Oisiveté et organisation du travail

Le travail n’occupait pas dans les institutions sociales des anciens la place économique qu’il occupe dans nos sociétés modernes. Chez les modernes, le travail est le privilège de l’ouvrier libre – Chez les anciens, le travail était l’attribut de l’ouvrier esclave ; chez les anciens, le travail n’était pas la propriété de l’ouvrier, travail et travailleurs appartenaient aux maîtres de l’un et de l’autre. Chez les modernes, travailler est plus un droit, c’est une nécessité pour quiconque ne peut vivre sans rien faire ; - chez les anciens, travailler était moins qu’un devoir ; ce n’était pas même une nécessité pour quiconque était citoyen, le fut-il des plus pauvres. Le droit au travail, dont l’inintelligence du mot et de la chose a fait le plus gros problème des temps modernes n’était donc et ne pouvait être dans la pensée de personne dans les temps anciens. Par temps modernes, n’oublions pas qu’il est question dans cet ouvrage du XVIIIe siècle, celui-ci ayant édité en 1849. Le droit du travail, problème moins ardu à résoudre n’y était pas davantage. L’obligation du travail, seul problème soluble y était encore moins*.

* chez les païens s’entend et à Rome jusqu’au IIe siècle de notre ère.

Il en était autrement du droit à l’oisiveté chez les Républiques grecque et romaine. Les Républiques ne connaissent que deux métiers nobles et libres : l’agriculture et les armes. L’absence de toute occupation professionnelle y constitue l’occupation légale de l’universalité des citoyens en ce sens que tous les citoyens avaient le droit de vivre aux dépens du trésor public sans pouvoir être contraints de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance par aucune des sordidae artes qui formaient la besogne des esclaves.

La situation de l’esclave romain – Un texte de Denys Halicanarse (29-8), historien grec, contemporain de César et d’Auguste, est utilisé par Dureau de la Malle à la fin du Ie siècle. Le nombre et la proportion relative des esclaves dans l'Etat romain au IIe siècle, 5 000 000 km2 : pour les femmes, les enfants, les esclaves, les étrangers pratiquant les métiers c'était un nombre au moins triple, à savoir 2,25 millions, la population des citoyens étant de 750 000. Le nombre d'esclaves dans l'ensemble de l'Empire romain est estimé au 20e de la population totale, soit 4, 4 millions sur 88 000 0000 d'habitants. C'est au IIe siècle avant notre ère que l'esclavage s'étend sans mesure et s'organise en devenant la base sur laquelle repose la société. L’esclave rural exécute les travaux agricoles et vit une condition pénible dans les grands domaines. Les révoltes d’esclaves de la Rome républicaine sont parties des régions d’agriculture intensive. Les esclaves dans les mines étaient les plus mal traités. L’esclave en ville est généralement mieux lotis. Dans les maisons modestes, ils étaient proches du maître faisant plus ou moins partie de la famille ; dans la grande maison, domus, leur tâche se distinguait entre emplois nobles : secrétaire, comptable, pédagogue, et emplois mineurs : gens de maison. L’esclave public, servi publicis, appartenant à l’Etat (la cité de Rome) assumait les travaux d’intérêt général et travaille pour les services municipaux (voirie, au service des bâtiments publics… ou au contraire aux tâches de bureau de l’administration). Les Romains de la République incitaient les esclaves dont l’activité était artisanale ou commerciale en leur distribuant le peculium qui leur permettait souvent à terme de racheter leur liberté.

Les anciens considéraient le travail manuel comme une chose vile et en faisaient à ce titre le lot exclusif de l’esclave. Ce sentiment profond de mépris et d’aversion pour tout labeur physique, corporel surtout lorsqu’il s’appliquait à la production industrielle et aux métiers mécaniques, mépris reporté par l’opinion générale sur les individus, familles, tributs, que fatalité de la naissance y avaient condamné passa de l’Orient dans les préjugés des nations occidentales qui occupent l’Europe pendant les derniers siècles de l’ère païenne.

 

 

Nomades ne vivant que du produit de leurs troupeaux ou brigandages, étaient étrangers à tout ce qui concerne industrie, commerce, agriculture. Simples et sauvages dans leurs mœurs, le peu de travail dont ils avaient besoin était exécuté par les femmes ou les esclaves.

Les Germains professaient pour le travail du temps de César un profond mépris, « Il tenait pour honteux et lâche, dit Tacite, d’acquérir un prix de leur sueur ce qu’ils pouvaient avoir au prix de leur sang ; ne trouvant que la guerre qui fut digne d’occuper l’activité d’un homme libre : ils consacraient le temps de la paix à la chasse, aux loisirs, au sommeil, à de longs festins ». Chacun ayant droit à plus de droit à l’oisiveté qu’il s’était montré plus brave à la guerre. Tout le travail était abandonné aux esclaves sous surveillance des femmes, des infirmes, des vieillards et des affranchis.

En Espagne, les Tartesiens – appelés aussi sud-lusitaniens, habitants de Tartesos au sud du Tage partie du Portugal (Ve siècle), formaient parmi les indigènes le peuple le plus éclairé, rapportait Hagis, leur législateur, la loi qui interdisait à tous les citoyens l’exercice d’une profession laborieuse, quelque qu’elle fut, les qualifiant de serviles et faites seulement pour les esclaves.

Demi-sauvages, les Lisutaniens – de Lusitanie, division romaine au Portugal, et Cantabrais – peuple sud de l’ancienne Espagne au sud du golfe de Gascogne, soumis aux Romains 25 avant notre ère se faisaient gloire comme les Scythes (IIe siècle avant notre ère), d’origine perse, de ne vivre que de brigandages, confiant à leurs femmes et à leurs esclaves les travaux auxquels ils avaient recours. Chez ces nations, que Grecs et Romains confondaient avec mépris aux Barbares, le travail était tout entier entre les mains des femmes et des esclaves, elles-mêmes traitées comme des esclaves. Au milieu de cette vaste enceinte de nations ennemies, la Grèce et l’Italie, plus intelligentes et plus riches, présentaient le même mépris pour le travail et l’industrie. Hérodote – « Je ne sais si les Grecs tiennent des Egyptiens le mépris qu’ils ont du travail mais je trouve le même chez les Thraces, les Scythes, les Perses, les Lydiens ; ceux qui apprennent l’art de la mécanique et leurs enfants étant considérés comme les derniers des citoyens et comme les plus nobles ceux qui n’exercent aucun art mécanique. A Sparte, le travail des mains était considéré contraire au dogme de la liberté, tout citoyen était soldat, la ville un immense camp, le peuple une armée ».

Lycurgue (orateur et politique grec (393-323) appelait dédaigneusement Hésiode le poète des Hilotes – esclaves de l’Etat – parce qu’il y avait fait l’éloge des gens de labeur. A Athènes, il y avait une classe de citoyens, les Thètes, qui se partageait avec les esclaves mais aussi avec des étrangers appelés métèques le labeur. Ces étrangers touchaient au degré voisin de l’esclavage.

Les citoyens de classe aisée n’avaient d’autre profession que de ne rien faire. C’étaient de véritables nobles ne devant s’occuper que de la défense et de l’administration de la communauté. Dès l’origine de la société romaine, deux grandes divisions sociales se partagent sa population : l’hérilité et l’esclavage ; la classe libre et la classe asservie ; la classe oisive et la classe ouvrière. La classe ouvrière se compose d’esclaves, d’affranchis et de mercenaires libérés de basse condition ; la classe oisive comprend les divers ordres de citoyens : les patriciens, les plébéiens et les prolétaires.

Patriciens et plébéiens – dans l’origine, les patriciens et les plébéiens étaient à Rome ce qui étaient chez nous avant 1789 les nobles et les roturiers, les seigneurs et les vassaux. Depuis la répartition des services Tullius, des trois ordres du peuple romain – Sénat, chevaliers, peuple en six classes censitaires, patricien ne signifie plus noble mais riche ; plébéien ne signifie plus roturier mais pauvre ; le lien de vassalité qui unit le roturier au noble continue à rattacher le pauvre au riche, le client* au patron. Riches et pauvres, patrons et clients, tels étaient en définitive les deux ordres dans lesquels se confondent les diverses classes de la population libre de Rome.

La liberté était le privilège de tout citoyen romain sous la Monarchie. L’égalité y fut adjointe comme « pendant » sous la République. Reposant sur deux principes inconciliables, la République romaine fut en proie aux dissentions intestines résultant au sens contraire et des incompatibilités de nature de l’une et l’autre ; liberté et égalité ne fraternisent jamais alors qu’elles ont la fraternité pour compagne. La fraternité ne pouvait être une vertu civique chez un peuple où l’humanité n’existe pas et dont le nom humanitas signifie la politesse. La liberté et l’égalité romaine n’avaient pas besoin de cette fraternité de loup pour s’entre-dévorer, se suffisant à elles seules pour cela. Qui dit liberté dit action, choix, libre-arbitre ; qui dit égalité dit stagnation, négation, absence de volonté propre et de mérite, de qualité. La liberté n’impose de joug à personne ; l’égalité soumet tout le monde à son niveau propre. La liberté permet aux petits de s’élever à la taille des grands ; l’égalité oblige les petits à s’abaisser à la taille des petits. La liberté et l’égalité ne peuvent s’asseoir ensemble sur le même trône, ni flotter en paix sur le même drapeau. Là où la liberté domine, l’égalité cesse de régner ; là où l’égalité est souveraine, la liberté est déchue de tout droit. Si par hasard, toutes deux triomphent en même temps, l’une ne tarde pas à tuer l’autre après la victoire. Heureux le pays quand c’est l’égalité seule qui succombe.

A Rome, l’égalité et la liberté succombèrent toutes deux à la fois, dévorées toutes deux, l’une par l’autre pendant tout le temps qu’elles vécurent côte à côte : la liberté, que domination et servitude ; l’égalité : - que inégalité et misère. Vainement l’égalité républicaine nivela, fixa, tarifa, tout par la loi – festin, vêtement, frais de table, propriété immobilière, argent monnayé… funérailles, la liberté brisa toutes ses entraves en en faisant sortir l’inégalité des droits, de condition et de fortune la plus profonde, universelle, extrême, qui se vit à jamais dans aucune monarchie connue. L’inégalité, des fortunes à Rome : il n’y avait plus à la fin de la République que des fortunes colossales aux mains de quelques-uns et à côté l’extrême indigence devenue le partage de tous les autres.

Au temps de Cicéron, sur une population totale de 450 000 citoyens, on en comptait 2 000 tout juste qui eussent quelque chose et plus de 320 000 qui étaient inscrits sur le registre des indigents. Les grandes fortunes patriciennes et les grandes misères plébéiennes datent de l’an 300 de la fondation de Rome alors que l’association complète du Latium avec la ville éternelle étant réalisée, la cupidité du riche patricien, débarrassé de tout souci venant des dangers du dehors, ne connut plus de bornes et se manifesta par un envahissement simultané d’autorité et de territoire au préjudice du plébéien pauvre. En l’an 306 de Rome, il n’y avait plus dans la ville comme dit Montesquieu que deux sortes de gens : « ceux qui souffraient la servitude et ceux qui la faisaient souffrir ». Qu’étaient les plébéiens ? sinon des esclaves. Le riche n’avait jamais besoin du pauvre, le travail des esclaves lui suffisant. Le pauvre et le riche enfermés dans la même cité, condamnés à se regarder haineusement et séparés par une éternelle barrière.

Aristote a indiqué avec une précision remarquable l’absence d’une classe moyenne au sein des sociétés antiques comme cause première de cette vieille lutte qui existe depuis les premiers âges du monde entre la richesse et la pauvreté. C’est elle qui, en se rangeant d’un côté, fait penché la balance et empêche l’une ou l’autre classe de dominer. Elle seule ne s’insurge jamais. Les grands Etats sont moins exposés aux mouvements populaires parce que la classe moyenne quand elle existe est la plus nombreuse ; le seul milieu qui exista à Rome entre les riches et les pauvres, c’était l’oisiveté citoyenne. Riches et pauvres étaient également oisifs, passant leurs vies en tant de paix, les uns à jouir de leurs fortunes sans rien faire, les autres à mendier le secours de la sportule ou de l’annone, sans travailler car travailler c’est déroger pour cette noblesse gueuse et fière. Avoir ce mépris superbe des citoyens de Rome pour tout ce qui touchait au travail des mains, on est porté à croire que les travaux de l’esprit, la science, les lettres, les arts et tous les départements de l’intelligence étaient revendiqués par eux comme par exclusive, comme un lot spécial. Il n’en était rien et les esclaves, seuls ouvriers de la matière, étaient aussi les ouvriers de la pensée. Le peuple romain ne pouvait être un peuple artiste, ses architectures, statuaires et sculpteurs étaient esclaves.

Tout ce qui l’y avait chez ce peuple de vraie civilisation, dit Dunoyer, toutes celles qui pouvaient survivre à ces violences, il la reléguait hors de l’Etat. Son industrie était la guerre ; ses œuvres c’étaient les pillages et les massacres ; les monuments qu’il laissa ce furent les ruines, l’appauvrissement et la dépopulation de l’univers. Le génie propre du peuple romain étant la domination et la conquête, tout ce qui tient à l’art de la guerre et à la science du gouvernement entre dans le domaine de ses études. Politique, théologie, jurisprudence et l’histoire furent des sciences réservées aux citoyens des familles libres et l’esclave ne fut point admis à les cultiver. Les travaux intellectuels ne comportant que de la réflexion, de l’imagination, du discernement, de la sagesse méditative tels que la philosophie, la poésie, la grammaire, la rhétorique, la médecine, l’astrologie et … étaient laissés à l’esclave. Exception : quelques citoyens s’y livraient. L’histoire de Rome ressemble pendant plusieurs siècles à celle d’un peuple de flibustiers. On ne lit dans leurs écrivains que des récits de vols et de dévastations. Le pillage de Syracuse, celui de Tarente, de la Syrie, des villes de Numédie, puis le triomphe de Paul-Emile dont le char est suivi de 250 chariots remplis d’or et d’argent. Mansélius dévalise l’Asie mineure ; Sempronius la Lisutanie ; Flacus l’Espagne ; soixante villes des pires sont saccagées : la seule ruine de Carthage produit 500 millions de francs de l’époque, moitié du XIVe siècle.

A défaut de l’organisation du travail qui n’existait pas, le pillage était organisé et en tenait lieu. Il n’y avait aucune justice dans la répartition des fruits de la conquête. Le soldat recevait à peine de quoi vivre, tout aux uns, rien aux autres : c’était le partage du lion. Cette inégalité a pour but d’empêcher que le peuple, en s’enrichissant, ne perdit le goût du pillage, de la conquête, d’où dépendait la fortune du patricien. Le goût du pillage l’emportait de beaucoup sur l’amour de la gloire. C’est à la vue d’une ample provision de belles figues que le vieux censeur Caton avait rapportée d’Afrique que la troisième guerre punique fut votée au Sénat. « La terre qui porte ces fruits, dit-il, n’est distante de Rome que de trois jours de navigation ». Et Carthage fut détruite.

« L’on ne cherche maintenant, dit Cicéron, quelles sont les villes les plus riches et les plus opulentes pour leur déclarer la guerre sans autre motif que de la piller ». Si on veut examiner l’origine des grandes fortunes de Rome, on verra qu’elles ont été acquises à la guerre ou au commandement des provinces. Les moyens employés pour amasser ces richesses étaient indignes, affreux. Toujours déshonorants. Mais Rome avait toujours à leur réponse ces fières paroles : « Malheur aux vaincus ! ».

L’habitude du pillage à l’étranger fit naître chez les Romains l’habitude du pillage à l’intérieur. N’ayant plus rien à voler à l’extérieur, ils se mirent à se voler entre eux. Les plus nombreux au temps des rois et de la République, furent les voleurs de grands chemins, les voleurs de cavernes, commandant des troupes armées plus ou moins considérables, les corsaires et les écumeurs de mer, ces deux derniers exigeant adresse, résolution et courage, loin de passer pour infâme, rehaussaient ceux qui s’y livraient. Les voleurs de grandes routes avaient un peu de la générosité des conquérants. Les voleurs les moins nombreux, à la même époque, furent ceux des villes, filous, chevaliers de l’industrie, crocheteurs de serrures, « tous ces escrocs qui se cachent dans les cités au lieu de s’armer et attendre de pieds fermes une armée commandée par Pompée ». Ils étaient si peu nombreux qu’une seule prison suffit à tous les malfaiteurs de la ville. Plus tard, sous l’Empire, on vit s’organiser une haute et basse pègre et le nombre de prisons s’accrut. Rome, devint un cloaque où venaient se rendre et grossir tous les égouts de l’univers. Les distributions de blé ; les demeures somptueuses, les riches présents qui décoraient les temples étant un appât pour la cupidité faisaient de la capitale le véritable pays des voleurs.

 

Temple de Castor et Pollux

 

 

Les voleurs des campagnes exploitaient les grandes routes et détroussaient les voyageurs, enlevant des hommes libres pour les vendre comme esclaves – traite des blancs ; les jetaient dans les ergastules ou les supprimaient. Les voleurs antiques eux ne tuaient jamais au contraire des voleurs de l’Empire. C’est parce qu’on ne les tuait pas, qu’on les appelait conservés – servi. Sous Tibère, les brigandages se multiplient et l’Empereur multiplie les corps de garde à la campagne et crée une sorte de gendarmerie qu’il propose à la sûreté de la ville. Les volereaux ne se livraient dans les villes qu’à des vols légers ne demandant que peu d’effronterie et d’adresse – dérobant les habits dans les bains publics, encens et parfums sur les lits funéraires des tombeaux, des serviettes dans les repas, les bourses aux passants. Autres voleurs beaucoup plus nuisibles étaient ceux dont les vols plus considérables perpétrés par les gouverneurs de provinces et les percepteurs d’impôts publics. Les uns volaient à l’aide d’armes que leur confiait le peuple romain ; les autres sous la protection même de la loi. Loi qui punit les petits et absout les grands voleurs. Caton l’ancien : « Les petits voleurs passent leurs vies sous les chaînes et dans les prisons tandis que les grands la passent sur l’or et le pourpre ». D’autres voleurs s’affublaient sous les haillons de la mendicité, « la mendicité n’est point un fait contemporain de la première formation des peuples : la mendicité a sa source dans l’émancipation des esclaves ». Moïse, Homère, Hérode, poètes primitifs, font mention de pauvres et mendiants mais dont le nombre est infiniment restreint à ces époques reculées. Tant que l’esclavage a existé, la mendicité ne s’est pas accrue : esclave, le maître pourvoyait à ses besoins. Lorsque les affranchissements se multiplient les pauvres augmentent. Au commencement de l’ère chrétienne, les mendiants ne sont pas nombreux. C’est dans les villes que se trouvaient pour la bonne raison que les affranchis s’y trouvaient en plus grand nombre. Au temps de la République romaine, les citoyens possédant fortune étaient fort nombreux et la masse de ceux qui n’avait rien était considérable. Dans cette masse et dans l’oisiveté constitutionnelle qui en repoussait le travail se trouve le siège de la misère et l’origine de la mendicité romaine, bien plus que dans l’émancipation progressive des esclaves. A la fin de la guerre punique(146) on les parque près d’une des portes de la ville dans une enceinte particulière semblable aux cours des miracles du Moyen Age. A Rome, les mendiants se groupaient portant des images des dieux autour des temples sur les quais, les ponts, les places publiques ; sur les montées des routes où les chars ralentissaient. Un stips (demi-centime) était ordinairement l’aumône qu’on leur jetait. La tourbe mendiante se réfugiait lorsque tombait le soir dans leur enceinte, dans un réduit misérable où un mince matelas de bourre de roseaux enfermé dans de vieilles toiles servant de couche. D’autres couchaient sous les forums et sous les ponts à même le sol et en plein air. Du temps de Juvenal, on leur louait des emplacements dans le bois d’Aricie et ils y construisirent des tavernes, couchant sur la paille, ayant pour toit les arbres. Plante parlait de la mendicité avec une sorte d’horreur : - « J’aimerai mieux, dit-il, voir mourir mes enfants que de les voir mendier ». Il y avait dans cette troupe famélique beaucoup de misère et de bassesse.

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