Monarchie absolue et peuple français

Valéry met le doigt sur cette anomalie qui consiste à ce qu'un nombre restreint d'individus décident du devenir de l'ensemble de la population terrestre, il utilise des mots élégants; pour ma part, j'utiliserai un vocabulaire plus réaliste, à savoir des mots avilissants tels que exploiteur, immoral, affabulateur (se servant de contes et fables datant de l'invention de l'écriture 5000 ans), inquisitorial, affameur, châtieur de faibles et des opprimés, égoïste et malfaisant, et dans certains cas dont l'Histoire est largement pourvue provocateur de misère et de tuerie indigne d'être humain. Notre siècle se trouve être l'objet du plus grand génocide dû à une guerre économique sans précédent laissant des dizaines de millions de morts chaque année à même le sol qui les a vus naître.

LA MONARCHIE ABSOLUE (1589-1789)

La monarchie dite absolue caractérise la France du XVIIe siècle. Par monarchie absolue, les historiens désignent un système où le roi gouverne seul au nom de la nation toute entière mais reste soumis à la loi, entendue suis generis et doit respecter les privilèges de ses sujets ; régime qui se différencie du despotisme. L'émergence de l'absolutisme, préparé depuis Philippe IV qui institue une première centralisation au profit du pouvoir royal, se construit au cours du XVIe siècle jusqu'aux années 1660.


Avec l'avènement d'Henri IV, la France connaît un nouveau tournant institutionnel qui se concrétise pleinement avec le ministère de Richelieu lorsque celui-ci abaisse les prérogatives des Grands et impose une administration royale centralisatrice.


Louis XIV incarne la monarchie absolue, son règne personnel commence en 1661. Dès lors, l'image du roi prend une dimension hors du commun entretenue par une série de cérémonies solennelles, comme le sacre ou le lit de justice. Le roi et le peuple ne font qu'un.


Il est souverain, juge, législateur et gardien de l'ordre du territoire placé sous sa domination. Il est le chef d'un Etat royal qui désormais se définit comme un Etat de droit.


A la fin du XVIIIe siècle, les Français semblent trouver leur position d'autant plus insupportable qu'elle devient meilleure. Plus l'an 1789 approche et plus vive est la sympathie pour les misères supportées par le peuple à travers les déclarations du roi, de l'administration ou des Parlements et les classes éclairées n'hésitent pas à blâmer publiquement les injustices dont souffre le Tiers-Etat.


Il faut cependant observer qu'en 1789 existe une volonté vive d'implanter durablement des institutions libres et démocratiques mais que le débordement de la Révolution française conduit à un retour à la centralisation et à un pouvoir absolu.

LA DYNASTIE DES BOURBONS OU L'ABSOLUTISME ROYAL

 
Avec HENRI IV (1553-1589-1610) fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, reine de Navare, descendant de Robert de Clermont, le sixième fils de Louis IX, c'est la dynastie des Bourbons qui s'installe. le 18 août 1572, il se marie avec Marguerite de Valois sœur de Charles IX et d'Henri III. L'on considère son mariage décidé après le traité de Saint-Germain comme un signe d'apaisement entre les deux communautés religieuses. Une semaine plus tard, lors du massacre de la Saint-Barthélemy, Henri IV sauve sa vie, abjure sa foi et se laisse convertir au catholicisme. Otage au Louvre trois années durant, il s'enfuit en février 1576 pour retrouver ses Etats du Sud-Ouest, abjure la religion imposée et prend la tête des armées huguenotes.


La mort du duc d'Anjou fait de lui l'héritier direct de la Couronne (1584). La menace de voir sur le trône de France un hérétique ranime la Sainte Ligue menée par les Guise qui s'allient au roi d'Espagne. Henri III laisse Paris aux ligueurs (1588), fait assassiner les Guise et se réconcilie avec Henri de Navarre. Il le reconnaît comme successeur légitime peu de temps avant d'être assassiné. Les ligueurs s'allient à Philippe II d'Espagne mais Henri IV s'impose par de nombreuses victoires et assiège Paris.


Vainqueur de la Ligue, le roi de Navarre prononce son abjuration à Saint-Denis le 25 juillet 1593 et, le 17 février de l'an suivant, converti au catholicisme, se fait sacrer à Chartres avant une entrée triomphale à Paris, le 22 mars 1594. Pendant quatre ans, il soutient les hostilités contre l'Espagne et les Ligueurs.
Lorsqu'il arrive au pouvoir, Henri IV trouve un royaume en ruine, de nombreux villages abandonnés suite aux guerres de Religion, du chômage dans les villes, des bandes de pillards saccagant le pays, plus de commerce en raison des routes et des ponts coupés, une autorité royale quasi inexistante... et des gouverneurs de provinces qui tiennent ouvertement tête au roi.


Relativement à la politique intérieure, Henri IV reprend l'œuvre de renforcement de la monarchie amorcée avec Philippe IV puis continuée sous François Ier. Il restaure l'autorité de l'Etat et le pouvoir monarchique. Henri IV, pacificateur du royaume, affermit son autorité, ne convoque pas les Etats généraux, limite le droit de remontrance des Parlements, exclut des affaires les princes de sang et les grands seigneurs, restreint les pouvoirs des gouverneurs de provinces, bride avec les intendants les autorités locales. Il réduit le nombre de ses conseillers à douze. L'édit de Nantes réalise la pacification religieuse du royaume et met un terme aux guerres de Religion.


Selon Sully, la dette, dont il exagère peut-être le montant, se monte à 296 millions de livres, dont le quart est dû à l'étranger (1598). Il altère les monnaies, augmente les impôts indirects, notamment la gabelle de 25% mais diminue les impôts directs - en particulier la taille pour les paysans ; pour donner à l'Etat une recette permanente, il institue l'impôt de la paulette, entendu comme l'obligation pour les officiers royaux de verser chaque année un droit égal à 1/60 de la valeur de leur charge ; mesure qui facilite la vénalité et l'hérédité des charges. Au départ facultative et temporaire, la paulette se renouvelle tous les neufs ans procurant ainsi à l'Etat un revenu régulier. Il fait également restituer une partie des sommes dérobées par les seigneurs et empêche les gaspillages, rembourse une partie de la dette, met le budget en équilibre et accumule une réserve d'or ; il lui arrive même de refuser au roi les sommes qu'il demande. Il finit par assurer à l'Etat un revenu d'environ 30 millions de livres par an.


Sully remet en état les routes et les ponts et fait creuser le canal de Briare pour relier la Seine à la Loire. C'est aussi l'époque de grands travaux puique Henri IV fait agrandir le Louvre et les Tuileries, crée la place Royale actuelle place des Vosges (1605), transforme la Cité et Saint-Germain, fait achever le Pont-Neuf puis l'Hôtel de Ville, l'hôpital Saint-Louis ; la place Dauphine est construite en l'honneur du futur Louis XIII et la construction de nombreux châteaux pour ses maîtresses, dont les plus célèbres sont Gabrielle d'Estrées avec qui il a trois enfants et Henriette d'Entraygues.


Relativement à la politique extérieure, Henri IV passe outre les propositions du duc de Sully qui, méfiant craint que l'industrie développe le goût du luxe et détourne les paysans de la terre alors que le roi y voit une source de richesse pour la nation. Il s'occupe de l'exportation des produits français, fonde et subventionne des manufactures de tapis et de tapisseries comme les Gobelins à Paris, de verreries en cristal... ou de toiles fines. Il favorise la colonisation, la conquête pacifique et l'essor de la marine marchande et des Compagnies au long cours, bien que l'argent lui fasse défaut. Il renoue la tradition de la mainmise de la France sur le Canada. Sous son règne, le Canada et l'Acadie - région du Canada - sont ouverts à tous les marchands français ainsi qu'aux contrebandiers étrangers. Lorsque l'empereur revendique les terres que possède le duc de Juliers, Henri IV passe à l'offensive contre les Habsbourg en Allemagne, en Italie et en Espagne. Mais sa politique d'alliance avec les protestants d'Allemagne, de Suisse et des provinces unies pour attaquer les Habsbourgs déplaît aux catholiques.


LES GUERRES D'HENRI IV - guerres contre la Ligue. Pour accéder au trône, il abjure le protestantisme lui qui a 9 ans avait déjà changé trois fois de religion. Dans une déclaration du 4 août 1589, il indique qu'il respectera la religion catholique. Nombre de protestants le quittent dont la Trémouille et l'armée passe de 40 000 hommes à 20 000. Fatigué, il quitte le siège de Paris, les seigneurs ne voulant pas servir un renégat. Appuyés par l'Espagne, les Ligueurs relancent les hostilités. Ils se replient à Dièpe en raison de l'alliance avec la reine Elisabeth 1re d'Angleterre. Le 29 septembre 1589, il est victorieux de Charles de Lorraine lors de la bataille d'Arc. Rassuré par ce chef de guerre solide et humain, les nobles huguenots auxquels s'ajoutent ceux de Comti Monpensier, prince de sang, Longueville, Luxembourg et Rouan-Monbazan, ducs et pairs, les maréchaux Biron et Daumont et nombre nobles de Champagne, Picardie, Ile-de-France. Il échoue à Paris mais reprend Vendôme et veille à ce que les églises restent intactes, ce qui lui vaut de rentrer dans toutes les villes entre Tours et Le Mans sans combattre. Il bat à nouveau les Ligueurs et les Espagnols à Ivry le 14 mars 1590. Il rétablit l'Edit de Nantes (ne pas confondre avec celui de Nantes) pour apaiser les protestants qui lui reprochent de ne pas leur donner la liberté de culte. Le duc de Mayenne, en guerre contre Henri IV, convoque les Etats généraux en janvier 1593 pour élire un nouveau roi mais il est déjoué et les Etats généraux négocient avec le parti du roi. Henri IV en fin politique choisit d'abjurer le 4 avril 1592 par un débouché connu sous « le nom d'expédient » la foie calviniste et d'être instruit dans la religion catholique. Il abjure solennellement le protestantisme le 25 juillet 1593 en la basilique de Saint-Denis. Il multiplie promesses et cadeaux pour un total de 25 millions de livres. L'augmentation d'impôt consécutive (2,7 pour la taille) provoque la révolte des Croquants dans le Poitou, Saintonge, Limousin et le Périgord. Henri IV est sacré le 27 février 1594 en la cathédrale de Chartres, Reims étant aux mains des Ligueurs. Son entrée à Paris et l'absolution accordée par Clément VIII lui assurent le ralliement de la noblesse française et du peuple. Le 15 juin 1595, il bat de manière définitive l'armée de la Ligue à Fontaine-Française.


La guerre contre l'Espagne : en 1595, Henri IV déclare la guerre à l'Espagne. Il éprouve d'énormes difficultés à repousser les Espagnols en Picardie. Amiens tombe et les troupes hispaniques débarquent en Bretagne où, gouverneur en Bretagne, Philippe Emmanuel de Lorraine, cousin des Guise, ne prend pas la cause du roi Henri IV. Encore une fois, la noblesse protestante lâche le roi. Sous l'influence de la Trémouille et de Bouillon, elle ne participe pas aux combats. Les protestants reprochent au roi de les avoir abandonnés. Réactivant leur organisation politique, les protestants vont jusqu'à saisir l'impôt royal pour leur propre compte. Henri IV soumet la Bretagne et reprend Amiens aux Espagnols et signe le traité de l'Edit de Nantes le 30 avril 1598. La paix de Vervinius le 2 mai 1598 entre France et Espagne renvoie, après plusieurs décennies de guerre civile, les protagonistes à bout de force vers la paix. Décembre 1599, Henri IV obtient l'annulation de son mariage avec la reine Marguerite de Valois et épouse le 17 décembre 1600 Marie de Médicis, fille du Grand duché de Toscane et de Jeanne d'Autriche. Le roi s'appuie sur le baron de Rosny, futur duc de Sully, le catholique Vileroy et l'économiste Barthélémy de Laffemasse. Les années de paix renflouent les caisses de l'Etat. Il met en place une politique d'urbanisme moderne et poursuit la construction du pont neuf, battit la place royale et la place Dauphine en l'honneur de son fils né en 1601. Sous son règne, les paysans se soulèvent dans le centre du pays et Henri IV doit intervenir à la tête de son armée. Par le traité de Lyon en 1601, le duc de Savoie cède à la France le territoire de la Bresse, du Bugey, les peuples de Jex et de Valronay et plusieurs possessions du duché de Savoie. Il doit faire face à plusieurs complots dirigés depuis l'Espagne et la Savoie. Il favorise l'entrée des Jésuites qui, pendant la guerre, avaient appelé à l'assassinat du roi, crée une caisse de conversion en 1598. La production agricole retrouve son niveau de 1560 en 1610. Le désir de paix est unanime et favorise la mise en place de l'Edit de Nantes. La reconstruction dans le Languedoc et dans le Nord de la France a un effet d'entraînement sur toute l'économie. La manufacture des Gobelins est créée, les arts et techniques encouragés. Les travaux d'agronomie de Trouscat jouent un rôle majeur dans l'histoire de la soie - des milliers de muriers sont plantés dans les cévennes et d'autres régions. Le premier canal reliant Seine et Loire (de Briare) de transports fluvials est creusé. D'autres projets sont hélas abandonnés à la mort du roi. La société reste néanmoins violente, soldats congédiés organisés en bandes écument les campagnes, poursuivies elles seront mise en déroute dans les années 1600. L'enlèvement des filles à marier provoquent des guerres privées et le roi doit intervenir. Henri IV soutient les expéditions navales en Amérique du Sud. Seule la mort du roi en 1610, a reporté le lancement du projet de colonisation lorsque Daniel de la Touche a découvert ce qui est aujourd'hui l'Etat de Marannao sur la côté nord du Brésil découvert en 1604. Les Portugais chassèrent les colons français en 1615. En 1626 et 1635, marchands et colons jetèrent leur dévolu plus au nord et fondèrent Cayenne en 1643. Une compagnie de France équinoxiale fut fondée à deux reprises en 1643 et 1645 sans succès. C'est seulement en 1670 que la colonie passe sous le contrôle de la couronne de France. 1608 fut le départ de la colonisation française en Amérique, Champlain est envoyé avec François Dupont-Gravet pour fonder Québec. Le 13 mais 1610, Henri IV meurt assassiné par Ravaillac.


A la mort d'Henri IV, pendant quatorze ans, le désordre s'installe dans le royaume : les nobles se révoltent... la population ruinée par les taxes tend à se révolter. Marie de Médicis, incapable de gouverner, assure la régence et accorde sa confiance à Concino Concini qui devient marquis, maréchal d'Ancre puis ministre. Elle entame une politique contre les protestants et limoge Sully. Au nom de la politique antiprotestante, le 30 avril 1611, le traité de Fontainebleau stipule que Louis XIII épousera Anne d'Autriche, ce qu'il est fait en 1615.


LA REGENCE ET LES PREMIERES ANNES DU REGNE DE LOUIS XIII (1601-1610-1643) se caractérisent par les révoltes des Grands et la tenue des Etats généraux (1614). Confident et favori du roi, nommé connétable, Albert de Luynes lutte contre de nouvelles révoltes des Grands : quatrième révolte, traité d'Angoulême (1619) et cinquième révolte, traité d'Angers (1620) ; contre les protestants, soulevés sous la conduite de Rohan, battus à Saint-Jean d'Angely. Le connétable meurt après avoir subi un échec au siège de Montauban (1621). Les protestants ayant voulu organiser une république dans l'Etat par l'organisation en huit cercles dirigés par les chefs du parti huguenot, Louis XIII proclame l'union des provinces réformées de France pour permettre à Condé de reprendre la guerre contre les protestants. Le siège de La Rochelle est entrepris. Armand du Plessis de Richelieu est né à Paris (1585). Evêque de Luçon, il se fait remarquer aux Etats généraux de 1614, aumônier de Marie de Médicis puis secrétaire d'Etat à la Guerre (1616), il est renvoyé par de Luynes en même temps que la reine-mère. Il faut attendre l'entrée de Richelieu au gouvernement le 13 août 1624 pour que progressivement se dégage une nouvelle politique dont le mérite revient incontestablement à ce dernier. Sa politique vise essentiellement à éliminer les protestants, épurer les mœurs, imposer la monarchie absolue à une noblesse domestiquée et faire barrage à l'expansion des Habsbourgs en Europe.


Maitre à l'intérieur du royaume, Louis XIII tourne son armée contre la maison d'Autriche : la guerre de Trente Ans (1618-1648) dans laquelle les protestants et les nobles allemands luttent contre la maison d'Autriche. Le roi de France soutient les Allemands tant en conseils qu'en subsides. A la mort du roi de Suède allié des Allemands, la France entre en guerre.


La guerre de Trente Ans se complique alors d'une lutte acharnée de la France contre l'Espagne (1635). Richelieu assure à la France un grand nombre d'alliés et reprend aux Espagnols la ville de Corbi occupée (1636). Présent dans cette guerre au nom de l'intérêt de toute l'Europe à l'affaiblissement de la maison d'Autriche, il poursuit la conquête des frontières naturelles de la France : à sa mort, il a repris aux Espagnols, l'Artois dans le Nord, le Roussillon au Midi et l'Alsace aux Allemands (1642).


Louis XIII meurt à Saint-Germain en Laye le 14 mai 1643, d'une péritonite, soit trente-trois ans jour pour jour après l'assassinat de son père et quelques mois après Richelieu (4 décembre 1642).


LOUIS XIV FILS D'ANNE D'AUTRICHE ET DE LOUIS XIII

 
La reine-mère Anne d'Autriche assure la régence. Anne d'Autriche, à qui le testament du roi accorde la régence munie de l'assistance d'un conseil, le fait casser par le Parlement et devient investie de la régence avec la plénitude du pouvoir royal absolu. Elle choisit le cardinal Mazarin pour ministre. En 1639, Richelieu le distingue et le fait naturaliser Français avant de lui obtenir deux ans plus tard la dignité cardinalice. A son arrivée aux affaires, la situation politique et financière de la France est désespérée, des soulèvements ont lieu dans tout le royaume, le Trésor est vide et il doit recourir à des expédients à savoir des ventes d'offices, des emprunts et des taxes de toutes sortes. Il s'entoure de ministres comme le surintendant des Finances Fouquet, le secrétaire d'Etat à la Guerre Le Tellier et le diplomate Hugues de Lionne. Mazarin termine la guerre de Trente Ans par le traité Westphalie (1648), triomphe de la Fronde tentée par le Parlement et suscitée par la noblesse, impose à l'Espagne le traité des Pyrénées (1659). Le 9 juin 1660, Philippe IV propose à Louis XIV la main de l'infante Marie-Thérèse qu'il épouse.


Mazarin meurt le 9 mars 1661 à Vincennes, c'est alors que commence le règne personnel de Louis XIV à qui la postérité décernera malgré tout le titre de Louis le Grand. Lors du Conseil du 9 mars 1661, Louis XIV qui a une haute idée de ce qu'il appelle son « métier de roi » affirme qu'il entend désormais gouverner par lui-même. Il ne veut ni des Etats généraux, ni des assemblées de notables, ni du Parlement, ni même de premier ministre.


L'état du royaume est catastrophique : la France est engagée depuis 1635 dans la guerre de Trente Ans contre l'empire des Habsbourg et l'Espagne, exigeant un effort fiscal considérable, générant des révoltes populaires grandissantes.


Très marqué par la Fronde, Louis XIV veut ôter aux Parlements toute possibilité de jouer un rôle politique et désormais les cours souveraines n'ont plus droit qu'au titre de cours supérieures. Il désire domestiquer la noblesse qui continue dans la première partie du XVIIe siècle de représenter un danger pour le pouvoir royal dans la mesure où les grands seigneurs persistent à se comporter en féodaux et supportent mal d'être écartés du gouvernement. Dans le même ordre d'esprit, il tente d'instaurer un ordre public.


En effet, à Paris, on assassine quotidiennement ; aussi, il crée la charge de lieutenant de police de Paris dont le premier titulaire est La Reynie qui inaugure l'éclairage des rues... et fait raser la cour des miracles (1667).


Le Conseil du roi se divise en Conseil des Dépêches, Conseil des Finances, Conseil du contentieux financier, Conseil des Parties et le Grand Conseil. Le Conseil du Commerce créé par Colbert, le Conseil de la Guerre sous l'influence de Louvois et le Conseil de conscience pour les affaires ecclésiastiques, l'assistent. Collaborent avec le roi les secrétaires d'Etat choisis hors de noblesse car Louis XIV veut « partager l'exécution de (ses) ordres entre plusieurs personnes, afin d'en réunir toute l'autorité en la (sienne) seule ». Louis XIV considère que « le métier de roi est grand, noble, délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il s'engage ».


Le plus grand ministère du règne de Louis XIV est assurément Colbert. Recommandé par Mazarin au roi, chargé dans un premier temps de la surveillance de Fouquet, il reçoit la direction de la Marine. Fouquet arrêté, Colbert entre au Conseil d'En-Haut, est nommé ministre des Finances avec le titre créé pour lui de contrôleur général (1665), devient ensuite secrétaire d'Etat à la Maison du roi puis à la Marine (1669). De facto, il s'occupe de tout à l'exception de la Guerre et des Affaires étrangères.


Son activité économique est étonnante : il développe les industries existantes, en implante de nouvelles pour lesquelles la France est tributaire des pays étrangers à l'exemple de l'acier venu de Suède et d'Allemagne ; fait accroître la production afin de vendre à l'extérieur du royaume... développe les manufactures d'état ou privées mais bénéficiant de privilèges et de subventions. Il impose aux industriels des obligations strictes, réglemente la fabrication, révise les statuts des corporations et diminue le nombre des métiers libres. Relativement au commerce et aux colonies, il encourage les armateurs français par des primes ; crée des arsenaux, aménage les ports de Rochefort, Sète, Lorient et Brest ; crée des compagnies de commerce mais seule la compagnie des Indes orientales subsiste à la fin du règne et fonde les deux comptoirs de Pondichéry et de Chandernagor ; il met en valeur les Antilles françaises et le Canada, établit des comptoirs au Sénégal et acquière l'île Bourbon, l'île de France - la Réunion et l'île Maurice. Relativement aux Finances, la tentative de Colbert concernant l'impôt est dès le début voué à l'échec.


Bien que Colbert lutte contre le gaspillage, réduit les bénéfices de ceux qui lèvent les impôts indirects et met le budget en équilibre pendant quelques années, les guerres, la construction de Versailles et les fêtes... les pensions aux courtisans engloutissent le produit des impôts. Il en résulte une pénurie numéraire, une baisse des prix et une diminution des bénéfices. Louis XIV est dans l'obligation de recourir à des expédients, tels la mise en valeur de milliers d'offices nouveaux, d'emprunts nouveaux qui viennent accroître un peu plus la dette, la création de deux impôts nouveaux ou l'altération des monnaies. Il faut observer, qu'à sa mort (1715), la livre vaut 43% de sa valeur sous Henri IV (1600).


Conserver les traditions gallicanes est un des objectifs de politique intérieure de Louis XIV. Personnifiant le gallicanisme, Louis XIV met l'Eglise de France dans sa main et comme le souligne Fénelon « Le roi est beaucoup plus chef de l'Eglise que le pape » en vertu de son droit de régale, de son choix des membres de l'épiscopat, de la distribution des bénéfices dans le royaume, de son ingérence dans les questions de discipline et de culte. Louis XIV lutte contre les Jansénites et, en accord avec le pape, contraint tous les ecclésiastiques de France à signer un formulaire condamnant comme hérétiques les cinq propositions attribuées à Jansénius. La lutte contre les protestants, au nombre d'environ un million en France, renaît et aboutit à la révocation de l'édit de Nantes.


L'intérêt pour les colonies françaises de Louis XIV est grand. En octobre 1661, Pierre Boucher arrive à Paris et expose l'état désespéré de la Nouvelle-France - Canada - qui, en mai passe en toute seigneurie et propriété à la Compagnie des Indes occidentales. Il envoie contre les Iroquois le régiment de Carignan et grève à cet effet sur le Trésor une somme de 234 074 livres. De 1667 à 1672, son allocation annuelle ne se chiffre jamais sous les 300 000 livres et il procure à la colonie environ 4 000 nouveaux colons. Il accorde même aux familles de dix enfants une pension de 300 livres et de 400 livres à celles de douze enfants. En 1674, le roi de France reprend la colonie à la Compagnie des Indes occidentales mais la guerre de Hollande l'oblige à réduire ses subsides.


LES GUERRES DE LOUIS XIV. La politique extérieure de Louis XIV se résume à assurer la prépondérance de la Couronne de France sur l'Europe bien qu'il limite son action militaire à la défense des frontières septentrionales et orientales selon la stratégie du pré carré théorisée par Vauban quelques années plus tard. Il tente de limiter l'essor de la puissance des Habsbougs qui menacent la France sur les fronts de l'Espagne et de l'Empire. Pour ce faire, il lui faut une armée forte. En 1664, les Anglais enlèvent à la Hollande sa colonie des Pays-Bas en terre américaine. La guerre maritime est féroce et, en janvier 1665, les deux flottes ennemies se détruisent mutuellement à la grande satisfaction du roi de France. La paix est signée le 31 juillet. L'Angleterre se doit de restituer à la France, l'Acadie et Cayenne.


La même année, Louis XIV, revendiquant le droit d'héritage de son épouse Marie-Thérèse, envahit les Pays-Bas espagnols et s'empare de Lille en août. Sur le refus du roi d'Espagne Charles II, Turenne occupe la Flandre et Condé, la Franche-Comté. La Triple-Alliance entre l'Angleterre, la Hollande et la Suède inquiète de ces succès se mobilise contre l'offensive française et propose sa médiation au traité d'Aix-la-Chapelle (1668) ; traité où le roi de France obtient d'annexer une dizaine de villes espagnoles dont Lille, Douai et Charleroi. Après avoir négocié la neutralité de l'Angleterre et de la Suède, Louis XIV lance ses armées contre les Provinces-Unies calvinistes : Turenne et Condé envahissent la Hollande (1672). Pour sauver leur indépendance, les habitants ouvrent les écluses, crèvent les digues et portent au pouvoir le prince Guillaume d'Orange qui unit l'Autriche, l'Espagne et l'électeur de Brandebourg. Cependant, Vivone et Duquesne battent la flotte hollandaise en Méditerranée, Turenne dégage l'Alsace envahie par les impériaux, la Franche-Comté et une nouvelle partie de la Flandre occupées. Les traités de Nimègue signés en 1678 et 1679 mettent un terme au conflit. La Hollande ne perd aucun territoire, l'Espagne cède la Franche-Comté ainsi que plusieurs villes des Pays-Bas espagnols, telles que Valenciennes et Cambrai. La France occupe désormais la Lorraine. Les traités de Westphalie et Nimègue indiquent que les territoires sont cédés à la France « avec leurs dépendances » à compter de la date de signature du traité. Mais Louvois suggère à Louis XIV d'annexer certaines régions, prétextant que jadis, à une date quelconque, celles-ci relevaient de ces territoires ; aussi le roi s'empare-t-il en pleine paix de Montbéliard, des villes de la Sarre, d'une partie du Luxembourg et annexe Strasbourg (1681).


La guerre contre la Ligue d'Augsbourg dure de 1688 à 1697. Guillaume d'Orange forme une ligue défensive avec les Provinces-Unies, l'Espagne, la Suède et plusieurs princes allemands (1686). Lorsqu'il devient roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume III, la Ligue se renforce de l'Angleterre puis de la Savoie. Louis XIV veut installer son propre candidat dans l'électorat de Cologne et riposte : la guerre commence avec une France isolée, sans alliée, contre l'Europe entière. Louis XIV, après neuf ans de guerre, se voit contraint de signer l'humiliant traité de Ryswick près de La Haye (1697). Le roi de France reconnaît officiellement Guillaume III comme roi d'Angleterre, conserve Strasbourg et Sarrelouis mais rend la quasi totalité des territoires annexées après le traité de Nimègue.
Suit la guerre de succession d'Espagne qui débute en 1701 et dure douze ans. L'empereur Léopold Ier et Louis XIV sont tous deux époux de princesses espagnoles, aussi la question se pose de savoir à qui échoit le trône d'Espagne de Charles II à sa mort. En 1700, Louis XIV s'entend avec l'Angleterre et les Provinces-Unies pour que la succession passe à l'archiduc Charles, deuxième fils de l'empereur Léopold Ier ; le Milanais, Naples et la Sicile, possessions de l'Espagne en Italie, seraient données au roi de France qui pourrait les échanger contre la Lorraine et la Savoie. Les Espagnols refusent le démantèlement de leur empire, Charles II choisit pour héritier le duc d'Anjou, l'un des petits-fils de Louis XIV qui prendra le titre de roi d'Espagne sous le nom de Philippe V.
Toute l'Europe se ligue contre la France qui subit de graves revers militaires, malgré la valeur de certains généraux comme Vendôme et Villars mais Louis XIV confie de grands commandements à des courtisans, souvent incapables, alors que les coalisés disposent de grands hommes de guerre, tels l'anglais Marlborough. L'Angleterre signe un traité d'alliance militaire et économique avec le Portugal (1703), s'empare de Gibraltar et occupe une partie de l'Espagne. Les Français sont chassés des Pays-Bas après la défaite de Ramillies (1706) et de la Flandre française, après celle de Malplaquet (1709). Les victoires de Vendôme qui au Sud chasse les Anglais d'Espagne (1710) et de Villars, au Nord, qui brise l'offensive préparée par Eugène de Savoie en direction de Paris ainsi que le retrait de l'Angleterre de la coalition en 1712, sauvent la France.


La guerre se termine par les cinq traités d'Utrecht (1713). Philippe V garde l'Espagne et ses colonies mais « renonce » en vain à tous ses droits à la Couronne de France. Les possessions espagnoles d'Europe sont données à l'empereur qui reçoit les Pays-Bas, le Milanais, la Sardaigne et Naples, au duc de Savoie qui reçoit la Sicile et prend le titre de roi. L'Angleterre conserve Minorque et Gibraltar, se fait accorder le monopole de la traite des Noirs dans l'Amérique espagnole et le droit d'envoyer chaque année dans la mer des Antilles, un navire chargé de marchandises. Elle contraint la France à détruire les fortifications de Dukerque sur la Manche le 13 avril 1714, à renoncer en Amérique à l'Acadie et à Terre-Neuve et à ne plus faire le commerce dans la baie d'Hudson. A Radstadt en Bavière, la France est confirmée dans la possession de Strasbourg et de Landau (1714). La France sort de ces guerres épuisée et endettée de deux milliards et demi.


Louis XIV meurt le 1er septembre 1715 résigné et repentant. Il laisse le trône à son arrière-petit-fils âgé de cinq ans, Louis XV à qui il dit : « J'ai trop aimé la guerre, ne m'imitez point en cela, ni dans les trop grandes dépenses... Prenez conseil en toutes choses. Soulagez vos peuples... ».

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site