Cabale infernale

 

"... Je devrais faire ici parler la vérité" Racine - Phèdre 

N’est-il pas normal pour un enfant, voir pour des enfants, de connaître leur véritable père ? N’est-il pas normal pour un homme quel que soit son âge de connaître la vérité sur « ses » enfants ?

« Les femmes qui font la plus aimable partie du beau monde et qui sont de la bonne cabale » Scaron, Rom. Ch. 8, 2e partie

La Fontaine ne disait-il pas des gens qui fomentent une cabale – « Ici bas, maint talent n’est que pure grimace, cabale, et certain art de se faire valoir. Mieux su de ses ignorants que des gens de savoir ».

Cabale ou brigue, complot. La cabale et le complot ont cela de commun qu’ils expriment l’entente de plusieurs pour atteindre un objet – « Que sous votre cabale, il vous plût à servir » - Corneille. La brigue se distingue de la cabale parce qu’elle peut être purement individuelle, mais la cabale suppose un concours de personnes.

Comedia del arte 1er acte –

Un tout jeune homme ayant reçu une éducation en fit largement les frais. Il faut noter que le terme éducation est un mot récent, on disait autrefois nourriture (sans doute de l’esprit), M. H. Martin rappelle que la substitution du terme d’éducation nationale à instruction publique est toute récente. J’ai pour opinion que cette substitution n’est pas étrangère au mal de la société. A trop vouloir en faire, l’Etat s’est fourvoyé.

Notre mère, devenue veuve à 34 ans, mère de 4 enfants âgés de 12, 11, 6 et 5 ans, a tenu à ce que ses enfants aient une bonne instruction et une bonne éducation. Les quatre enfants réussirent leur scolarité et obtinrent les diplômes accessibles à l’époque, ce qui valut à ma mère une vie acharnée de labeur. Le jeune homme que je décris se marie à 22 ans, mariage qui après de longues fiançailles ne dura guère plus de six mois. Je passe sur les circonstances de cet échec que je n’attribue à personne sinon à l’amour immodérée d’une fille pour sa mère. C’est la première fois que je quitte la ville où je suis née, Casablanca et entame un tour de France qui me porte de Marseille à Dijon, Lunéville Lompnes, Paris où j’assiste à la victoire de Fausto Copi au Parc des Princes puis à Bordeaux où j’attends place des Grands Hommes, complètement démuni d’argent, un billet d’avion expédié par ma mère. Retour à Casablanca au bercail maternel, reprise du travail.

Comedia del arte 2e acte – ou « le summum de la bêtise »

L’un de mes amis me propose au printemps 1953 de l’accompagner dans une brasserie fort connue du quartier Mers Sultan portant le nom d’un boxeur français ayant porté haut les couleurs de son pays. La brasserie est illuminée et les brochettes vont bon train, la mère entourée de ses enfants et les garçons travaillant derrière le bar. Je sirote ma grenadine-citronnade. Il est 21 h. et Suzanne rejoint sa famille attablée , versant de chaudes larmes. Cette pauvre fille a reçu une paire de gifles pour avoir refusé une danse à un malotru ; entre deux sanglots, elle donne les caractéristiques du charmant jeune homme. Celui-ci, fraîchement arrivé de France, travaillant à la base américaine de Noaceur distante de 30 km de Casablanca, a pour nom Ribes Paul et son lieu de provenance est Avignon en France. La base de Noaceur est la plus importante d’Afrique du Nord et les renseignements concernant le quidam ont été recueillis par le policier mandé par la dame patronesse de l’Hermitage, le plus grand dancing de Casablanca où se nouent les couples en quête d’aventure ou mariage. Le règlement est très stricte et Me Marie ne lésine pas avec l’ordre et la morale. Notre homme a été verbalisé et mis à la porte des lieux. Le plus jeune des frères avec qui je faisais un brin de causette quitte le bar, interroge sa soeur et lui promet d’aller trouver l’importun. Très en colère ayant repris son poste et s’adressant à moi, il me répète sa décision de venger l’honneur de sa soeur dès le lendemain. Je lui réponds : « Il ne faut jamais remettre à plus tard ce que l’on peut faire à l’instant même ». Et nous voilà partis vers Noaceur. A l’entrée de la base, deux MP –Military Police - nous demandent ce que nous désirons à une heure pareille. J’explique que l’un de mes cousins travaillent à la base et qu’étant de passage à Casablanca il me serait fort agréable de le saluer. Le soldat consulte un dossier et me donne le numéro du dortoir de Ribes Paul. Le jeune à côté de moi étant fort excité, je pénètre seul et demande à la tête de chambrée l’emplacement du lit. Je réveille celui-ci et après quelques discussions, il s’habille et décide de sortir avec moi de la base. Lorsqu’il aperçoit celui qui deviendra plus tard mon beau-frère, il a un geste de recul mais je le rassure. Nous nous éloignons à une cinquantaine de mètres de la base, il se retourne vers nous, met la main à la poche et sort un couteau. Je le désarme1, lui envoie une baffe monumentale qui l’assomme à moitié et me dirige vers le pick up tandis que le jeune homme répare l’outrage fait à sa soeur.

1) Pour enlever tout quiproquo, je signale à mes internautes que j’ai été un garçon très sportif en ce qui concerne les sports de combat – lutte gréco-romaine, boxe... – la musculation, l’haltérophilie... et je soulevais des poids qui étaient inaccessibles, pour un poids de 64kg, à n’importe quel sportif du Maroc (200kg au squatt et soulevé de terre). Pour vous dire, que si l’on chatouillait mon ego, j’avais du répondant.

La petite échauffourée attire les deux MP, nous démarrons le pickup et rentrons. La brasserie a gardé ses rideaux ouverts et la famille ainsi que les nombreux clients attendent le retour du fils prodigue. Je viens d’accomplir la plus grande niaiserie de ma vie ! A mettre au panthéon du bétisier mondial. Je vous fais grâce de la suite : une fréquentation houleuse de quelques mois qui m’incite à émigrer au Brésil après avoir vu un documentaire sur ce pays. Un de ces jours prochains, je vous conterai les péripéties de mon séjour.

Cela faisait quatre mois que je travaillais dans ce pays en pleine expansion où je me plaisais, lorsque me parvinrent deux courriers, l’un de ma mère me signifiant que je devais rejoindre le 6e régiment de tirailleurs marocains pour effectuer mon service militaire2, l’autre de Suzanne m’informant de sa grossesse et de sa décision de se débarrasser du foetus si je ne revenais pas au Maroc.

2) Lorsque je demandais la main de ma première épouse, Marcelle, à ses parents, sa mère me demanda de prendre la nationalité française au cas où nous divorcerions. Je ne peux que l’en féliciter puisque étant espagnol je n’aurai sans cela pu divorcer. Ma convocation pour le service militaire français arriva alors que j’étais au Brésil. Les autorités militaires m’ayant oublié pendant deux ans alors que d’ordinaire, le service militaire se faisait dans l’année qui suivait.

La mort dans l’âme, ma mère m’ayant fait parvenir un billet d’avion – décidément, il eut été utile qu’elle me prenne un abonnement à Air France ! - et ne comprenant pas les frais faits par celle-ci, je prenais le chemin du retour vers ma terre natale. Sitôt arrivé à Casablanca, je trouvais la dite Suzanne installée chez ma mère comme de coutume à cette époque lorsqu’une jeune fille était engrossée. Suzanne retourna aussitôt chez ses parents et faisant simulacre de mariage en faisant le tour des services municipaux avec deux témoins, nous revinment la bague au doigt. Il faut vous dire que je ne pouvais prendre femme à la mairie ou à l’église puisque j’étais toujours marié avec ma première épouse et mon divorce ne fut prononcé que lorsque la dite Suzanne était enceinte de huit mois de notre deuxième enfant, Michelle. Le lendemain, j’accomplis mon deuxième devoir en me présentant à la caserne de Médiouna pour mon service militaire. Arrivé avec trois mois de retard sur la date de convocation, cela se passa très mal. A 24 ans, n’étant pas décidé à ce qu’un jeune con de caporal m’indiqua que le blanc était noir et vice versa et que je devais « fermer ma gueule ». Il passa à travers la fenêtre du dortoir heureusement situé au rez de chaussée projeté par moi et je fus convoqué chez le père du régiment. Celui-ci me donna à choisir, je précise que je n’avais pas passé mes classes, entre partir à Cherchel, département d’Oran pour suivre le peloton des aspirants ou au Centre d’Entraînement physique et militaire à Rabat pour une période de 6 mois. J’optais pour la seconde solution. Je fis mon service militaire et dix huit mois plus tard, je me remis au travail.

 Je quittais le bureau d’études pour vivre et travailler la majorité du temps en déplacement en chantier sur tout le territoire marocain, me détachant peu à peu du joug familial, en particulier    de ma femme (le mariage eut lieu en 1956, après mon divorce et juste avant la naissance de notre fille Michelle) qui, dès le début de notre vie commune, m’invitait à sortir avec ses frères afin de pouvoir rester avec ses soeurs et sa mère. Cette suggestion n’est pas rentrée dans l’oreille d’un sourd ! Notre vie commune n’existât pratiquement plus et, en 17 ans de mariage, je n’ai vécu environ que le tiers de ces années avec elle. Mon épouse demanda le divorce en 19753.

3) Avant mon divorce, je ne vivais plus avec ma femme officieusement depuis plus de 5 ans, parti en Afrique gagner ma vie plus confortablement, de manière à subvenir aux besoins de mes enfants. J’ai toujours versé le correspondant d’un salaire gagné en France à celle-ci. Et ceci, sans jamais avoir été condamné par un tribunal puisqu’aucune procédure n’avait été engagée. Or, lors de la conciliation pour notre divorce, celle-ci dira que j’étais parti dès la naissance des enfants sans jamais avoir donné de mes nouvelles, sans avoir jamais subvenu à leurs besoins... Ces mensonges sont insupportables puisque les talons des chèques faisaient foi. Reparti en Afrique, je n’assistais au prononcé du jugement du divorce et il fut dissout en ma défaveur m’accusant injustement de tout ce qu’elle avait dit. Etant en Espagne actuellement, je ne peux numériser le dit jugement pour vous le montrer mais je le ferai sitôt rentré début septembre. (J’ai demandé en outre au tribunal les minutes de la conciliation dans laquelle il avait été démontré les mensonges de ma femme).

Pour parachever ce deuxième acte, il faut vous dire qu’il a fallut que 55 ans de ma vie s’écoulent pour apprendre que j’ai été l’objet d’une tromperie. Il y a quatre à cinq mois environ, lors d’une conversation téléphonique avec mon ex épouse, celle-ci, folle de rage, se met à m’insulter, prétextant que je ne m’occupe pas assez de mon cher bambin de 55 ans, Roger, qui présente des dédoublements de la personnalité et que je suis directement responsable de cet état de fait puisque mon père est décédé en 1934 d’une maladie neurologique 4 très grave.

4) Mon père fut atteint d’une maladie grave incurable à l’époque et qui fit des millions de morts quelques siècles plus tôt lorsque les conquistadors rentrèrent en Europe. Il contracta cette maladie après la naissance de ses quatre enfants. Sa mère, ayant quitté le Maroc quelques années plus tôt, vint le chercher depuis Séville pour le ramener en Espagne où il décéda en 1934.

Sortant d’une opération de chirurgie cardiaque grave, j’ai été perturbé quelques nuits, ne pouvant dormir et réfléchissant aux événements passés. De ce fait, retournant en pensée au Brésil en 1954, deux dates m’interpellèrent : le suicide provoqué de Gétulio Vargas 5, Président de la République du Brésil et le Mundial de football de 1954 perdu par le Brésil en quart de finale6.

5) Getulio Vargas – Le matin du 5 août 1954, un attentat à tirs de revolver devant l’édifice où résidait Carlos Lacerda à Copacabana tue le major Rubens Florentino Vaz de la force aérienne brésilienne et blesse Carlos Lacerda au pied, ex journaliste et député fédéral de l’UDN qui faisait opposition à Vargas. L’attentat fut attribué à Alcino Joao Nascimiento et à l’auxiliaire Climério Euribes de Almeida, membres de la garde personnelle de Getulio. En prenant connaissance de l’attentat, celui-ci dit « Carlos Lacerda a reçu une balle dans le pied. J’ai reçu deux balles dans le dos ». En raison de ce crime, les pressions de la presse et des militaires s’exercent pour que Vargas renonce ou démissionne de la présidence. Celui-ci se suicide dans la nuit du 23 au 24 août. On ne saura jamais si c’était un suicide volontaire ou provoqué. Par conséquent, le 24 août 1954, j’étais à Rio de Janeiro et travaillais dans l’entreprise allemande AEG, par conséquent le 5 août 1954 j'étais à Rio de belle lurette puisque entre mon arrivée à Rio et l'obtention de ma carte de résident près de deux mois se sont écoulés.

6) Mundial de 1954 en Suisse du 16 juin au 4 juillet 1954 : J’étais installé depuis quelques temps déjà à Copacabana lorsque la coupe du monde de football en Suisse en 1954 débuta. Le Brésil perdit en quart de finale et je n’ai jamais vu au cours de ma vie un pays aussi désespéré que fut le Brésil. Les taxis portaient accrochés aux antennes de radio un petit drapeau noir. Le 27 juin à Berne eut lieu le match Brésil-Hongrie. Le Brésil fut éliminé par la Hongrie sur le score de 4-2. La finale fut gagnée par l’Allemagne qui battit la Hongrie sur le score de 2-1, la Hongrie ayant terminé le match a 10, Puskas ayant été sorti brutalement sur une civière ; à l’époque, l’on ne remplaçait pas les joueurs blessés. Je signale d’autre part que l’Allemagne s’était qualifiée contre le Brésil ayant essuyé une défaite contre celui-ci de 7-2. Quelques temps après la défaite de l’équipe du Brésil, alors que j’étais sur la plage de Copacabana en train de jouer au football de plage, nous vîmes arrivés dans une superbe voiture américaine Gilmar, goal de la sélection brésilienne, Didi, Djalma Santos et Nilton Santos qui nous firent le plaisir de jouer avec nous pendant une demi-heure.

Attiré par la veille du PC à 4h du matin, je fais des recherches sur ces deux événements, note les dates. Mon présumé fils né le 3 mars 1955, donc conçu le 3 juin 1954 date à laquelle j’étais au Brésil et à laquelle il faut rajouter la quinzaine de jours de voyage en bateau, me donna à réfléchir. Le lendemain, je contactais le Consul honoraire du Brésil à Toulouse pour lui demander s’il était possible d’obtenir ma date d’arrivée à Rio de Janeiro par le Cabo de Buena Esperanza et la date de remise de ma carte de résident étranger et de travail. Celui-ci me répondit qu’il contactait le servicio d’immigraçao do Brazil. Il faut vous dire que le Brésil est un pays d’immigration depuis fort longtemps et que les registres sont tenus précieusement. Trois mois plus tard, Mle Ladegaillerie, ma représentante légale et compagne reçoit la réponse :

Service consulaire honoraire

M. René Amiel Consul

6 allée François Verdier

31500 Toulouse

Madame l

Nous, services consulaires du Brésil en France, vous adressons les informations relatives à votre courrier du 8 janvier 2010 aux services de l'immigration.

 Le service de l'immigration nous fournit la date d'arrivée sur le territoire brésilien de M V...... Rogelio Gaspar né le 14 avril 1928 à Casablanca au jour du 19 mars 1954 ; la date d'obtention de sa carte de résident-travail autorisation au jour du 30 mai 1954

Vous souhaitant bonne réception de ce mail et restant à votre service pour tout renseignement.

L’arrivée du Cabo de Buena Esperanza le 19 mars 1954 fut précédée de mon embarquement à Casablanca sur ce bateau environ 15 jours auparavant, ce qui porte la date de mon départ pour le Brésil au 4 mars, soit à deux jours près 12 mois avant la naissance de Roger.

Il aura fallu que cette femme insulte la mémoire de mon père pour que la vérité se fasse jour. J’aurai pu vu le jeune âge de Suzanne ne pas lui tenir rigueur alors qu’elle était conseillée par sa famille et en particulier par ses deux soeurs aînées mais elle fut à la hauteur de celles-ci pour ce qui suivra. Dès que j’aurai reçu une réponse au second courrier envoyé au Consul du Brésil en France, je vous ferai part d’un autre événement concernant mon deuxième voyage au Brésil.

« Chacun s’arme au hasard du livre (de la vie) qu’il rencontre » Boileau 

                                                  le 27 juillet 2010

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