Spéculation, quand tu nous tiens ...

Réponse à Fabrice pour son commentaire dont je le remercie concernant l’article intitulé « réaction ».

La croissance positive a pratiquement disparue de l’hexagone et de ses alentours. Ce n’est pas tant la crise qui est passée par là mais l’incommensurable incapacité de nos gouvernants, espèce de troupeaux d’ânes battés au service du public mais en réalité surtout serviles à leurs bas instincts d’affairistes appelés en langage populaire « des magouillards, des planqués carriéristes » leurs gros derrières avachis dans les profonds fauteuils des assemblées de la République à ouvrir leurs grandes gueules et s’insulter copieusement mais avec connivence avec leurs adversaires se succédant au gré des législatures.

Avant de poursuivre, une petite parenthèse pour dire à la classe politique qui pense que le monde actuel ne peut vivre sans le libéralisme, à savoir « laisser faire, laisser agir » - Vincent de Gournay, ce qui sous-entend que l’économie s’auto-régule (hors l’on sait que cela est faux, il n’y a pour s’en persuader qu’à regarder la crise actuelle), ci-dessous un passage de F. Coppée « La bonne souffrance » 1898, p. 357 :

« Eh bien, où est le mal après tout ? Depuis quand est-il défendu à un marchand de faire provision d’une denrée quelconque et de ne la revendre que lorsqu’elle a atteint son plus haut cours ? Que reprochez-vous en définitive à ces millionnaires ? D’avoir jouer ? Ce n’est pas un crime. D’avoir gagner ? C’est une chance. Avec vous, que deviendrez la liberté du commerce ?… ». Et ainsi de suite, je n’ai rien à répondre si ce n’est que, de tous les agios, celui qui se fait sur la nourriture des pauvres est le plus abominable et il est odieux de voir individu enrichi par là.

Croyez-vous Fabrice qu’actuellement la grande majorité des Français pensent à acquérir un logement ? en devenir le propriétaire ? La gauche en 1981 dans la campagne présidentielle, par la voix de Mitterand avait pour la première fois lancé ce slogan : « Chaque ouvrier peut être propriétaire de sa maison comme un ingénieur » ! La droite a suivi et l’on sait ce qu’il advint de cette mirobolante idée. L’un de mes proches voisins a du laisser sa maison au bout de quelques années ayant entre-temps perdu son emploi. Encore lui, a-t-il eu la chance de récupérer son logement HLM… ce qui ne fut pas le cas pour l’ensemble des personnes entraînées par cette vague d’optimisme irréaliste. Aujourd’hui, en 2011, l’on sait ce que cette phrase maladroite a créer comme problèmes à tant de familles. Allez donc aujourd’hui demander un prêt pour 20, 30 ou 40 ans à une banque. L’usure a toujours été interdit par le droit canon romain puis par le Coran. Le prophète Ezéchiel aurait dit : « Prêter sans espérer, crime très grave et odieux ». Cicéron lui : « Prêter à usure ou tuer un homme, c’est la même chose, ceux qui prêtent à usure vendent une partie de ce qui n’est point ». La civilisation égyptienne a duré 5 000 ans en ignorant la monnaie. Les civilisations mésopotamiennes se sont effondrées les unes après les autres au bout de quelques siècles s’entre-déchirant, s’entre-détruisant. Elles connaissaient le trafic des lingots et l’usure, c’est-à-dire le croît de l’argent, comme l’appelle le Code Hammourabi. L’intérêt atteignait jusqu’à 25% et allant jusqu’à 100 à 140%. L’Encyclopédia Britanica (1929) souligne que l’écroulement de la Grèce antique au VIe siècle avant notre ère, comme celui de l’Empire romain, est également du à l’usure. Jules César fut brisé pour n’avoir pas su résoudre « la gigantesque accumulation d’intérêts inaliénables » qui avaient concentré toute la richesse en quelques mains réduisant les petits propriétaires en esclavage.

Le monde usure ne s’applique pas seulement au taux pratiqué d’un prêt. Les auteurs anglais qualifiaient d’usure le prêt à la production de l’argent qui n’existe pas, de l’argent négatif. Le prêt à l’usure de la consommation est seul qualifié d’usure dans les textes canoniques, le prêt à la production n’est pas un prêt mais un apport de capital à une entreprise dont l’activité fournit des bénéfices. Ce prêt à la production n’est-il pas licite ? dans certaines limites du taux de l’intérêt. Quand celui-ci atteint 50 à 60% : non. Mais tel est cependant le taux réel des avances bancaires modernes.

Revenons à nos logements, propriétés des ouvriers. Certains ont contre vent et marée conservé leurs habitats mais sont à la merci de ce qui est arrivé à ceux qui ont tout perdu. Aujourd’hui, après ce qui vient d’arriver, toute banque applique sa maxime favorite – « L’on ne prête qu’aux riches ». Vous pensez que rien n’a changé Fabrice ? Nous avons observé la ménagère faisant le tour des rayons chez Carrefour, Auchan… et autres palaces de la victuaille et du gadget. Elle prend tout son temps, un petit carnet à une main et le crayon dans l’autre, à la recherche du moins coûtant, du plus utile, « du manger pour vivre » et non le contraire. Plus de mômes accrochés aux chariots, permettant à leurs progénitures de faire leurs petites emplettes personnelles, sucrerie, chocolat… et autres aliments non indispensables et coûteux dans les casiers mis à leurs hauteurs par les directions des magasins ; ceci comme ci les gens s’apercevaient aujourd’hui seulement de la valeur de l’argent et comptaient leurs sous désormais comme le faisaient leurs grands-mères et arrières-grands-mères. Ces gens-là, Fabrice, s’aperçoivent de jour en jour combien leur niveau de vie baisse et s’inquiètent du devenir de leurs enfants. L’angoisse et la peur s’installent et il ne faudrait pas grand chose pour qu’une marée humaine déboule devant les mairies de France pour exiger que s’arrête le massacre à la tronçonneuse de notre France. J’imagine notre président et ses comparses priant leur Dieu pour que ne se vienne s’ajouter à la crise actuelle un surcroît de crise qui viendrait aggraver la situation après les cadeaux faits aux hommes du système dont ils sont aux ordres. Quand à moi, je les prie de bien vouloir ne se faire plus passer pour des « humanistes » quand à la dette qu’hériteraient éventuellement nos futurs rejetons. Le peuple a parlé au suffrage universel pour que les « élus » s’occupent des affaires de ceux qui ont voté et non pour préparer l’avenir de ceux qui viendront dans quelques dizaines ou centaines d’années.

« La Bourse est un casino » ? … « La spéculation est nuisible » - paroles d’un auteur qui m’est inconnu. Sous jacente est l’idée moralisatrice de spéculer en anticipant l’avenir et prenant des risques ne correspondant pas à un travail, seule l’activité serait considérée comme honorable et utile pour les porteurs de cette critique. Quand aux tenants de la spéculation, eux considèrent qu’il s’agit d’un intellectuel d’analyse indispensable à la société qui permet de diriger les capitaux disponibles. Il convient de distinguer les opérations de trading qui ont peu d’impact sur l’activité des sociétés – mais lorsqu’elles ont un impact, c’est un vrai cyclone. « La Bourse est un concours de beauté » - John Maynard Keynes qui considère que pour gagner en Bourse, il ne faut pas investir sur l’entreprise potentiellement la plus rentable mais sur celle dont tout le monde pense qu’elle est potentiellement la plus rentable. Il peut suffire de le faire croire à une majorité et de faire savoir que la majorité le croit. C’est ainsi qu’aidés par des comptables peu scrupuleux, des scandales comme Enron ou Worldcom ont pu survenir.

En France, les revenus des capitaux mobiliers sont taxés à 27% (16 +11% de CSG) au-delà d’un seuil de cession de 20 000 euros annuels. Si elles sont plus importantes, les plus-values peuvent être requalifiées en bénéfices non commerciaux imposés à 57%. A signaler que les devises ne sont pas l’objet d’échange en Bourse. Celles-ci sont négociées sur le marché des changes qui est un marché de gré à gré.

Au XIIe siècle, les courratiers de change sont chargés en France de contrôler et réguler les dettes des communautés agricoles pour le compte des banques de France. Il s’agit en fait des premiers courtiers. Ils se réunissaient sur le Grand Pont à Paris, l’actuel Pont au Change.

Au XIIIe siècle, les banques lombardes sont les premières à changer des créances d’Etat à Pise, Gènes ou Florence – la banque revend à une autre banque ou à un particulier une créance, à savoir ce que lui doit un Etat.

Le terme de « bourse » apparaît début du XIVe siècle à Bruges en Flandre, important centre de commerce depuis la fin du XIIe siècle. Une place de Bruges qui portait le nom de Van der Brueges était le lieu d’échange pour de nombreux marchands. On allait en Buerse chaque fois qu’on réglait le volet financier d’une affaire. En 1309, le phénomène s’institutionnalise par la création de la Bourse de Bruges suivie par quelques autres centres (Gang et Amsterdam). La première bourse fut édifiée à Anvers. En France, la Bourse voit le jour à Lyon en 1540. Le premier krash fut recensé en Hollande en 1636. Le cours des tulipes ayant atteint des niveaux élevés, il s’effondre. Au XVIIe siècle, les Hollandais sont les premiers à utiliser la Bourse pour financer les entreprises ( la première à émettre des actions et obligations fut la Deusch East Indian Compagny en 1602). En 1688, Londres commence à côter. La Bourse de Paris créée en 1724, les cours se faisaient obligatoirement à la criée pour l’amélioration des opérations (création de la compagnie Paquet). Au XIXe siècle, la Révolution industrielle permet le développement rapide des marchés boursiers, entraînés par des besoins rapides des capitaux pour financer l’industrie et le transport.

A partir de 1970, on assiste à la dématérialisation des titres échangés en Bourse grâce à l’informatique. En France, elle fut effectuée à partir de novembre 1981. Les cours auxquels sont réalisés les transactions sont en première approximation fonction de l’offre et de la demande. Si la demande est plus forte que l’offre, les prix seront plus élevés et inversement. En pratique, acheteurs et vendeurs étant capables de mimétisme, chose commune dans toute activité bancaire et sociale, il arrive que l’offre et la demande et en conséquence la tendance des cours connaît des emballements exagérés. Les bourses permettent de réduire les risques de contre-partie, d’être non payés ou non livrés. Google, Wikipédia, encyclopédia de la Bourse

Il est évident que si le peuple français se laisse facilement « museler » par ceux qui sont en charge de la nation, il n’est pas près de réagir comme l’ont fait « les hommes de la Révolution ».

« Terrasson, vieux ministre fameux par ses coups de bourse, autorisait toutes les espérances des financiers et faisait présager une période de grandes affaires. Bientôt se gonflerait du lait de la richesse ces trois mamelles des nations modernes » = L’accaparement, l’agio, la spéculation frauduleuse. Anatole France, L’île des pingouins, 1908, p.357

                                                                                     le 15 janvier 2011

 

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