'Irlande, les royaumes francs, les royaumes anglo-saxons et Rome. La chrétienté s'accompagne de dignités ecclésiastiques. L'Eglise en désignant ces dernières et la papauté qui se hisse à la tête de celle-ci devient l'un des principaux et sans doute le principal pouvoir en Occident puisqu'il sacre les rois et les empereurs des pays les plus puissants de la terre, ordonne la lutte contre les non-croyants (l'hérésie) et pendant l'époque insoutenable des Inquisitions et des expéditions expansionnistes de l'Espagne, du Portugal, de l'Angleterre, la conversion des populations conquises, ne s'opposant pas quand elle n''est pas la donneuse d'ordre, la mort par la torture, le garot ou le bucher des hérétiques et le massacre des populations nouvellement conquises quand elles résistent. Jusqu'au XIIIe siècle, elle fait l'objet de résistances internes ; l'arianisme des Visigoths en Espagne jusqu'au VIIIe siècle, celle des Lombards jusqu'au milieu du VIIIe siècle qui menace Rome de disparition. Elle doit s'imposer face à Byzance - crise inoclaste 725 à 843, et rupture au XIe siècle avec le christianisme oriental mettant fin à l'unité de l'église. Chaque église nationale possède ses propres traditions. Elle réussit en s'appuyant sur les rois anglo-saxons et l'expansion des Francs en Germanie à unifier la tradition de l'Eglise romaine et à affirmer son rôle à la tête de celle-ci sauf chez les Slaves orientaux. Durant le Haut- Moyen Age, l'expansion du christianisme ne se résume ni à une évangélisation pacifique, ni à un brutal rapport de forces. Si les persécutions massives sont rares, certains cas de persécutions de Juifs sont cependant recensées. L'Eglise s'appuie sur les propriétaires fonciers - le possessor, pour encourager vilains ou esclaves au christianisme. Pendant les temps féodaux, le baptême permet le recensement; sans le baptême point d'existence légale.

Le Clergé au Moyen Age - Le clergé au Moyen Age est un pouvoir aussi grand que les grands du monde à l'époque, les seigneurs et les rois. L'Etat civil est tenu par le clergé - naissance, mariage, décès. L'enseignement surtout la lecture et l'écriture est faite par ce même clergé. Les oeuvres de charité sont l'équivalent de nos hospices et hôpitaux. Le Clergé possède des domaines considérables. Les évêques sont de vrais administrateurs de villes, perçoivent taxes et octrois ; par les sacrements, ils interviennent directement dans toute vie terrestre, donnent ou retire la vie éternelle, sacrent ou excommunient les petites gens ou les rois. Ils sont les guides spirituels de toutes les conduites des âmes pour le salut éternel.

Le vilan et le serf au Moyen Age - Les paysans au Moyen Age ont plusieurs noms : colons, hôtes, lites, coliberts... suivant leur statut par rapport au seigneur. Les noms changent suivant les régions et les époques. D'une manière générale, tout homme libre qui travaille la terre est un vilain, mot qui vient de vilenus, celui qui habite dans une villa ou un domaine. Le vilain est appelé parfois roturier, de rupture, signifiant en latin "terre brisée" ou manant de manere qui veut dire demeurer parce que le vilain demeure attaché au sol qu'il laboure. Il existe deux sortes de paysans, le vilain et le serf. Les serfs de la glèbe - c'est-à-dire de la terre au sens cultivé, faisait parti du domaine ; lorsque le terrain était vendu, il passait d'un maître à l'autre de la même manière que les animaux de la ferme. Les fils de serfs devenaient serfs comme leurs ancêtres et comme leurs futures descendances. Les vilains avaient beaucoup de redevances à payer pour les terres qu'ils cultivaient. Les serfs n'étant pas libres de leurs personnes, les suzerains pouvaient exiger d'eux les sommes qu'ils leur plaisaient et leur faire exécuter toutes sortes de travaux et de corvées. En échange de la terre et de la protection militaire, le serf avait quelques devoirs envers son seigneur. Il devait remettre une partie de la récolte à son suzerain et payer des taxes. Il devait également participer gratuitement à des travaux appelés corvées mais il était également appelé à la réparation d'un pont, creusement d'un puit ou réparation des murs du chateau. Au fil des ans, les besoins en argent des seigneurs s'accrurent en parti à cause de l'enrichissement général. Le paysan quand à lui obtenait des revenus en vendant au marché les produits qu'il ne consommait pas. Cela modifiait la condition du serf qui pouvait aussi s'affranchir des corvées et réquisitions militaires en échange d'une somme d'argent versée au seigneur. On passa ainsi du servage au fermage. Le propriétaire louait la terre au paysan qui l'exploitait à son compte et se devait obtenir de quoi payer le loyer et nourir sa famille. Le paysan représente 95% de la population médiévale ; il est le fondement de l'activité économique de la civilisation européenne. Les artisans et commerçants firent la prospérité des villes mais ce sont les paysans qui nourissaient les citadins. Le travail de la terre est pénible et laborieux mais il s'améliore et permit à l'Europe de se transformer. Au Moyen Age, la séparation entre ville et campagne était moins nette qu'aujoud'hui. Autour des remparts de la ville s'étendaient champs et prés mais le développement technique avec l'essort du commerce, de l'artisanat et des travaux intellectuels en ville, de l'élevage et de la culture en campagne, entraîna une séparation plus marquée. La vie des paysans épousait le rythme des saisons, les mêmes travaux se répétant d'une année à l'autre. Les transformations à la campagne étaient moins visibles et moins nombreuses et surtout moins rapides qu'en ville. La vie citadine dans les villes favorisait les contacts entre les individus, la diffusion des connaissances techniques et intellectuelles. L'habitant des villes apparaissait moins soumis aux contraintes de la nature.

Labour, semaille, récolte... se succèdent à l'image des saisons. Les mois de l'année sont un motif fréquemment représentés au Moyen Age et chaque mois est représenté par les activités agricoles de la saison. Au début du Moyen Age, l'Europe était une étendue inculte et sauvage, appauvrie par les invasions barbares des Ve et VIe siècles. Les transformations de ce continent sont le résultat du labeur ininterrompu commencé à l'époque médiévale et en particulier le défrichement par le feu ou la hâche. La terre appartenant au seigneur était divisée en deux parties : la réserve domaniale de dominus - maître, en plus du château et de la résidence seigneuriale, comprenait les champs, les vignes, les pâturages, les forêts terrains de chasse des seigneurs, également le village installé autour du château avec le four, le moulin et les artisans tels que le scellier et le forgeron ; les manses : le reste du domaine était divisé en manses - ou tenures, attribuées selon leurs étendues à une ou plusieurs familles paysanes. La manse était la cellule fondamentale de l'économie agraire au Moyen Age. Le serf disposait du produit du potager ainsi que de la basse-cour et du porc, l'une des seules sources de protéines animales ; le mouton étant réservé à la laine et le boeuf pour le trait. Le serf avait également le droit de faire paître ses bêtes sur les champs en jachère - terres non cultivées. Pour éviter l'appauvrissement des sols, les agriculteurs de l'Antiquité avaient institué le système de rotation biénale : un champ semé en céréales était laissé en jachère l'année suivante, il était labouré mais non semé et servait de pâturage. Au Moyen Age, la rotation devint triénale : champ cultivé en céréales la première année, puis en légumes la seconde année avant d'être laissé en jachère la troisième année. La production augmente de 50%, le paysan pouvait vendre ses excédents et améliorer sa condition précaire. La technique permit l'amélioration des outils agricoles - araire, charrue, herse, houe, faucille...

L'époque médiévale fut marquée par de nombreuses famines en Occident dans de nombreux royaumes et principautés du XIe siècle et la peur de la famine a marqué l'imaginaire occidentale - recours à l'assistance et à la charité.

"Heureux les simples d'esprits (les pauvres) car le royaume des cieux leur appartient". Nous constatons que les pays où les pauvres se comptent par dizaines de millions sont le plus portés vers le catholicisme - pour exemple: le Brésil.

"De la peste, de la famine, de la guerre, délivrez-nous seigneur". Il semblerait que pendant les trois siècles, il ait été atteint de surdité tant ces trois fléaux ont visité ces générations de pauvres gens. Ce fut bien une prière qui devait marquer l'époque médiévale.

Comme le remarque Fernand Bredel (1902-1985), historien français, apôtre du "temps long" : "Des siècles durant, la famine revient avec une telle insistance qu'elle s'incorpore au régime biologique des hommes. Elle est une structure de leur vie quotidienne".

Ces famines peuvent être vues comme des manifestations paroxysmiques d'une sous alimentation chronique et généralisée. La famine touche intégralement les populations, clercs et nobles étant souvent à l'abri de cette menace et des épidémies qui leur sont corrélatives. Les famines sont moins à craindre dans les villes qu'en milieu rural puisque les citadins pouvaient faire des stocks de céréales et possédant déjà la technique de la salaison leur permettant d'attendre des jours meilleurs.

Le sort des paysans - "Ils traînent tant de douleur et de peines, ils endurent de grands tourments : la neige, la pluie et le vent, travaillant la terre de leurs mains" Benoît de Saint Maur

Les taxes et les corvées - "En août, ils font la moisson du blé, ils ne peuvent prendre leurs récoltes qu'après que le seigneur ait pris sa part. En septembre, ils doivent donner un porc sur huit. En octobre, ils paient l'impôt. Au début de l'hiver, ils doivent la corvée. A Pâques, le paysan doit donner des moutons et faire une nouvelle corvée de labour. Il doit aussi couper les arbres. Quand il va au moulin et au four, il doit payer encore" - d'après la complainte de Vilain de Versons

"Les manses paient 20 deniers en deux termes, 10 à Pâques, 10 à la Saint Martin plus un poulet (?)... Au printemps, le détenteur du lot laboure deux arpents (des terres du seigneur) et les sème avec la semence (du seigneur). Il laboure la même surface en juin et en automne (...) Celui (qui héritera) d'une manse donnera 5 sous (...) Si un homme (du seigneur) épouse une femme d'ailleurs, après sa mort, ses biens seront confisqués par le seigneur et le tiers sera seulement remis à ses enfants et à sa femme" - origine du texte non précisé

"En échange de la sécurité qu'il procure, le maître exige [...] des manants vigoureux [...] Il attend surtout qu'ils contribuent à la dépense publique par des travaux manuels, des corvées. Ce sont les paysans qui creusent les fossés, élèvent la motte, coupent et plantent les pieux des palissades. On a calculé que pour édifier un petit fortin, une cinquantaine de manoeuvres devait travailler 50 jours durant" G. Dubuy, Histoire de France, le Moyen Age (1987)

Les femmes au Moyen Age - Les femmes au Moyen Age participent à la vie économique. Elles travaillent notamment dans le commerce, dans le secteur du textile et dans l'alimentation - dans le petit commerce d'alimentation elles sont majoritaires ; les industries qui apparaissent comme le prolongement d'activités domestiques leur sont plus ou moins réservées : la boulangerie, la fabrication de la bière, l'industrie laitière. En campagne, elles aident également leurs époux en participant à la moisson et à la fenaison. Lingère, bonnetière, couturière, tavernière, blanchisseuse, sont les métiers occupés par les femmes au Moyen Age, tout en n'étant pas l'égal des hommes. Leur salaire était très inférieur à celui des hommes, le travail à domicile qu'aucune organisation ou corporation ne défendait accusait des rémunérations particulièrement basses tant à la ville qu'à la campagne.

L'Eglise considère la femme comme l'instigatrice du péché originel, on la soupçonne de porter l'hérésie, de porter le poison, le maléfice. Le sexe féminin est considéré comme impétueux, incapable d'assouvissement et dévorant. Les chevaliers n'ont qu'un seul remède pour ces corrompues et ces corruptrices "Eve" : le mariage. Ce dernier désarme la femme totalement en la rendant mère. Pour elle, une grossesse n'attend pas l'autre et ce avec une malchance sur deux d'en mourir. Ceci favorisant la polygamie. Le modèle du mariage chrétien, basé sur une relation monogamique indissoluble, est une invention médiévale qui date du XIIIe siècle. Il s'agit en théorie d'un mariage unique avec consentement des deux personnes et sans possibilité de dissolution. La théorie fut souvent bien différente de la réalité. Ce sont les familles - parents, qui unissent les enfants et ce dès l'âge de 12 ans pour les femmes [?] et 14 ans pour les hommes. Les jeunes couples qui se marient sans le consentement des parents courent le risque d'être déshérités, autant du côté des classes inférieures que du côté des classes élevées. Le choix des parents dicte les liens matrimoniaux.

Il faut faire une distinction entre les différentes classes sociales. Le mariage est un moyen de renforcer les alliances pour la noblesse, un moyen d'assurer et renforcer le capital pour la bourgeoisie et dans ces milieux, le mariage est souvent un arrangement entre familles. Chez le peuple, point de soucis et les mariages d'amour sont plus fréquents. Au Moyen Age, on n'autorise les césariennes que sur les corps décédés, ce qui fait que bien des femmes meurent en couche. Cela se résume donc en gros par un gros taux de mortalité : la fausse couche étant un gros risque de décès. Certaines grossesses ne pouvant être décelées très tôt et l'infanticide et l'abandon d'enfants étant les deux méthodes les plus répandus pour se défaire des enfants non désirés.

Le métier de la prostitution existe et, pendant le Moyen Age, l'Eglise contrôle la prostitution qui est une chose légale. Interdiction cependant aux religieuses, aux femmes mariées et aux enfants de s'y livrer. En général, les filles de famille, victimes d'un viol ou d'une grossesse clandestine et celles qui n'ont pu trouver du travail, finissent par y accéder. L'Eglise considère ces femmes comme des "brebis égarées" et non comme des "filles perdues". Le pape Innocent III dans une bulle de 1198 promet la rémission des péchés aux hommes qui épouseraient une fille de joie.

Que dire, que penser de ces gens d'Eglise capables de rabaisser la femme qui représente la moitié de l'humanité comme une entité rassemblant tous les maux de l'enfer ? Comment ces hommes, seuls censés cultiver l'érudition, pouvaient-ils d'une façon si brutale ânonner de telles accusations? Ne sont-ils pas censés aimer leurs prochains, peut-être considèrent-t-il la femme comme l'outil de la reproduction de l'espèce humaine, le péché originel étant source de vie... Sont-ils sortis de l'hospice après abandon de leurs parents ? ou un seul d'entre eux a-t-il eu dans son enfance une maman qui s'est penchée sur son berceau? Comment peut-on vivre toute une vie en ne fréquentant que la moitié du genre humain : l'homme? Ne sont-ils pas responsables tout au long des temps féodaux d'avoir planifié, organisé un système politique qui a permis à quelques petits milliers d'hommes d'asservir l'ensemble de la population d'un Etat-nation nouvellement créé pour assouvir la soif de pouvoir, la jouissance de privilèges et avantages à l'exclusion de tous les autres ? "Ce dieu tyran, cruel monarque imaginaire. Sous le spectre odieux du pouvoir arbitraire devaient courber nos fronts" Delille Les autres, femmes, enfants et hommes du peuple, sous le prétexte anodin de protection contre d'éventuels agresseurs ou envahisseurs, le roi, le seigneur ou le comte étant le plus souvent le va-t-en guerre responsable de ces tueries qui n'épargnaient personne, étaient assujettis pour ne pas dire asservis.

Vers l'an 800, à l'époque de Charlemagne, la population était estimée à 8,8 millions. En 50 ans, entre 800 et 850, la chute est vertigineuse puisqu'on estime qu'au milieu du IXe siècle sous le règne de Charles le Chauve, elle atteint à peine 5 millions. Au début du XIIIe siècle, vers 1200, la population retrouve les chiffres atteints à la fin de l'Empire romain - vers l'an 400, époque marquée par l'invasion des Barbares mais qui ont fait beaucoup moins de victimes que les guerres féodales, les épidémies et les famines. Ces famines ont dessimé notre population. Le droit divin était alors seule protection pour le roi et ses vassaux.

Ces trois siècles tant glorifiés par les exploits de nos seigneurs et chevaliers par les livres d'histoire qui se sont contentés de l'histoire de ces grands de la France alors que les peuples et ces millions d'habitants sont restés des anonymes qui ont hurlé de désespoir tout au long de leur misérable vie. Les larmes de ces manants et manantes, de ces vilains et vilaines, de ces serfs et serves pourraient à elles seules remplir le lac Léman. Malheureusement, à cette époque, la population non instruite formatée par la religion catholique instrument du pouvoir, ses interdits et ses espérances dans une vie meilleure dans l'au-delà, était désarmée et ne pouvait réagir.

A la fin de cette saga, j'aurai certainement à vous expliquer que bien que l'on ne puisse comparer un SDF de nos jours à un miséreux de ces temps lointains, il est toujours question de la différence de ceux qui se servent de couverts en argent contre ceux utilisant la cullière en bois, que ce que l'on enfourche dans le minois de chérubin d'un riche n'est pas la bouillie ingurgitée par la bouche d'un enfant de pauvre, que le mode de vie qu'auront les petits-fils de Giscard d'Estaing ne seront pas celui de Me X qui nettoie les toilettes à Sud Aviation, que l'expression "protection du citoyen" est le mot clé qui ouvre la porte du pouvoir au XXIe siècle, à croire et je veux bien le croire, que la France est devenue un pâturage où paissent un immense troupeau de moutons gardé par des chiens dressés par leurs frères plus subtils qu'eux : les loups*.

* les loups : le terme est inapproprié car c'est faire injure à ce noble animal que de leur comparer les hommes de pouvoir - subtil, Petit Robert - une opinion subtile et nuancée qui comporte toujours quelques vagues soupçons d'hypocrisie, ceci ne s'adressant pas évidemment aux loups

prochain article à venir : la monarchie tempérée 1285-1589 ; la monarchie absolue 1589-1789

source de ces trois articles : "Les institutions françaises, naissance et évolution 481-1789' in www.anaxagora.net "collection connaissances et logiques institutionnelles" de Mle Valérie Ladegaillerie

le 9 janvier 2010

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