Ne touchez pas à la laïcité !

L’on peut être scintillant, terne, érudit ou primitif, dévot ou agnostique, chacun a son zénith personnel à sa porte. Ne pas assimiler les associations culturelles qui reçoivent des subventions étatiques avec des associations à but dogmatiques ! " Il est impossible de prendre en considération les cas particuliers " Camus

Cas particulier opposé à l’intérêt général, ne se référant pas à un ensemble.

Etre laïc c’est être indépendant de toute confession religieuse." La laïcité c’est-à-dire l’Etat neutre entre les religions* " Renan

La connaissance de l’histoire de la laïcité en France apporte des éléments permettant d’appréhender plus facilement le fait actuel.

Premier seuil de laïcisation  caractérisé par la mise sous tutelle de l’Eglise par le pouvoir d’Etat :

. la Révolution française qui met fin à une monarchie de droit divin (la France ne se perçoit plus alors comme " la fille aînée de l’Eglise " ; observons que ce n’est "pas le baptême de Clovis qui fait de la France la fille aînée de l’Eglise" (dixit M. Sarkozy, discours de Latran) car ce titre est conféré plus d’un siècle après le baptême de Clovis par le pape Etienne II alors que Pépin le Bref, au prix d’une guerre sanguinaire contre les Lombards, donne leurs terres en dépouille au Pape, constituant l’embryon des Etats pontificaux.

. la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 qui introduit une rupture avec la nationalisation des biens du clergé

. le concordat de 1801 : création du mariage civil et de l’état civil

Divers éléments sociaux sont liés à cette évolution : la fragmentation institutionnelle où la religion est concurrencée par d’autres institutions telles l’école ou la médecine ; la reconnaissance de la légitimité sociale de la religion qui demeure une institution et assure un service public reconnu et la multiplicité des cultes (catholique, protestant, juif…).

Deuxième seuil caractérisé par une dissociation institutionnelle ; l’absence de légitimité sociale institutionnelle de la religion (les préceptes moraux de la religion ne sont ni imposés ni combattus par la puissance publique) et la liberté de conscience et de culte, liberté publique sans distinction entre les cultes reconnus et les cultes non reconnus :

. la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 qui met fin au Concordat de 1801 et donc au système des " cultes reconnus ". La loi dispose que " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes " mais " ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ".

Notons que Ferdinand Buisson dans son Dictionnaire de pédagogie rappelle que la laïcité doit concourir à " l’égalité de tous les Français devant la loi, la liberté de tous les cultes, la constitution de l’état civil et du mariage civil, et l’exercice de tous les droits civils assuré en dehors de toute condition religieuse ".

La question de la laïcité en France est réactivée par la présence d’une minorité musulmane qui déplace le problème. D’une laïcité combattant la religion catholique (la IIIe République illustrant cette conception avec le gouvernement d’Emile Combes où l’on doit être " républicain " et " anticlérical ", on passe à une laïcité protectrice d’un espace public qui se veut laïc.Apparaît-elle alors comme une limitation de la religion ? De fait, la liberté de conscience est réelle en France. Toutefois, elle se trouve confrontée actuellement à différents obstacles tels que la construction et le financement des lieux de cultes musulmans, exigence sociale. Point n’est besoin de créer une catégorie association culturelle/sociale/religieuse… pour accorder des subventions, afin que le financement des lieux de culte ne vienne pas de l’étranger, existe déjà une technique juridique éprouvée : le bail emphytéotique (bail de 99 ans qu’une commune peut accorder sur un terrain (et seulement sur un terrain) par exemple en vue de la construction d’une mosquée).

L’espérance religieuse occupe selon M. Sarkozy une fonction sociale conservatrice car :

" L’espérance dans un au-delà meilleur est un facteur d’apaisement et de consolation pour la vie d’aujourd’hui". Il juge la laïcité " positive " à condition de " valoriser " les religions. Sinon, elle lui apparaît comme " intégriste ". M. Sarkozy ne parle d’ailleurs pas au nom de tous les Français mais au nom d’une sensibilité catholique traditionaliste (église Saint Nicolas du Chardonnet) ; remarquons qu’à ce sujet " les racines chrétiennes de la France " (et de l’Europe) ne sont pas retenus dans les textes européens. Observons par ailleurs que seule la morale religieuse compte, ce qui revient à nier la possibilité d’une morale laïque. Lorsque l’on sait que M. Sarkozy est deux fois divorcé, non pratiquant et qu’il est pour le travail le dimanche " jour du seigneur ", on est surpris d’un tel attachement à la religion catholique ; j’écris bien " catholique " car il semble peu cas des autres religions.(Discours de Latran disponible sur le site de l'Elysée.)

Je refuse q'un jour sur ma carte d’identité ou un document administratif quelconque soit apposée une religion quelle qu’elle soit, que l’on fasse jurer sur la Bible comme il est de droit aux Etats Unis (obligation) ; qu’il soit imposer à nos descendants la prière à l’école et que l'on admette tout signe distinctif ostentatoire et religieux.

Le discours de Latran ne manque pas d’étonner. Il est véritablement effarant car M. Sarkozy nous impose une version officielle et tronquée de l’histoire de notre pays ; de fait, ce discours constitue une véritable instrumentalisation de l’Histoire. En effet, insister sur les " racines chrétiennes de la France ", supposées excellentes, revient à méconnaître la pluralité de nos héritages spirituels, à occulter que l’Eglise catholique s’est imposée par des massacres¤ etdes opérations guerrières, à savoir Innocent III (13e siècle) commande la croisade des Albigeois et massacre les Cathares; Clément V (14e siècle) déclare hérétiques les Templiers et donne son aval à de Philippe IV le Bel, qui voulait s'approprier leurs richesses, pour les faires brûler vifs ; Grégoire XIII (16e siècle) autorise le massacre de la Saint Barthélémy (le 24 août 1572) sous le roi de France Charles IX inspiré par Catherine de Médicis et avec l'aide de la Sainte Ligue  - guerre de religion suscitée en France par la Réforme (1562) et prit fin avec la proclamation de l'Edit de Nantes (1578) ; Innocent XI (17e siècle) soutient Louis XIV qui révoque l'Edit de Nantes (1685) accordé aux protestants ; Clément XI (18e siècle) persécute les Jansénistes (1713), les ayant condamnés comme hérétiques. Dans le même esprit, l’Eglise catholique s’est, dans un premier temps, opposée aux Droits de l’Homme, à la laïcisation de l’école, aux avancées sociales et aux lois émancipatrices du 20e siècle et, aujourd'hui encore, qu’elle est opposée à l’utilisation du préservatif, de la contraception, de l’ivg et du divorce.

M. Sarkoy considérant que la " République a intérêt " aux religions marque sa volonté de revenir à un état social et politique antérieur à la loi de 1905 qui ne reconnaît pas la religion comme étant d’intérêt public. Rappelons le titre du Monde du 21 décembre 2007 : " Nicolas Sarkozy veut remettre la religion au cœur de la vie de la cité ".

Relativement au discours de Ryad www.ambafrance.org.sa/IMG/discours.pdf Je ne m’étendrai pas sur le discours de Ryad, remarquons seulement que M. Sarkozy énonce alors qu’il " est complaisant à l’égard du fait religieux, de l’Etat religieux, en espérant que vous serez bienveillant à l’égard de ma personne et des produits dont je suis le représentant "les femmes musulmanes sous le joug de l’homme, les victimes de l’excision, du viol et de la lapidation apprécieront…), il suffit de rappeler que selon Amnesty International l’Arabie Saoudite est un des pays les plus en marge de la planète (Monarchie absolue contrôlée par la famille Saoud. Le 10 février 2005 sont organisées les premières élections démocratiques partielles : il s’agit d’élire 50% des conseillers municipaux de Ryad et de sa province, les autres étant désignés par le pouvoir – les femmes bien entendu sont exclues du corps électoral).

Si M. Sarkozy prétend faire de la religion un espace qui permettrait à la citoyenneté de s’accomplir et à l’individu de s’émanciper ( !), il est intéressant de noter que le Président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré énonce que " La laïcité est un élément essentiel de la République, c'est l'un des piliers de la République, cette séparation entre les églises et l'Etat et ce fait que l'Etat ne s'implique pas dans la vie des différentes églises… ".

M. Sarkozy croit se trouver dans l’obligation de retourner à l’église " la monnaie de sa pièce ", rapiécer les dégâts causés à celle-ci par la Révolution de 1789 et tâcher de rendre la foi chrétienne aux " brebis égarées " que le bon pasteur ramène au troupeau moutonné** .

Je signale à M. le Président de la République que des centaines de milliers de personnes en France attendent un abri pour vivre décemment en famille. Les populations primitives vivaient, elles, pour le moins dans une hutte faite d’osier et de roseaux pour s’abriter.

Le chef de l’Etat voudrait-il retourner à une époque antérieure où " l’ordre moral " régissait la France, où les mœurs et coutumes étaient encadrées strictement par la religion, à l’instar de Napoléon – et c’est bien là le seul point commun entre eux à mon humble avis – qui est revenu sur de nombreux acquis de la Révolution française, notamment en ce qui concerne le droit des femmes. En effet, la Révolution accorde aux femmes des libertés que Napoléon, grâce au Code civil, leur retire. Le Code civil assimile la femme à un mineur, à savoir un " incapable juridique " et la place sous la tutelle de son époux. Il faut attendre la loi du 13 juillet 1965 pour que la femme retrouve une capacité lui permettant de travailler sans l’autorisation de son époux, d’ouvrir un compte en banque ; puis, quelques années plus tard, de disposer de son corps avec la loi Neuwirth (1967) autorisant la contraception, la loi Veil (1975) autorisant l’IVG… les lois des années 90 permettant à la femme de ne pas être contrainte de rembourser les dettes inconsidérées de son époux ou celle niant la qualité de " chef de famille " du père.

* Religions dites primitives : animisme, chamanisme, fétichisme ; Religions grecques et romaines : ensemble des mythologies ; Religion celte : druidisme ; Religions d’Orient : bouddhisme, brahmanisme, indouisme, jaïnisme, tântrime, védisme, manichéisme, masdéisme, confucianisme, shintoïsme, taoïsme, judaïsme ; Religion chrétienne : christianisme ; Religion musulmane : islamisme ; Religion catholique apostolique et romaine : catholicisme ; Religion réformée : protestantisme.

Si l’ensemble des religions et des sectes reçoivent des subsides de l’Etat, grâce à l’assimilation association culturelle / association religieuse, il y aura beaucoup de monde au portillon.

** personnes crédules et passives qui se laissent facilement mener et berner.

¤ pour ne citer que quelques exemples français et sans oublier les exactions commises par toutes les religions dans ce vaste monde.

                                                                                                           le 2 février 2008

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×