Nos histoires: guerres civiles sans révolution; les Etats despotiques : révolutions sans guerre civile - Montesquieu

 

 

 

Le Serment du Jeu de Paume - David

A la lecture de ces documents – du volume La vie chère et le mouvement social sous la Terreur d’Albert Mathiez (1874-1932), précédemment publié dans la « Bibliothèque historique », éd. Payot (1927) – copyright Payot 1973 – vous vous rendrez compte combien l’usage de l’Histoire de la France peût être détournée de son contexte. Tout enfant, l’on nous a fait croire à l’impact sublime de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 octobre 1789 qui surgit au lendemain de la Révolution française. Je m’inscris en faux !… Les gouvernements qui suivirent et ce, jusqu’à nos jours, nous aurons tous roulé dans la farine. C’est la faim qui fomenta les révoltes qui firent chuter l’Ancien Régime ; la faim dûe aux moissons désastreuses et à la rapacité des prédateurs qui renchérirent en raison des circonstances le cours des substances de première nécessité. Le prolétariat s’est révolté. A la noblesse qui détenait les privilèges et le pouvoir politique succède la bourgeoisie. Marrat :« Qu’allons nous gagner à détruire l’aristocratie des nobles si elle est remplacée par l’aristocratie des riches ?». La Révolution a assuré d’emblée la promotion des bourgeois fortunés.

« L’intérêt du peuple, c’est le bien public ; l’intérêt de l’homme en place est un intérêt privé » Robespierre

Seriez-vous étonnés qu’il soit possible que nos élus et gouvernants en fussent arrivés à confondre l’intérêt de l’Etat avec ce qui est simplement leurs propres avantages ? Les Révolutions qui ont surgi ces derniers temps dans les pays du Magreb qui, vous n’en doutez point, ne m’ont guère surprises et qui feront vent de sable très prochainement chez leurs voisins, atteindront avant peu l’Extrême Orient et là, l’affaire sera autre. Au vue des populations fort nombreuses, Pakistan 160 943 000 hab., Indonésie 228 864 000 hab., je n’ose même penser que celles-ci atteindront la Chine 1 320 864 000 hab. et l’Inde 1 151 751 000 hab. où les victimes pourraient se compter en… Pour ces trois pays en voie de changement, Tunisie, Egypte, Libye, ces révolutions sont des « révoltes de la faim » - renchérissement des substances de première nécessité. J’ai bien vu quelques pancartes évoquant les Droits de l’Homme… comment peût-on parler de cette déclaration alors que l’on essaie de fuir le pays dont on vient de provoquer la chute des tyrans ? … Il faut rester et faire en sorte qu’une vraie démocratie s’installe…

Cet article se constituera de trois volets – La Révolution française (1789), La révolte du sucre et du café de Saint Domingue (1792), La révolte du pain (1792).

LA REVOLUTION FRANCAISE (1789) – "Ce qui dans un temps est une entreprise de héros devient dans d'autres une révolte de séditieux" Voltaire

A croire que la Révolution a eu lieu dans la salle du jeu de Paume et que la phrase de Mirabeau en eût été la seule joute, eh bien non, ce fût le détournement des révoltes de la faim qui se sont succédées depuis les années 1770. Elle fût confisquée au profit du politique et de l’économie libérale par la bourgeoisie et les gros propriétaires à leurs seuls profits. Furent laissés pour compte les femmes noyées dans la notion sui generis de « l’Homme », les esclaves principalement pour ne pas déplaire aux propriétaires terriens des colonies et le peuple qui ne bénéficie plus de la réglementation protectrice de l’Ancien régime. La remise en question de la propriété et des droits de succession n’est pas une problématique de cette révolution. La devise « Liberté, Egalité, Fraternité » apposée aux frontons des bâtiments publics est l’énorme blague que nous ont légué les acteurs du moment !…

Si la révolution éclate et triomphe en 1789, ce n’est pas un simple hasard : mauvaises récoltes en 1788, gelées de printemps, été trop sec, grêle, pluie torrentielle avaient compromis la moisson. La disette se fait sentir partout dès la fin de l’hiver. L’alarme sur sa subsistance coïncide avec la convocation des Etats généraux. Crise politique qui se double d’une crise économique aiguë. « Si le pain eût été bon marché, dit un auteur, l’intervention brutale du peuple, indispensable pour la chute de l’Ancien régime, ne se fût peût-être pas produite et la bourgeoisie eût moins aisément triomphé ». Necker, pour calmer l’agitation populaire, constatant le déficit de la récolte suspend l’exportation des céréales et fait acheter à l’étranger grande quantité de grain qu’il revendait au fur et à mesure pour faire baisser le cours qui avait doublé et, au plus aiguë de la crise, fait réquisitionner les grains chez les détenteurs pour faciliter l’approvisionnement des régions déficitaires. Les cours atteignent le maximum à la fin de 1789. Les émeûtes et les pillages surgissent un peu partout malgré les efforts déployés pour maintenir un prix raisonnable du cours du grain. Les blés achetés à l’étranger arrivent à Dunkerque au début de l’été, les autorités les mettent en vente d’ordinaire à perte. L’émotion se calme quand arrivent les événements du 14 juillet. La bourgeoisie salue la prise de la Bastille avec enthousiasme, arbore la cocarde tricolore et forme des gardes nationaux et des comités permanents, sorte de municipalités révolutionnaires qui siègent en face des vieilles municipalités aristocratiques et peu à peu les supplantent. Le peuple, tirant les leçons du 14 juillet, réclame le pain à bon marché et pillent les maisons des échevins et des marchands de blé les plus détestés. Partout le peuple exige que le cours du pain soit fixé à un prix accessible à tous. En Champagne comme en Flandre, la bourgeoisie s’empare du pouvoir. Elle forme un comité permanent et une garde nationale d’où elle exclut tous les compagnons et ouvriers sous prétexte que leur temps était extrêmement précieux pour la nécessité où ils étaient de l’employer pour vivre. – Lettre de Rouillé D’Orfeuil : « L’institution de la garde nationale fût moins une mesure populaire qu’une garantie contre les troupes et les pillages des propriétés". A Chaumont, au contraire de la Flandre, on n’atteignit pas les récoltes sans difficulté. Dès la moisson coupée, le bailliage ordonne aux fermiers des dîmes aux gros propriétaires, de battre la graine immédiatement et de la conduire au marché. Elle décidait huit jours plus tard d’offrir une prime de cinq sols par bichet aux cultivateurs qui amèneraient des grains au marché. Jusqu’à fin octobre, les troubles furent à craindre.

 

Les inégalités (1789). Le réveil du Tiers Etat - Musée Carnavalet.

Dans l’Eure, pays pourtant très productif, le blé double de prix au printemps et pendant l’été. Après le 14 juillet, les miséreux saccagent le bureau des impositions et brûlent les registres, obligent les autorités anciennes ou nouvelles à taxer le pain à deux sous la livre quand on l’a payé trois à quatre sous et le blé à trente-six livres le sac quand le cours dépassait soixante livres. A Evreux, l’on ordonna aux meuniers à ne faire qu’une seule mouture, uniforme pour tous qui devrait fournir un boisseau de son pour six de grains. Les troubles s’apaisèrent progressivement et tout rentra dans l’ordre en novembre. Le moment le plus difficile à passer était celui de la soudure entre l’ancienne et la nouvelle récolte. Le battage de grains se faisant très lentement au fléau. Jusqu’à l’hiver, les cultivateurs s’occupaient des labours, des semailles, des regains, etc… et n’avaient pas de temps pour battre le grains. Dans ces trois régions, Flandre, Champagne et Eure, l’on sait des sentiments du peuple à l’égard du problème des subsistances, des monographies conservées faisant foi. Par peuple s’entend ceux qui vivent de leur travail depuis les prolétaires ruraux jusqu’aux artisans des villes, le peuple qui consomme et ne produit pas de céréales et qui est hostile, d’instinct, à la libre vente et à la libre circulation. Il voit dans la réglementation une protection et une garantie. Il désire la taxe et quand il le peût l’impose. Cet instinct est-il justifié ?… La peur de manquer de blé, en déterminant les paysans à cacher leurs récoltes, fût une des causes des disettes. Les obstacles mis à la circulation par les attroupements risquaient d’affamer les villes. Avec juste raison, les économistes dénonçaient les craintes paniques. Il n’en est pas moins vrai que la liberté absolue du commerce, si elle profitait aux producteurs et aux marchands de blé, était préjudiciable aux consommateurs qui payaient plus cher un produit de première nécessité. George Lefebvre, documents relatifs à l’histoire des substances dans le district de Berg sous la Révolution, a raison lorsqu’il dit : « Le paysan réalise un profit immédiat chaque fois qu’il a un excédent disponible tandis que le négociant gagne à tout coup : en temps de disette par l’importation primée ou non ; en temps d’abondance, par l’exportation et la circulation par mer ». Aussi, le peuple sent que ce n’est pas l’intérêt général qui préoccupe la plupart des partisans de la liberté… puisque le gouvernement laissait faire paysans et négociants, alors que c’eût été son devoir de nourrir le peuple quand le prix de la vie devenait accablant. « Plusieurs gens de la campagne et de la ville, écrivait le 20 juin 1789 le subdélégué de Dunkerque, m’ont dit à moi-même, dans le temps de calamité et quand ils n’avaient pas le moyen de payer un prix aussi haut, qu’ils ne pouvaient pas mourir de faim eux et leurs enfants ». En un mot, l’instinct populaire opposait le droit à la vie au droit de propriété. La Constituante était constituée de grands propriétaires et de bourgeois riches, toute entière gagnée au libéralisme économique. Elle inscrivit dans la Déclaration des droits de l’homme le respect absolu du droit de propriété ; pour assurer la substance du peuple, elle crut faire assez en maintenant l’interdiction de l’exportation des grains, déjà ordonnée par Necker et en proclamant la liberté absolue de la vente et de la circulation des grains dans tout le royaume.

Ce décret voté le 29 août 1789 inquiète Necker et le roi. Ils ajournent la promulgation d’un mois tant ils craignaient, si la liberté de la vente était proclamée de ne plus pouvoir approvisionner les villes. L’application de ce décret revenait à supprimer les réquisitions qu’avaient lancées les intendants et leurs agents, à annihiler les taxes que tant de comités avaient dû édicter. La vente devenant libre, l’on ne pouvait plus forcer comme auparavant les détenteurs de céréales à garnir les marchés, une hausse étant facilement prévisible et cette hausse forcerait le Trésor à acheter et à revendre à perte, à de nouveaux et lourds sacrifices. L’Assemblée s’entête et le 18 septembre 1789 par un second vote elle confirme le décret et en exige l’application. Louis XVI et Necker s’exécutent trois jours après. Plus facile à légiférer sur le papier que de faire appliquer la loi. Les troubles persistent. Paris, en septembre et début octobre, est dans une situation difficile. L’on fait de longues queues aux portes des boulangeries. Les Parisiens marchent sur Versailles pour ramener le boulanger (le roi), la boulangère (Marie-Antoinette) et le mitron (le dauphin). L’Assemblée et la Cour sont transférées à Paris. L’agitation continue jusqu’à ce que le moisson fût battue. Le 21 octobre, une députation dans la commune de Paris fit part à l’Assemblée d’une scène sanglante qui se déroula à l’Hôtel de Ville. Un boulanger du nom de François refuse un pain à une femme qui ameûte la foule, laquelle pénètre dans la boutique et découvre trois pains rassis que les garçons s’étaient réservés et six douzaines de petits pains frais destinés à la consommation des députés de l’Assemblée dont la boulangerie était voisine. Le malheureux saisi est entraîné par la foule à l’Hôtel de Ville. Interrogé, il essaie de se disculper devant les officiers municipaux. « Je fais, leur dit-il, habituellement dix fournées par jour ; la veille encore, j’avais livré de la farine à des confrères qui en manquaient ». La foule impatiente se rue, femmes en tête dans l’Hôtel de Ville, force la garde, s’empare du boulanger, le massacre et porte sa tête en haut d’une pique.

 

Le manque de pain provoque l'énervement général et poussent les Parisiennes à partir pour Versailles.

La commune de Paris demande à l’Assemblée de voter la loi martiale qui permettrait de disperser les rassemblements par la force. Votée dès le lendemain, les officiers de la garde mobile, la gendarmerie et les troupes régulières, le drapeau rouge devant être déployé devant les émeûtiers, obtiennent le droit de requérir par la force aux contrevenants après les sommations d’usage. Les séditieux qui résisteraient pourrait être condamnés à trois ans de prison s’ils étaient sans arme et à la peine de mort s’ils étaient armés. Seul Robespierre s’opposa à ce vote. Dans bien des cas, surtout dans les campagnes, les autorités pactisent avec les séditieux qui s’opposent au départ des grains et les gardes nationales refusent d’obéir aux réquisitions. La loi martiale n’était pas votée depuis une semaine que Bailly reparaissait à l’Assemblée et annonçait qu’un agent de la municipalité parisienne chargé de la garde des magasins de blé avait failli être pendu par deux fois dans cette ville et ne dû son salut qu’au courage d’un jeune Anglais qui coupa la corde. Le jeune Nesham eût une couronne civique, la première décernée sous la Révolution. Jusqu’à la fin de la carrière de la Constituante, le 22 juillet 1790, elle eût l’impression que sa législation aurait beaucoup de peine à s’imposer et vota décrets sur décrets, instructions sur instructions pour confirmer et re-confirmer les données essentielles et les justifier aux yeux du peuple. Ce jour encore, elle proclama de nouveau la liberté absolue des ventes et menaça de destitution les officiers municipaux qui taxeraient le vin, le blé et autres grains. Le 26 septembre, elle octroie des indemnités aux propriétaires de grains victimes de pillages. Le résultat de cette œuvre législative fût la suppression de toute réglementation. L’histoire se répète. Les partisans de la liberté économique pouvaient argumenter que la suppression de la réglementation n’aggrava pas la crise mais, l’on remarque aussi que d’autre part, la récolte qui suivie fût bonne et qu’entre-temps les municipalités achetèrent le maximum de grains et les vendirent à perte pour les rendre abordables au peuple. C’est l’abondance des denrées, beaucoup plus que la vertu propre de la législation libérale, tempérée par la crainte de la loi martiale, qui mit fin à la crise.

Pour conclure, je peux dire que tant qu’il y aura sur terre des hommes qui feront passer leur intérêt particulier aux dépens d’autres gens et qui auront vu leur action porter atteinte au devenir de ceux-ci et de leurs enfants, provoquant disette et famine, ils remettront en mouvement les masses populaires relativement assoupies par le traintrain quotidien.Preuve par neuf de la crétinerie et du manque de clairvoyance des prédateurs relativement aux révolutions du Magreb : faut-il être cons à ce point pour ne pas savoir s’arrêter après avoir réussi un hold-up aussi conséquent comme le firent Ben Ali, Moubarak, Khadafi et leurs complices et perdre tout en lieu et place de finir sa fin, car il y a toujours une fin, de vie agréablement. Qu’en pensent les millions de retraités qui ont galéré tout au long de leurs vies pour finir lamentablement leur reste de vie ? C’est à mourir de rire ; s’il n’y avait eu tant de gens qui ont donné leurs vies ou soufferts de graves préjudices. Quand à moi, je ne reviendrai que l’impressionnante curée à laquelle se livrèrent les différents clubs (jacobin, feuillant, cordeliers) et députations (Girondins, Montagnards, Plaine), assoiffés de pouvoirs et de privilèges qui commirent au nom de ces objectifs des délations, des épurations et des assassinats. Parmi ceux-ci, celui de (Madame) Roland qui, sur l’échafaud, murmura en regardant la foule : « Oh liberté, combien de crimes on commet en ton nom » et d’Antoine de Lavoisier, le plus grand des chimistes d’alors, qui supplia ses bourreaux de le laisser vivre encore une semaine, ce qui lui permettrait de léguer une découverte essentielle à l’humanité.

"L'homme naît avec des sens et des facultés; mais il n'apporte avec lui en naissant aucune idée: son cerveau est une table rase qui n'a reçu aucune impression : mais qui est préparé à en recevoir " Lavoisier

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