Oh chimères, dernières ressources des malheureux

"Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son crédo : "Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux" Martin Luther King, discours du 28 août 1963 au Lincoln Memorial de Washington DC.

L'utopie ( néologisme de Thomas More, synthèse des mots grecs ύ-τοπος, nulle part et de ηύ-τοπος, lieu de bonheur) est une représentation d'une réalité idéale et sans défaut. Platon et Aristote sont les deux utopistes grecs les plus connus à ce jour bien que leurs méthodes et leurs objectifs diffèrent. Platon imagine une Cité-idéale, véritable utopie alors que Aristote part de la réalité athénienne pour imaginer une Cité. Tous deux sont précurseurs d'une réflexion nouvelle sur l'homme et la vie en société et permettent l'élaboration de nouvelles idéologies.

Platon appartient à une grande famille d'Athènes, de tendance libérale. Son inclination naturelle le porte à prendre part aux affaires publiques mais le régime des Trente qui après la défaite d'Athènes en environ - 404 détruit ses illusions. Le retour à la démocratie lui rend espoir, mais vers - 399, condamne à mort Socrate dont il est le disciple. il écrira que "Finalement, j'ai compris que toutes les Cités actuelles sont mal gouvernées, car leur législation est à peu près incurable sans d'énergiques préparatifs joints à d'heureuses circonstances: je fus alors irrésistiblement amené à louer la vraie philosophie et à proclamer qu'à sa lumière seule, on peut reconnaître où est la justice dans la vie publique et dans la vie privée; donc les maux ne cesseront pas pour les humains avant que la race des purs et authentiques philosophes n'arrive au pouvoir ou que les chefs des Cités, par une grâce divine, se mettent à philosopher véritablement". Il voyage en Italie du Sud et en Sicile, puis de retour à Athènes il fonde l'Académie dans les jardins d'Académos pour enseigner la vraie philosophie; il écrit la République - Politeia. il est à noter que la République imagine "la Cité-idéale" - véritable utopie.

Losqu'il compose la Politeia - terme dont la traduction république est faible et réductrice, Platon veut présenter la Constitution parfaite; montrer ce que serait une politique dominée par le concept de justice, comment se comporterait une Cité-Etat où s'exprimerait à la perfection l'Idée du BIEN. Il entend combattre les sophistes - sophisme: raisonnement qui apparaît comme rigoureux et logique mais qui en réalité n'est pas valide, leur matérialisme, l'incompétence et l'ignorance.

Platon revendique la justice en invoquant la définition traditionnelle: rendre à chacun ce qui lui revient. il pense qu'il faut exiger des gouvernants des aptitudes correspondant à leur charge - valeur militaire, excellence en philosophie... Le philosophe étant celui qui sait, qui possède la science ou le savoir fondamental, le bien, dès lors la justice est le respect de la hiérarchie sociale et fonctionnelle: chacun remplissant dans la Cité et pour la Cité la fonction qui est la sienne conforme à ses aptitudes fortifiées par l'éducation.

Le terme platonicien de l'éducation marie le soucie de l'épanouissement individuel et l'efficacité sociale. Le système éducatif est la pierre angulaire de tout l'édifice ; la formation des "gardiens" doit les rendre mentalement imperméables à l'amateurisme et à l'individualisme, ces deux "maladies mentales" qui rongent les Cités réelles. L'éducation doit s'orienter vers l'idée du bien, on doit donc éduquer le corps et l'esprit, "un esprit sain dans un corps sain". La formation des auxilaires est réglementée. Après vingt ans, la formation des gardiens - à savoir la classe supérieure guerrière et gouvernante, parfaits ou philosophes-rois pris par sélection parmi les auxiliaires. A partir de 30 ans, l'étude des mathématiques, de l'astronomie, de l'harmonie et des sciences est obligatoire en ce qu'elle permet plus facilement de voir l'idée du bien. Entre 30 et 35 ans, obligation d'étudier la dialectique - méthode de raisonnement, de questionnement et d'interprétation - mais cette étude est réservée à ceux tirés au sort.

Platon peut être considéré comme le premier communiste connu. En effet, il croit devoir demander des garanties supplémentaires d'ordre matériel à un aménagement social insolite fondé sur la "communauté" ou le "communisme" afin de marquer davantage la séparation entre l'économie et le politique, trop enclins à se contaminer afin d'écarter les gardiens, afin de renforcer l'unité de la Cité. Le régime de la communauté est double: la communauté des biens et la communauté des femmes et des enfants - régime exclusivement réservé aux gardiens. La communauté des biens s'ilustre par le fait que les gardiens ne doivent posséder en propre ni logement ni terre, ni quoi que ce soit hors les objets de première nécessité. Ils recevront de la classe économique leur nourriture comme salaire de garde et se la partageront au cours de repas public - interdiction de posséder or ou argent et même d'en manier, d'en porter sur eux, d'entrer sous un toit qui en abrite, de boire dans des coupes faites de ces métaux. La communauté des femmes et des enfants s'illustre par le fait que "tout doit être commun entre amis". Aucun gardien n'habitera en particulier avec une femme. Les enfants aussi seront communs et le père ne connaîtra pas son fils, ni les fils leur père. Il prône aussi l'abolition de toute vie de famille.

Le système implique en conséquence une organisation complexe que domine la volonté d'améliorer biologiquemetn la race des gardiens. C'est un véritable plan d'eugénisme que Platon justifie en se référant au monde animal car il faut "que les sujets d'élite de l'un et de l'autre sexe s'accouplent le plus souvent possible, et les sujets inférieurs le plus rarement possible; il faut de plus élever les enfants des premiers et non des seconds, si l'on veut maintenir au troupeau toute son excellence". L'infanticide est prévu pour maintenir au troupeau des gardiens "toute son excellence". Les enfants des inférieurs et ceux venus au monde avec des difformités disparaîtront dans "un endroit secret et dérobé aux regards" afin que le système empêche "de diviser la Cité appliquant le mot Mien non pas à la même chose, mais l'un à une chose, l'autre à une autre", le bonheur de la Cité passant avant le bonheur des hommes.

Aristote est le dernier penseur de la cité grecque classique et le fondateur de la doctrine du droit naturel. Il se distingue de Platon par ses objectifs et ses méthodes. Le modèle aristotélicien est Athènes. Contrairement à Platon, il ne relève pas de l'idéologie mais du concret et raisonne à partir de ce qu'il connaît. il fait donc prédominer la méthode d'observation concrète, inductiviste, partant des réalités concrètes et refuse l'idée de la vérité absolue issue de la pure raison: d'où l'idée que les choses varient selon les circonstances. Néanmoins, il ne conteste pas l'existence de tout idéal mais celui-ci est pour lui tiré de l'observation des faits. Il considère que l'homme est un "animal politique", en ce qu'il est fait pour vivre en société et non isolément. Le droit naturel doit être complété par un droit positif décidé volontairement par les membres de la société et est pour Aristote une affaire de prudence - d'où l'expression moderne dejurisprudence.

Aristote examine comment se forme et s'organise sur le plan social et politique la Cité. D'abord la famille s'est constituée, elle est le lieu où s'exerce la domination naturelle de l'homme sur la femme et les enfants ; les esclaves dépendent directement de la famille. Ces familles se sont réunies en villages qui ont formés eux mêmes des cités. La cité est celle qui se suffit à elle même sans avoir besoin d'échanges extérieurs. Le rôle de la cité est d'assurer le bien commun de tous ses membres et non de rechercher la domination au sein de la cité ou d'une cité sur les autres - critique de Spartes, cité belliqueuse, ne désirant que conquérir d'autres cités.

Il considère que dans la cité il faut un équilibre entre la vie privée de chacun et la vie publique de l'ensemble mais chaque individu est subordonné à la collectivité, chacun à des activités différentes mais complémentaires. Certes il y a dans la cité des choses en commun mais tout ne doit pas être mis en commun, ex: l'éducation des enfants dépend pendant le premier âge des parents.

Pour lui, le communisme ne permet pas de donner à chacun une juste rémunération du travail et est défavorable à la paix sociale. Le communisme crée la désunion dans la cité car l'union résulte de la complémentarité et des échanges que chacun fait avec l'autre, créant des amités et des solidarités.

Toutefois il propose une organisation stricte de la cité : il en fixe la taille, le choix du lieu, l'organisation de la vie sociale et développe une réglementation stricte de la vie privée fixant l'âge du mariage, de la procréation, le nombre d'enfants par couple et le système d'éducation publique à partir de 7 ans; le système de l'élection prédomine, les fonctions politqiues ne sont pas rémunérées : cela permet à tous d'être électuer mais cela réserve aux riches la possibilité d'être élus car eux seuls ont le temps et les moyens de se consacrer à une fonction publique.

Qu'en est-il aujourd'hui du modèle sociétal ? "Les aspects chimériques, coureurs d'idéal, qui trébuchent sur les réalités, rêveurs candides" Bergson

Les utopies ont une fonction politique essentielle: celle de faire rêver, d'imaginer un monde meilleur. Les utopies à la française du domaine des chimères sont entre autres, la paix universelle, la fraternité, le progrès pacifique, les droits de l'homme, l'égalité matérielle. Elles postulent toute de la bonté de l'homme et oublient la nature profonde de l'homme : le désir de vouloir toujours plus, le désir de domination de l'autre...

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