SUMMER ET LES CITES ETATS

SUMER.
Sumer est une civilisation et une région historique située dans le sud de l'Irak, la Mésopotamie. Elle a duré de la première colonie d'Eridu dans la période d'Obeïd (fin du VIe millénaire) en passant de la période d'Uruk (IVe millénaire ) et les périodes dynastiques (IIIe millennaire) jusqu'à la montée de Babylone au début du IIe millénaire . Le terme sumérien s'applique à tous les locuteurs de la langue sumérienne. Elle constitue la première civilisation véritablement urbaine et marque la fin de la Préhistoire au Moyen-Orient.

Des origines inconnues. Les plus anciennes traces de peuplement en Basse Mésopotamie remontent à la seconde moitié du VIIe millénaire , et sont attestées sur le site de Tell el-'Oueilli. Celui-ci présente les premiers développements de la culture de la période d'Obeid, divisée habituellement en cinq phases s'étendant en gros sur le VIe millénaire et le Ve millénaire.
Le site le plus important connu pour cette période est Eridu, où ont été dégagés plusieurs niveaux successifs d'un édifice monumental. Cette période verrait l'apparition de chefferies dominant des communautés d'agriculteurs et pratiquant des échanges à longue distance, quoi que dans une proportion limitée.
Durant la période d'Uruk (IVe millénaire ), surtout sa phase finale (v. 3400-3100 ), la complexification de la société entraîne l'apparition des premiers États et des premières villes. Les monuments dégagés à Uruk illustrent la richesse et la créativité de la Basse Mésopotamie de cette période, qui exerce un rayonnement important sur les régions voisines et peut-être une première forme d'impérialisme (l'« expansion urukéenne»). L'écriture apparaît également durant les derniers siècles de la période d'Uruk.
En l'état actuel des choses, il est impossible de dire avec certitude quel rôle ont eu les Sumériens dans ces sociétés. La documentation archéologique ne permet pas d'attribuer ces phases à un groupe ethnique, et il n'y a pas de consensus pour savoir si les premiers textes écrits comportent bien des traces de sumérien
L'origine des Sumériens fait donc l'objet de deux approches opposées.Le premier type d'hypothèse fait venir les Sumériens d'une région voisine de la Basse Mésopotamie ; ils seraient donc un élément extérieur à celle-ci, et ne participeraient pas aux premières périodes de développement des sociétés du delta mésopotamien. Plusieurs propositions sont alors avancées pour savoir quand les Sumériens seraient arrivés dans la région : ils pourraient être présents dès la période d'Obeid, parmi d'autres groupes de populations dont certains seraient antérieurs (un « substrat pré-sumérien » qui se retrouverait dans certains toponymes non explicables par le sumérien), ou bien seulement au début du IIIe millénaire , quand les textes contiennent sans ambiguïté possible des éléments grammaticaux en sumérien.
Le second type d'hypothèse situe l'ethnogenèse des Sumériens dans la Basse Mésopotamie des débuts de la période d'Obeid : les différentes communautés hétérogènes de la plaine deltaïque auraient progressivement fusionné pour former un groupe ethnique, les Sumériens.
Quoi qu'il en soit il est généralement admis que les Sumériens sont déjà présents en Basse Mésopotamie durant la période d'Uruk. Ils feraient alors partie (voire seraient l'élément moteur) des créateurs des premiers États, des premières villes, de la première forme d'écriture et des entreprises de colonisation dans les pays voisins durant la période d'Uruk, même s'il faut sans doute admettre que la Basse Mésopotamie est déjà une société polyglotte et donc multi-ethnique, comme elle l'est durant les phases suivantes de son histoire.

Le temps des cités-Etats. La période d'Uruk s'achève vers la fin du IVe millénaire , quand débute la brève période de Djemdet Nasr (v. 3100-2900).
L'influence mésopotamienne à l'extérieur connaît alors un reflux, et des changements sociaux semblent se produire, ce que reflèterait notamment la plus grande concentration sur les sites urbains. Mais les capacités des institutions restent fortes, comme l'attestent les constructions d'Uruk à cette période. Les causes de ces changements restent inconnues (facteurs internes, migrations ?).
S'ouvre ensuite la période des dynasties archaïques ( v. 2900-2340 ), divisée classiquement en trois périodes : DAI (2900-2750 ), DAII (2750-2600 ) et DAIII (2600-2340 ).
DAIII(2600-2340) : c'est pour cette période que les textes présentent sans doute possible des termes sumériens, et qu'apparaît pour la première fois le terme « Sumer » . L'extrême sud de la Mésopotamie est alors occupé par plusieurs cités-États sumériennes, s'épanouissant sur un espace d'environ 30 000 km² : Uruk, Ur, Lagash (avec sa capitale Girsu), Umma, Adab, Nippur, Shuruppak. Plus au nord s'étendent des États dominés par des Sémites, Kish et Akshak ; ces populations sont peut-être nouvellement arrivées dans la région, depuis la Haute Mésopotamie et la Syrie. La vallée de la Diyala est peut-être peuplée elle aussi majoritairement de Sumériens.
La documentation ne permet pas de connaître l'histoire politique de cette période, en dehors de quelques événements ponctuels attestés par des inscriptions royales du DA III, surtout provenant de Lagash.
La tradition mésopotamienne postérieure rapporte les noms de rois semi-légendaires qui ont peut-être effectivement vécu vers le DA II ou le début du DA III, comme Gilgamesh à Uruk, Enmebaragesi à Kish, ou Lugal-Ane-mundu à Adab, mais il est impossible de prouver cela. Le DA III, et surtout le XXIVe siècle , voient des conflits épisodiques entre les différents royaumes, marqués par l'hégémonie temporaire de certains souverains (Eanatum de Lagash, Enshakushana d'Uruk), avant l'émergence de Lugal-zagesi, venu d'Umma et régnant à Uruk, qui unifie la Basse Mésopotamie.

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L’Empire d’Akkad.  La période des cités-États s'achève par leur unification vers (2350-2340) par Lugal-zagesi puis par son vainqueur Sargon d'Akkad, venu de Kish, donc d'un pays sémite (qu'on peut désormais qualifier d'« akkadien »).
Ce grand conquérant fonde alors ce qui est considéré comme le premier empire, l'empire d'Akkad, exerçant sa domination sur toute la Mésopotamie. Ses successeurs, en particulier son petit-fils Naram-Sîn, poursuivent son entreprise en étendant ses conquêtes vers la Syrie et le plateau Iranien et en procédant à des réformes administratives visant à unifier les territoires qu'ils dominent. Cela ne va pas sans heurts, puisque les rois d'Akkad doivent faire face à plusieurs révoltes, provenant parfois du cœur de leur empire (Kish, Ur, Uruk, etc.).
Les rapports entre la nouvelle élite dominante, à majorité akkadienne, et les Sumériens désormais plus indépendants politiquement, sont débattus : certains chercheurs estiment qu'il y a eu une forme d'opposition à base ethnique, mais les arguments en ce sens restent ténus.
La séparation entre le nord et le sud de la Basse Mésopotamie, les pays d'Akkad et de Sumer, se reflète en tout cas dans le domaine ethnique, et sans doute aussi social et culturel même si elle ne génère pas forcément des tensions de type ethnique.
Les anciennes cités-États sumériennes sont devenues des provinces dans l'empire, dont elles sont le pilier de la prospérité économique grâce à leurs grands domaines qui ont été placés sous la coupe des gouverneurs servant les rois d'Akkad.

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La periode néo-sumérienne. L'empire d'Akkad s'effondre un peu après 2200 , pour des raisons encore mal déterminées : des troubles en Haute Mésopotamie et dans le Zagros ont peut-être affaibli le royaume, qui connaît un processus de fragmentation qui atteint finalement la Basse Mésopotamie. La tradition mésopotamienne rapporte que le coup de grâce fut porté à Akkad par un peuple « barbare » venu des montagnes de l'Est, les Gutis.
Ceux-ci n'ont en tout cas jamais pu dominer tout Sumer et Akkad, où émergent de nouvelles  des œuvres d'arts.
Vers la même période se produit l'ascension du roi Utu-hegal d'Uruk, qui aurait soumis les Gutis. Il est ensuite supplanté par un certain Ur-Nammu, sans doute son frère, qui établit une nouvelle dynastie à Ur, la troisième dynastie d'Ur.
Ce roi et son fils et successeur Shulgi constituent dans les premières décennies du XXIe siècle un puissant empire qui domine la Mésopotamie et la frange occidentale du plateau Iranien. La réorganisation administrative qui a alors lieu aboutit pendant quelques années à la mise en place d'un système souvent qualifié de « bureaucratique », dans lequel l'administration impériale tente d'exercer un contrôle poussé des ressources matérielles et humaines à sa disposition. Elle a produit des dizaines de milliers de documents qui font de cette période la mieux connue de l'histoire sumérienne.
Le fait que la domination des rois d'Akkad soit suivie de l'essor de dynasties issues des cités sumériennes (Lagash, Uruk, Ur) prospères économiquement et produisant de remarquables réalisations artistiques et architecturales (statues de Gudea, ziggurats, etc.) et littéraires (en sumérien) a fait que la fin du IIemillénaire a parfois été caractérisée comme une « renaissance sumérienne », réaction à l'indépendance acquise face aux Akkadiens. En réalité, pas plus que pour la période précédente on ne peut suivre une grille de lecture suivant une opposition ethnique entre Sumériens et Akkadiens, qui participent à une même civilisation.

La fin de Sumer et des sumeriensLa troisième dynastie d'Ur s'effondre vers 2004 après une période de crise et de fragmentation politique, suite à une offensive menée par les Élamites. Mais la chute d'Ur profite surtout à des personnages d'origine amorrite, populations sémites venues manifestement de Syrie, qui installent des dynasties dans différentes villes de Sumer et d'Akkad. Durant les deux premiers siècles du IIe millénaire , le sumérien est assurément devenu une langue morte. Il l'est peut-être dès la période de la troisième dynastie d'Ur, mais cela est débattu. Il apparaît en tout cas que durant les XXe siècle et XIXe siècle le sumérien est traité comme une langue étrangère par les scribes mésopotamiens, devenu une langue liturgique de prestige et non plus usuelle.
Les grandes villes du pays de Sumer restent les conservatoires de cette langue, et semblent conserver une identité propre qui ressort encore au début de la période de domination de la première dynastie de Babylone (au XVIIIe siècle ) quand elles participent à des révoltes qui précèdent une crise grave voyant leur abandon pour quelques siècles.

La vie economique. La civilisation sumérienne est, à des bien égards, une civilisation primitive. Les Sumériens faisaient un certain usage du cuivre et de l'étain et selon Gordon Childe « à l'occasion, ils les mêlaient pour avoir du bronze ». Pourtant, le métal représentait encore pour eux un luxe, voire une rareté. Selon Delaporte, « la plupart de leurs outils étaient en silex et les faucilles ». D'après Leonard Woolley, « le tissage était exécuté sur une grande échelle sous la direction de surveillants nommés par le roi lui-même ».
Étant donné que la pierre était rare en Sumérie, on devait la faire venir du Golfe Persique, en remontant le fleuve. Néanmoins, le transport par voie terrestre n'était pas inexistant, puisque la mission d'exploration de l'université d'Oxford a exhumé le plus ancien véhicule à roue connu à Kish.
Par ailleurs, les cachets découverts révèlent qu'un certain commerce existait avec l'Inde et l’Égypte. La monnaie n'existait pas donc on procédait par troc. Mais, Alain Joxe pense que la monnaie est apparue, « peut-être à Sumer, mais seulement comme instrument de règlement final de gros contrat, nécessairement public ». Alain Joxe emploie donc le mot peut-être. Toutefois, selon Woolley, l'or et l'argent servaient d'étalons d'échange sous forme de lingots ou d'anneaux ayant une valeur préalablement définie. Il existait également un « code qui traitait de toutes questions commerciales ou individuelles ou même sexuelles, les achats et les ventes, l'adoption et les legs ».

Structure sociale. La Sumérie, mot utilisé par les spécialistes jusqu'au milieu 1950, constituait d'une structure sociale plus ou moins complexe. Entre les riches et les pauvres, il existait, selon Woolley, une classe moyenne, « composée de petits commerçants, de savants, de médecins et de prêtres ». Constituées des impôts payés en natures, enfermés dans les entrepôts royaux », étaient également « répartis, à titre de salaires, aux fonctionnaires et aux employés de l’État » Autrement dit, les fonctionnaires appartenaient à la classe moyenne.

Condition féminine dans la civilisation de Sumer. Bien que les femmes aient bénéficié de protection sous la loi cunéiforme et qu'elle pouvaient atteindre un statut social plus élevé que dans les autres civilisations contemporaines, la société sumérienne est dominée par les hommes.
Selon le code d'Ur-Nammu : sous le lu-gal (« grand homme » ou roi), tous les membres de la société appartenaient à l'une des deux couches de base, soit le lu, ou homme libre, et l'esclave (homme, arad, et femme, geme). Le fils d'un lu est appelé dumu-nita jusqu'à ce qu'il se marie. Une femme (munus) débute sa vie en tant que fille de ses parents (dumu-mi), devient épouse (dam), puis, si elle a survécu à son époux, une veuve (numasu) et elle peut alors se remarier.

Organisation éducative. Les Sumériens édifièrent une structure éducative performante et complexe. « À Ur, il y a plus de 37 siècles, les écoles publiques s'étaient multipliées. L'école pouvait recevoir quelque 25 élèves d'âges divers.À l'origine annexes des temples, les écoles sumériennes s'étaient laïcisées on y enseignait les disciplines les plus diverses, de la botanique aux mathématiques en passant par la géographie et la grammaire. Elles étaient de hauts lieux du savoir. »
La civilisation de Sumer a produit quelques-uns des tout premiers astronomes historiques, assemblant ainsi des étoiles et leur position en constellations, dont plusieurs survivent aujourd'hui et qui étaient également reconnues par les grecs anciens.

Sciences. Les astronomes sumériens ont indépendamment inventé, vers 3500 , des calendriers basés sur le cycle lunaire, aboutissant donc à 13 divisions de l'année, au lieu de nos 12 mois habituels. Du côté des femmes du IIe millénaire , des astronomes sumériennes sont dirigeantes des grands temples observatoires .
C'est aussi aux Sumériens que l'on doit la division du cercle en 360 degrés : le cercle
d'améliorer la précision des techniques de mesure du temps.

Civilisation et arts. Les Sumériens et leurs successeurs akkadiens possédaient une culture exceptionnellement avancée, on leur doit notamment :
. la fondation des premières cités-États (Ur, Lagash, Uruk, Umma, etc.) ;
. peut-être le premier système politique à deux assemblées ;
. le travail du cuivre ;
. l'utilisation de la brique dans la construction d'habitations ;
. la première architecture religieuse connue (temples puis ziggourats) ;
. le développement de la statuaire ;
. la glyptique ;
. l'écriture, à la base des chiffres, après pictographique, puis cunéiforme ;
. les mathématiques et l'écriture des nombres en système sexagésimal : numération sumérienne
. le premier système scolaire ;
. les premières formes d'esclavage ;
.le commerce et la notion d'argent.

La religion. La religion sumérienne a influencé l'ensemble de la Mésopotamie pendant près de trois mille ans, ainsi que les onze premiers chapitres de la Bible. Elle est une composante très importante de la vie, privée comme publique, des Sumériens et donne naissance à des représentations artistiques comme à des œuvres littéraires. Dans la conception sumérienne, le souverain n'est que le dépositaire de la divinité : sa fonction est sacerdotale aussi bien que politique.
La religion sumérienne est caractérisée par son polythéisme et son syncrétisme. Son panthéon compte une grande variété de dieux, structurée en une hiérarchie stricte, calquée sur la société humaine.
Au sommet se trouve la triade cosmique constituée de :
. An (« dieu-ciel »), maître du ciel, roi des dieux, et sa parèdre Antum ;
. Enlil (« seigneur-air »), maître de la terre, démiurge, dieu protecteur de Nippur, et sa parèdre Ninlil ;
. Enki (« seigneur-terre » ?), Ea pour les Sémites, maître des eaux douces, dont la ville sainte est Eridu.
Sous cette triade se trouvent les divinités astrales comme le dieu-lune Nanna (Sîn en akkadien) et le dieu-soleil Utu (Shamash en akkadien) ; puis les dieux infernaux et les dieux guerriers ; puis les dieux de la nature et les dieux guérisseurs ; puis les dieux d'instruments (pioche ,…)
L’astronomie paléo-babylonienne recouvre l'astronomie pratiquée antérieurement à l'avènement de l’empire chaldéen.

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