PROTOHISTOIRE DE LA MESOPOTAMIE

PROTOHISTOIRE DE LA MESOPOTAMIE


En Mésopotamie, à partir du chalcolithique, vers 6000, on note, outre l'usage du cuivre, l'usage de l'irrigation en agriculture, l'apparition des sceaux-cachets, des peintures murales, de la céramique peinte, incisée ou décorée, des premiers sanctuaires ainsi qu'une utilisation généralisée de la brique.Entre 6000 et 5000 , on distingue la succession de trois cultures de types différents.

1re période de Hassuna (6500 - 6000 ) Cette période porte le nom d'un tell (colline formée de ruines) près de Mossoul. On retrouve, dans les crânes étudiés, la même origine méditerranéenne présente depuis le paléolithique supérieur dans tout le Moyen-Orient. La céramique retrouvée se compose de statuettes d’argile et de sceaux-cachets, les plus anciens découverts jusqu’à présent. Outils et armes d’obsidienne, quelques ornements de cuivre et de plomb forment l’ensemble qui caractérise cette période.

2 - Période de Samarra (6200-5700)  Samarra est un site archéologique sis sur les lieux mêmes de l’actuelle ville du même nom.
La céramique : D'une bien meilleure facture. Beige clair, un peu rugueuse, beaucoup plus variée, plus harmonieuse aussi. On y trouve des grands plats, l'épaule des vases est arrondie. La décoration est faite de dessins géométriques peints de rouge vif, brun ou brun-violet. Ces motifs peuvent également représenter des hommes, des femmes, des oiseaux, des poissons, des antilopes, des scorpions,... Sûr certains cols, il y a même la présence de reliefs de visages humain dont les traits sont peints de manière stylisée.
La statuaire : En terre cuite ou albâtre. Les personnages sont généralement debout ou accroupis, le plus souvent il s'agit de femmes. Certaines statuettes ont le crâne allongé et les yeux dits « en grain de café » surajoutés tandis que les yeux d’autres statuettes sont incrustés et largement ouverts, la pupille est de nacre et ils sont surmontés des caractéristiques sourcils noirs et épais, de bitume, rappelant la production sumérienne, plus récente.
L'habitat : Les maisons sont spacieuses et leur plan est régulier. Elles sont composées de plusieurs pièces et de cours et sont construites en briques crues

3 - Période de Halaf (6000 - 5300) Halaf est un site situé à la frontière turco-syrienne. Différente des deux autres cultures précédentes, celle-ci possède des traits particuliers qui l’apparentent à l’Anatolie. La présence de la double hache et du bucrane, la tête de taureau stylisée, ne laisse guère de doutes à ce propos. Cette culture ne possède pas d’antécédents en Mésopotamie durant la Préhistoire, contrairement aux deux autres.Au moment de son expansion maximale, la culture de Halaf s’étendait sur toute la future Assyrie. La zone périphérique dans laquelle on retrouve sa poterie, où elle était sans doute exportée ou copiée, allait de l’Anatolie centrale à la Méditerranée, de la Syrie du nord à l’ouest de l’Iran. La poterie de Halaf est de loin la plus belle qui ait été retrouvée parmi ces trois cultures.

4- Période d'Obeid (5900 - 4300 ) (ou Ubaid)  La période d'Eridu (ou Erida) est dite période d'Obeid 1, après la période d'Obeid 2 localisée dans un autre site archéolgique situé dans la même aire géographique vient la période d'Obeid 3 au nord, et à Ur un peu plus au sud, prélude à ce qui deviendra plus tard la civilisation de Sumer.

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5 - Période d'Uruk (4100 - 2900)  Uruk est une ville de 550 hectares, du sud de l'Iraq, dont le complexe cultuel est celui d'Inanna (déesse de la guerre et de l'amour, la planète Vénus). La période d'Uruk est le dernier de ces stades de développement durant la protohistoire, avant que n'apparaissent la civilisation de Sumer et le début des temps historiques avec l'apparition de l'écriture. L'art de cette période regroupe les mosaïques de cônes, les sceaux-cylindres, et les tablettes.

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                                                                     Sites principaux de la Basse Mesopotamie archaïque vers 2900


LA MESOPOTAMIE BERCEAU DE L‘HUMANITE  La Mésopotamie est un terme qui vient du grec et qui signifie : "entre les fleuves". Ces fleuves sont le Tigre et l'Euphrate. Actuellement, la plus grande partie de la Mésopotamie se trouve en République d'Irak. Au IVe millénaire , les premiers documents écrits de l’humanité apparaissent dans le sud de la Mésopotamie. En inventant l’écriture, ainsi que la roue, les Sumériens venaient de créer les prémices de notre civilisation. L’histoire de la Mésopotamie se mêle donc aux origines de notre monde moderne. Avec l’invasion des Perses au VIIe siècle cette civilisation va disparaître. Petit à petit, ses fières et puissantes cités retournèrent à l’argile. Les villes mésopotamiennes s’effondrèrent sur elles-mêmes pour ne devenir que d'informes collines, seuls témoignages visuels de ce qui fut jadis une brillante civilisationAu IVe millénaire , les premiers documents écrits de l’humanité apparaissent dans le sud de la Mésopotamie. En inventant l’écriture, ainsi que la roue, les Sumériens venaient de créer les prémices de notre civilisation. L’histoire de la Mésopotamie se mêle donc aux origines de notre monde moderne.


L’AGRICULTURE EN MESOPOTAMIE

Une terre peu propice à l’agriculture. L'agriculture est l'activité économique principale de la Mésopotamie antique. Soumis à des contraintes fortes, notamment l'aridité et des sols pauvres, les paysans mésopotamiens ont développé un des stratégies permettant à soutenir le développement des premiers États, des premières villes puis des premiers empires connus, sous l'égide des institutions dominant l'économie, à savoir les palais royaux et provinciaux, les temples et les domaines des élites. Elle repose avant tout sur la culture des céréales (l'orge surtout) et l'élevage ovin, mais aussi les légumineuses ou encore le palmier-dattier au sud et la vigne au nord. D'abord l'agriculture du sud mésopotamien, les pays de Sumer et d'Akkad qui plus tard deviennent la Babylonie, soumise aux plus fortes contraintes en raison de précipitations quasi-inexistantes, qui repose sur une agriculture irriguée à grande échelle, les domaines des temples, et a réussi à atteindre des rendements élevés.L'agriculture du nord mésopotamien, les pays intégrés dans l'Assyrie à l'époque récente, disposant de précipitations suffisantes pour pratiquer une agriculture sèche la plupart du temps, se caractérise par un poids moins important de l'irrigation et des grands domaines institutionnels, et des rendements généralement plus faibles.

L’irrigation.  Vers 6 000 , les premières communautés agricoles se développent en Basse Mésopotamie. Leur survie n'est possible que grâce à la mise en place d’un système d'irrigation, sans lequel la surface agricole de cette région serait limitée aux abords des grands cours d'eau. Cette pratique, par la suite également adoptée dans les zones d'agriculture sèche pour améliorer les rendements est donc essentielle pour amener sur les champs cultivés l'eau nécessaire à la croissance des plantes, mais aussi pour stocker l'eau de façon à contrôler les crues dévastatrices, et pour drainer les champs. En période de hautes eaux, les grands canaux sont également des voies navigables appréciables pour les échanges et les communications. Les communautés et les souverains ont donc fait de l'entretien des aménagements hydrauliques une de leurs tâches principales, notamment leur réfection et leur curage.

Des Fleuves aux cours capricieuxLes deux cours d'eau principaux de la Mésopotamie, auxquels la région doit son nom, sont l'Euphrate et le Tigre, deux fleuves qui naissent en Anatolie. Le premier a un cours d'environ 2 800 kilomètres, et le second 1 900 kilomètres. Leur régime est de type pluvio-nival, les hautes eaux ayant lieu au printemps suite à la fonte des neiges et aux pluies qui tombent en Haute Mésopotamie. Cela est plus accentué pour le Tigre, qui reçoit des affluents provenant du Zagros durant la seconde partie de son cours tandis qu'en Haute Mésopotamie l'Euphrate n'a que des affluents au débit faible. Son débit est donc moindre, d'autant plus qu'il traverse des régions plus plates et forme un coude en Syrie qui ralentit son cours. Leurs crues ont donc lieu au printemps, en avril pour le Tigre et en mai pour l'Euphrate (donc à peine après les moissons ou en même tempsLe débit de l'Euphrate et ses crues étant plus faibles que ceux du Tigre, c'est sur son cours de se sont fixées de façon privilégiée les communautés agricoles du sud mésopotamien.
Dans cette région, la pente est très faible, favorisant les diffluences qui créent des bras isolés des fleuves et des zones marécageuses, et également les changements de cours de fleuves (défluviations) qui ont eu lieu à plusieurs reprises durant l'Antiquité.
Ces fleuves charrient des limons qui les surélèvent par rapport au niveau de la plaine, ce qui rend facile l'irrigation par simple percement des levées de terre qui les bordent. Leurs crues sont néanmoins potentiellement violentes et peuvent couvrir une vaste surface en raison de la platitude du relief. Le relief de cette région implique également la proximité entre la nappe phréatique et le lit des fleuves, ce qui favorise les remontées des eaux en période de crues. De nos jours, le Tigre et l'Euphrate se rejoignent pour former le Chatt-el-Arab avant de se jeter dans le golfe Persique.
D'autres cours d'eau coulaient en Mésopotamie, des rivières qui se jettent dans le Tigre et l'Euphrate. Les affluents du premier sont issus du Zagros : du nord au sud le Grand Zab, le Petit Zab et la Diyala. Leurs cours ont un débit rapide en raison des reliefs accidentés et des gorges qu'ils traversent ainsi que de la fonte des neiges en hiver qui provoque de fortes crues en avril/mai. Ils transportent une charge alluviale forte qui se retrouve dans le Tigre. L'Euphrate a quant à lui deux affluents qui le rejoignent en Basse Djézireh, le Balikh et le Khabur, dont le débit est faible.

Un domaine dominé par des étendues planes.  La Mésopotamie est un espace majoritairement plat, constitué de plaines et plateaux. Elle est bordée par de hautes montagnes à l'est, la chaîne du Zagros, percée de vallées profondes et étroites d'orientation nord-ouest/sud-est (Grand Zab, Petit Zab, Diyala), et de petites montagnes et volcans se trouvent en Haute Mésopotamie ou à ses extrémités (Kaukab, Tur Abdin, Djébel Abd-el-Aziz, Djébel Sindjar, Montagne de Kirkuk). La Haute Mésopotamie est essentiellement constitués de plateaux doucement inclinés vers l'est, élevés de 200 à 500 mètres d'altitude, que l'on appelle de nos jours la Djézireh (de l'arabe al-jazayra, « l'île »). Les fleuves y coulent donc dans des vallées encaissées qui mesurent de 1 à 10 kilomètres de large. La moitié sud de la Mésopotamie, qui du point de vue géophysique est la Mésopotamie à proprement parler, là où le Tigre et l'Euphrate sont proches, est une vaste plaine de 150 à 200 kilomètres de large à pente extrêmement faible, qui se réduit plus on va vers le sud au point de devenir quasiment inexistante, ce qui favorise le développement des bras des fleuves, les changements de cours, et la constitution de zones marécageuses.

Organisation des terroirs. Divers documents cunéiformes comportent des descriptions de champs, une centaine présentant également des plans. Il s’agit avant tout de tablettes. Dès les débuts de l’écriture certaines donnent des localisations de champs. Sous la Troisième dynastie d’Ur apparaissent les premières tablettes avec des plans de champs, dont elles donnent des descriptions. Elles sont destinées à évaluer les rendements que l’on peut en attendre. Par la suite, les descriptions se font plus précises.
Les époques néo-babylonienne et achéménide ont livré de nombreux documents de ce type, que ce soient des tablettes et aussi des kudurrus (stèles gravées à la suite de donations de champs). D’une manière générale, les actes de vente de champ comportent sa localisation et sa mesure. Les textes les plus précis précisent les mesures de côtés, les propriétaires des parcelles contiguës, et découpent les champs en parties différentes en fonction du rendement attendu. Certains de ces documents ont pu être destinés à l’apprentissage de la mesure des champs par les arpenteurs, et à l’estimation de la récolte. Les calculs de la superficie des champs se faisaient en adaptant leurs formes réelles à des formes géométriques faciles à calculer : un rectangle pour la plus grosse part, et les irrégularités étaient assimilées à des triangles. L’arpentage se faisait avec des cordes ( en sumérien, eblu(m) en Babylonie, ašalu en Assyrie). Des arpenteurs spécialisés membres de l’administration royale sont attestés à l’époque d’Ur III et à la période paléo-babylonienne.
L'analyse de ces documents permet de restituer l'aspect des champs de la Mésopotamie antique et leur situation. Les champs des terroirs irrigués doivent avoir un accès direct à un canal. De ce fait, la concurrence pour l’accès à l’eau fait que l’on réduit la largeur des champs pour permettre à un plus grand nombre d’entre eux de border le canal, et on gagne une superficie plus vaste en étirant la longueur du champ. Les parcelles sont donc grossièrement rectangulaires, bien plus longues que large, ce qui donnerait un paysage de champs en « lamelle de parquet ». Selon M. Liverani, ce serait le type de champ présent dans le pays, du moins jusqu'au Ier millénaire, quand il semble que les champs de Babylonie deviennent eux aussi de type allongé. Toujours selon le même auteur, ce type de champ est issu d'une planification, visant à optimiser l'utilisation de l'espace en permettant à un maximum de champs d'avoir accès aux canaux (et donc l'éventuelle extension de ce type de paysage serait due à la volonté des autorités des grands organismes). Rien de tel n’est connu pour la Haute Mésopotamie, exception faite du terroir entourant la cité de Nuzi, où l'on voit un partage entre champs allongés et champs ramassé.

L'habitat rural. En raison de l'absence de fouilles archéologiques d'établissements à caractère rural, seuls les textes, et dans une moindre mesure les prospections archéologiques, permettent d'en dessiner les contours. Du reste, il semble que durant la plus grande partie de son histoire la Basse Mésopotamie ait eu un peuplement majoritairement urbain, l'essor des villages ne débutant que dans la seconde moitié du II millénaire, quand les sites de plus de 2 hectares constituent plus du quart de l'habitat repéré ; cette « ruralisation » de la Babylonie se poursuit durant les siècles suivant.
Il faut donc admettre qu'une partie notable des agriculteurs ait résidé dans des agglomérations de type urbain, ces dernières ayant de toute manière pu avoir une taille réduite. Pour le nord, la situation reste peu étudiée. Quoi qu'il en soit, les textes indiquent divers types d'établissements ruraux, dont la nature exacte n'est pas évidente à définir : les /kapru(m) sont des sortes de hameaux ou de grandes fermes, mais des agglomérations que l'on qualifierait de villages sont aussi désignées par des termes utilisés pour les villes (surtout ālu(m)).
D'autres lieux de peuplement ruraux sont les maisons-fermes isolées en briques, les campements de tentes de nomades ou encore les maisons de roseau (huṣṣetu(m)) caractéristiques du sud, mais également des établissements fortifiés servant de centre de grandes exploitations (dunnu(m) et dimtu(m), ce dernier terme signifiant littéralement « tour »), dont des exemples ont été fouillés à Tell Sabi Abyad et Giricano pour l'époque médio-assyrienne
Les espaces ruraux devaient enfin être marqués par d'autres constructions, comme des citernes, des aires de battage, ou encore des silos pour stocker le grain.

La gestion des risques liées à l’agriculture.  Dans les régions d’agriculture irriguée du sud, les canaux d'irrigation sont donc des éléments structurants du paysage agraire. Les levées de terres bordant les fleuves sont des espaces densément occupés : on y trouve en particulier les palmeraies et les vergers qui ont besoin de la proximité des canaux pour être mieux irrigués, ou encore les villages. Les espaces les plus densément mis en valeur sont situés aux abords des villes dernières, qui centralisent le réseau des canaux, voire à l'intérieur de celles-ci puisqu'elles disposent d'espaces non bâtis servant à des activités agricoles.
Le plus gros problèmes des agriculteurs du sud semble avoir été la lutte contre la salinisation des terres, à laquelle des historiens (Thorkild Jacobsen et R. McCormick Adams) ont attribué la cause d'une crise écologique en Babylonie aux XVIIIe ‑ XVIIe siècle, sans doute de façon un peu hâtive. Si ce problème était réel en raison de la forte teneur en sel des sols et de leur irrigation qui provoque une remontée des eaux charriant les sels contenus dans la terre jusqu'à la surface, les anciens Mésopotamiens semblent en avoir eu conscience et développé des techniques pour y faire face : contrôle de la quantité d'eau déversée dans le champ, lessivage des terres avant les labours pour évacuer les sels, pratique de la jachère. Il n'est donc pas assuré que la salinisation des terres du sud mésopotamien ait provoqué sur le long terme une diminution des rendements et des crises.
Un autre risque récurrent pour les paysans mésopotamiens était constitué par les invasions d'insectes, en particulier les criquets pèlerins qui pouvaient submerger par nuées les campagnes et dévorer les cultures. Les gouverneurs de Mari les combattaient par la mise en eau des canaux visant à noyer les larves, en cherchant à faire s'envoler les adultes ou en les faisant écraser par des hommes ou des bêtes.
Quand on s'éloigne vers les rebords du terroir irrigué vers l’espace aride, le réseau de canaux se rétrécie, et la qualité des terres diminue. L’espace inculte sert à faire paître les bêtes. La limite du terroir irriguée peut également être marquée par des marais, qui servent d’espace de pêche et de chasse ou bien d’approvisionnement en roseaux (surtout à l'extrême sud de la Mésopotamie).
La répartition de l’espace entre terroirs irrigués, zone désertique et marais n’est pas statique.
Des champs peuvent devenir incultes suite à une trop forte concentration de sels dans le sol, et donc se désertifier, tandis qu’à l’inverse un espace désertique peut être mis en valeur par l'irrigation ; de la même manière, des marais peuvent être drainés, ou bien se créer en limite d’une zone récemment irriguée voire suite à des mouvements de cours d eau .

La richesse de la Mesopotamie : ses deux grands fleuves. En Haute Mésopotamie, il faut distinguer entre les zones d'agriculture sèche (surtout en Haute Djézireh et aussi à l'est du Tigre) et celles où l'irrigation est nécessaire tout le temps (Basse Djézireh).
Parmi le second cas, l'exemple de Mari est encore une fois bien connu grâce aux textes : la zone cultivée est située dans les terrasses basses des alvéoles de la vallée de l'Euphrate où le réseau d'irrigation est développé, et plus loin s'étendent les terrasses plus hautes qui servent de pâtures, et encore plus loin (au maximum une quinzaine de kilomètres de la rive du fleuve) s'élève le plateau qui est une espace steppique pouvant servir pour l'élevage. La topographie du nord ne permet donc pas le développement d'un réseau d'irrigation aussi étendu que dans les vastes étendues basses du sud. Dans les zones d'agriculture sèche de Haute Djézireh, les terroirs sont organisés pour les périodes allant du IVe jusqu'au IIe millénaire autour d'agglomérations fortifiées souvent de forme circulaires et situées en hauteur autour desquelles l'espace agricole s'organisait de façon concentrique si on suit les propositions de T. J. Wilkinson : un espace densément cultivé autour du site principal, puis des espaces moins intensément cultivés autour de sites secondaires, et au-delà un espace servant aux pâturages. En raison des incertitudes de la pluviométrie, les campagnes des zones d'agriculture sèche du nord ont vu le développement d'espaces irrigués ; ainsi, le paysage rural des alentours de Nuzi voit cohabiter des champs non irrigués aux champs irrigués.
L organisation de l'espace rural de la Mésopotamie du nord change à partir de la fin du IIe millénaire, sans doute en lien avec le développement du royaume assyrien. L'habitat rural devient plus dispersé, et les rois assyriens développent les réseaux d'irrigation et les jardins dans plusieurs zones (notamment autour de Ninive).

Cultures, champs et jardins. Divers documents cunéiformes comportent des descriptions de champs, une centaine présentant également des plans. Il s’agit avant tout de tablettes. Dès les débuts de l’écriture certaines donnent des localisations de champs. Sous la Troisième dynastie d’Ur apparaissent les premières tablettes avec des plans de champs, dont elles donnent des descriptions. Elles sont destinées à évaluer les rendements que l’on peut en attendre. Par la suite, les descriptions se font plus précises.
Les époques néo-babylonienne et achéménide ont livré de nombreux documents de ce type, que ce soient des tablettes et aussi des kudurrus (stèles gravées à la suite de donations de champs). D’une manière générale, les actes de vente de champ comportent sa localisation et sa mesure. Les textes les plus précis précisent les mesures de côtés, les propriétaires des parcelles contiguës, et découpent les champs en parties différentes en fonction du rendement attendu. Certains de ces documents ont pu être destinés à l’apprentissage de la mesure des champs par les arpenteurs, et à l’estimation de la récolte. Les calculs de la superficie des champs se faisaient en adaptant leurs formes réelles à des formes géométriques faciles à calculer : un rectangle pour la plus grosse part, et les irrégularités étaient assimilées à des triangles. L’arpentage se faisait avec des cordes (en sumérien, eblu(m) en Babylonie, ašalu en Assyrie). Des arpenteurs spécialisés membres de l’administration royale sont attestés à l’époque d’Ur III et à la période paléo-babylonienne.
L'analyse de ces documents permet de restituer l'aspect des champs de la Mésopotamie antique et leur situation. Les champs des terroirs irrigués doivent avoir un accès direct à un canal. De ce fait, la concurrence pour l’accès à l’eau fait que l’on réduit la largeur des champs pour permettre à un plus grand nombre d’entre eux de border le canal, et on gagne une superficie plus vaste en étirant la longueur du champ. Les parcelles sont donc grossièrement rectangulaires, bien plus longues que large, ce qui donnerait un paysage de champs en « lamelle de parquet ». Selon M. Liverani, ce serait le type de champ présent dans le pays de Sumer.
Plus au nord, dans le pays d'Akkad, les champs seraient plus ramassés, du moins jusqu'au ier millénaire, quand il semble que les champs de Babylonie deviennent eux aussi de type allongé. Toujours selon le même auteur, ce type de champ est issu d'une planification, visant à optimiser l'utilisation de l'espace en permettant à un maximum de champs d'avoir accès aux canaux (et donc l'éventuelle extension de ce type de paysage serait due à la volonté des autorités des grands organismes). Rien de tel n’est connu pour la Haute Mésopotamie, exception faite du terroir entourant la cité de Nuzi, où l'on voit un partage entre champs allongés et champs ramassés.
L'eau nécessaire pour l'irrigation était amenée vers les zones cultivées par des canaux. Les plus grands partaient directement des cours d’eau, et servaient de base à un réseau hiérarchisé de canaux de taille décroissante, jusqu’aux rigoles d’irrigation. Le système pouvait aussi comprendre des canaux surélevés et parfois des aqueducs, en fonction du relief. Des mécanismes régulateurs étaient en place pour contrôler l'écoulement et le niveau de l'eau, notamment des bassins qui pouvaient être fermés. Les sédiments apportés par les cours d'eau provoquant la surélévation de leur lit par rapport aux champs, l'eau pouvait irriguer le champ sans engin spécial, par percement d'une brèche sur la berge du canal en direction du champ où des rigoles répartissaient l'eau de manière homogène sur toute la surface en culture. Mais il existait également des engins élévatoires, comme le chadouf, puis la noria à partir du Ier millénaire .L'irrigation pouvait également s'effectuer depuis des puits dans les régions moins bien drainées.
Pour prendre un exemple, le réseau de canaux d'irrigation de Mari est connu par des descriptions comprises dans certaines tablettes de la première moitié du XVIIIe siècle, relatant également les travaux d’entretiens nécessaires. Ils évoquent la « bouche » (/pûm), l’entrée du canal à partir du cours d’eau naturel, qu’il faut curer pour enlever pour enlever des dépôts d’argile. La structure fondamentale à ce niveau est le muballitum, mécanisme servant à contrôler la diversion de l’eau de la rivière et à contrôler niveau du canal. Il est constitué d’une barrière constituée de pieux (tarqullum), renforcés par fagots de roseaux et brindilles. On distingue les canaux de dérivation (takkīrum) et les petits canaux adducteurs (yābiltum). D’autres aménagements servent pour le contrôle des flots : des vannes (errētum) sont situées sur le bord du canal pour évacuer de l’eau si le niveau monte trop. Des fossés (atappum) sont situés au bout du canal. On a établi des barrages (kisirtum) pour stopper l’eau. Des bassins secondaires sont disposés sur le réseau, et alimentés par des canalisations en terre cuite (mašallum).
L'entretien du canal est très lourd : le gouverneur du district de Terqa doit mobiliser près de 2 000 habitants pour le maintenir en fonctionnement .La gestion des risques liés à l'agriculture
L'aménagement des campagnes mésopotamiennes répondait également à une volonté de lutter face à divers types de risques pouvant toucher les activités agricoles et plus largement les sociétés rurales et urbaines.
Le système d'irrigation était ainsi destiné à limiter les risques de crues grâce à des bassins de rétention et des canaux de dérivation, complétés par des digues. La fragilité des sols, en particulier dans le sud, impliquait également des aménagements et des pratiques culturales spécifiques pour les protéger, le plus simple étant de pratiquer une rotation des terres en culture ou des périodes de repos plus ou moins longues (jachères), les terres cultivables ne manquant pas dans cette région.
Le choix de cultures et d'animaux adaptés à la sécheresse et aux sols plus pauvres (orge, palmier-dattier, ovins) était une autre solution face à ce problème. En ce qui concerne plus spécifiquement les aménagements agricoles, la disposition des champs semble avoir participé à leur préservation face à l'érosion : des rangées d'arbres étaient plantées en limite des espaces cultivés pour les protéger des vents, des zones étaient laissées en friche pour que des herbes et plantes y poussent et les préservent de l'érosion éolienne.
L'habitude de combiner palmeraies et jardins profite de la faculté des grands arbres à protéger les petites plantes du soleil et des vents violent hommes selon une lettre, et cela ne semble pas suffire.
Productions agricoles.
Si la Mésopotamie a été en marge des bouleversements de la néolithisation et des débuts de l'agriculture et de l'élevage qui se sont accomplis dans le Taurus, le Levant et le Zagros, elle a pleinement participé à la seconde phase de changements majeurs qui a eu lieu au Moyen-Orient entre le fin du Ve millénaire et celle du IVe millénaire. Celle-ci, parfois qualifiée de « seconde révolution agricole », est caractérisée par l'essor de la céréaliculture grâce à l'apparition de l'araire et le développement de l'irrigation, l'expansion de l'élevage ovin pour les besoins de l'artisanat de la laine qui connaît alors un essor rapide, mais aussi le développement de l'élevage d'animaux pour leur force de travail (bovins et ânes) et l'apparition de cultures arbustives et donc de la culture de fruits (palmier-dattier, olivier, vigne, etc.).
Ces changements accompagnent la mise en place des premiers États, des premières villes et des institutions disposant de grands domaines céréaliers et de grands troupeaux ovins.
À partir de cette période, les Mésopotamiens ont eu à leur disposition une grande variété de produits agricoles et également une quantité appréciable d'animaux domestiques. Cet ensemble s'est continuellement enrichi au fil des millénaires par des apports extérieurs et aussi des innovations locales (progrès de l'outillage avec l'essor de la métallurgie, sélection et croisements d'espèces, etc.).
Comme souvent dans l'Antiquité, les productions agricoles reposaient sur quelques éléments de base, notamment l'orge et les ovins, ainsi que le palmier-dattier dans le sud. Mais les jardins permettaient une diversification de l'alimentation, notamment grâce aux légumineuses. Il faut également prendre en compte des activités proches de l'agriculture et de l'élevage comme la chasse, la pêche, l'exploitation des marais et des zones boisées, compléments nécessaires.

La céréaliculture. La Mésopotamie est une grande terre céréalière. Au premier rang, vient l’orge : aliment de base des populations du pays et étalon pour les échanges.
Ensuite, le blé, l’épeautre et à partir du Ier millénaire, le riz est introduit. La culture du palmier-dattier occupe une place majeure surtout dans la moitié sud. Hors les céréales, l’on trouve de multiples cultures à la période babylonienne: le lin cultivé avant le Ier millénaire bien que connu depuis le néolithique, il sert pour le textile et la production d’huile ; le sésame, introduite vers la fin du IIIe millénaire depuis l’Inde pour l’huile alimentaire, les soins corporels et l’éclairage ; diverses légumineuses à l’exemple des pois chiches, des vesces, et autres types de pois, des lentilles et des haricots ainsi que des oignons. Dans les jardins et vergers. Poussent divers légumes mais il n’y a pas de spécialisation ; l’on atteste de la salade, des concombres, des poireaux, de l’ail, de l’oignon, des légumineuse et des épices ; on trouve aussi des arbres fruitiers principalement des grenadiers, des figuiers, des pommiers, des cognassiers et des poiriers. On tente également l’acclimatation de l’olivier et du cotonnier.

La .vigne. La vigne est très répandue dans le nord et courante en Haute-Mesopotamie. Au XVIIIe siècle au sud du Djebel Sindjarune ville porte le nom de Karanâ qui renvoie littéralement au « vin ». les distributions de vin sont courantes dans la cour royale bien que ce soit une denrée de luxe (Syrie, Anatolie orientale, Zagros). On consomme aussi le raisin. Le vin est cependant peu bu comparé à la bière qui reste la boisson alcoolisée la plus répandue.

Elevage.  La primauté de l’élevage ovin est notable. Le mouton, adapté aux terres maigres, est le plus élevé sous forme de troupeaux institutionnels constitués de centaines voire de milliers d’ovins. Ils sont élevés pour la laie, matière essentielle de l’artisanat mésopotamien mais aussi la viande et le lait des brebis.
Les bovins sont les éléments essentiels de l’agriculture mésopotamienne grâce à leur force de travail appréciable pour les travaux agricoles. Leur importance s’illustre dans le fait que certains propriétaires leur donnent des noms. Certains bœufs étaient élevés et engraissés pour la viande, les vaches pour leur lait.
D’autres animaux domestiques existent. Les chèvres sont souvent élevées avec les moutons en raison de leur résistance à l’environnement. On les trouve surtout dans les petites exploitations. L’on trouve surtout le porc élevé pour sa viande et sa graisse. Les équités sont domestiqués tardivement puisque l’âne domestique n’apparaît qu’au IVe millénaire tandis que le cheval ne se répand qu’à partir du début du IIe millénaire, très estimé par les élites, notamment les guerriers. Il faut y ajouter l’onagre qui joue un rôle essentiel en tant qu’animal de bât et de trait ainsi que le mulet.
Au début du IIe millénaire et surtout le Ier, le dromadaire et le chameau sont introduits depuis l’Asie, ils jouent un rôle important pour le bât ou la monte, leur viande et leur laine sont aussi consommées.
L’on compte aussi les chiens notamment pour la chasse des souverains ; les oiseaux de basse-cour attestés depuis les début de l’histoire sont les oies, les canards, les pigeons… les poules et les coqs n’apparaissent depuis l’Inde plus tardivement, sans doute vers le Ier millénaire. Enfin l’apiculture ne se développe qu’au début du Ier millénaire.

La chasse et la pêche.  Secondaires pour l’alimentation, la chasse et la pêche sont importantes ; elles sont le fait de gens du commun en général.

L’exploitation du roseau et du bois.  Les marécages du sud fournissent différentes variétés de roseaux, surtout le roseau à balai. Ils sont utilisés aussi pour la construction de bâtiments (huttes, palissades, chaînage pour les murs de briques…), de bateaux mais aussi divers types d’objets de vannerie ainsi que les calames servant pour inscrite les tablettes cunéiformes en argile. Des ressources en bois sont notables : palmier-dattier, peuplier, tamaris, saule… genévrier qui servent dans la petite construction.

 

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