3 générations d'immigrants!

"La plupart des anciennes migrations ne sont considérées comme des courses vagabondes que par ceux qui n'ont pas étudié leurs causes, leurs directions et leurs rapports avec les autres parties de l'Histoire ancienne." Petit-Radel,Mémoires, archéologue, académicien de l'Académie des Belles Lettres

La migration de l’Europe vers les pays d’Amérique et d’Afrique et dans une moindre mesure d’Asie était doublement motivée pour les dirigeants des pays puissants.

Domination politique – le peuple le plus fort pouvait envahir le pays le plus faible et envoyé des administrateurs, fonctionnaires, colons … pour exploiter les territoires.

Pression démographique – les pays découverts étaient peu peuplés sauf l’Asie. Chaque fois que le climat s’y prêtait, l’installation des Européens s’est accélérée.

Ceux qui plus tard étaient appelés à vivre ou à fonder une communauté dans ces pays qui deviendraient ceux de leurs descendants étaient motivés par la découverte d’une vie décente et plus clémente et la fuite de la misère de leurs pays d’origine.

Ainsi, mes ancêtres maternels et paternels émigrèrent les uns en Argentine, les autres au Maroc. Les premiers, la dernière année du siècle 19 et les seconds quelques années avant la Grande Guerre.

 Mon grand-père maternel, Pedro, né à Jerez de la Frontera en 1872, voyageur de commerce, représentant en bouchons de liège, au cours de l’un de ses déplacements rencontre la madrilène Pascuala Aguilar à Madrid chez un riche client où elle était gouvernante. Pascuala et Pédro se marient alors que le nouveau siècle fait ses premiers pas et ma mère voit le jour en l’année 1901. Un an plus tard, le couple s’embarque sur un voilier et quitte le port de Cadix en direction de Buenos Aires.

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En 1876, le Président Avellaneda organise un Département général de l’Immigration garantissant aux futurs émigrants la liberté de culte, les droits de propriété et d’association, la distribution d’un fonds de terre public et élabore avec des compagnies maritimes de contrats accordant aux passagers une réduction sur les tarifs de traversée. En 1904, l’Argentine est un pays d’une superficie 5 fois supérieur à la France pour une population de 5 750 000 habitants. 

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                                           Rivadavia, provincia de San Juan, autrefois...                                            . .. et aujourd'hui

La famille s’installe sur les terres de Rivadavia, provincia de San Juan et développe une hacienda d’agriculture et d’élevage de bêtes à cornes. En 1914, âgée de 12 ans, la petite Francisca aide sa mère tant aux travaux du foyer qu’à l’éducation de ses trois sœurs et du dernier petit né. Alors que Maria, Angela et Mathilda fréquentent l’école du village, ma mère apprend seule à lire, compter et écrire avec l’aide maternelle. La vie s’est écoulée depuis une dizaine d’années dans cette terre nouvelle… Le père, une espèce de molosse autoritaire, décide de retourner en Espagne seul en emportant une grande partie des économies, laissant à son épouse le soin de l’hacienda et de leurs enfants.

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                                                              Argentine, 1913 - (de gauche à droite) Francisca, Mathilda, Pascuala, Angela, Maria.

 Après une absence de deux ans, il débarque de nouveau à Buenos Aires après avoir séjourné quelques mois au Maroc. Sitôt arrivé au port de Boca (Buenos Aires), il vend la propriété à un Italien rencontré lors de la traversée. Avec celui-ci, il rentre au foyer familial et mande son épouse de préparer les malles afin d’un nouveau voyage, cette fois-ci à destination du Maroc. Le voyage s’effectuera sans le petit dernier décédé l’année précédente.

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                                                                                Pedro, 1898.

J’ouvre une parenthèse sur le père de ma mère qui à vingt ans s’engage en 1890 dans l’armée royaliste espagnole et assiste à la fin de l’Empire colonial espagnol obtenu par la victoire des troupes indépendantistes de Cuba facilitée par l’aide américaine.

Débarqué à Casablanca en 1916, il abandonne de nouveau sa famille après l’avoir préalablement installée dans une maison située dans les remparts de l’ancienne médina (ville) et rejoint le bled marocain où il exerce les fonctions d’intendant dans une plantation.

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       La vieille ville où je suis né cette année-là          La place de France 1910 et les remparts                  La rue du capitaine Ilher 

Je n’ai aucun autre détail à ce sujet hormis que ma grand-mère ne lui a plus jamais adressé la parole et l’ignora tout le reste de son existence.

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         Casablanca, arrivée de passagers 1916.               Casablanca, le port 1916.                          La foule pendant l'accostage de passagers; 

Sur mes aïeux paternels : Gaspar, mon grand-père et Josepha, ma grand-mère, je ne peux m’étendre, ne sachant pas grand-chose. Je pense que ceux-ci et leurs deux enfants Jose (mon père) et Josepha partent de Cadix pour s’installer à Casablanca au début des années 1910 où ils créent un comptoir de tissus dans la rue la plus commerçante de la ville nouvelle qui s’étend d’année en année hors des remparts de la vieille ville.

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                                                          Gaspar, années 1890.                                   Josepha et sa fille Mathilda, 1920.

Le destin ou le hasard fit le reste… mon père Jose expert-comptable pour les minoteries Alenda rencontre ma mère Francisca gilletière pour Pedro San Miguel le tailleur le plus en vue de Casablanca qui habille les plus grands dont le Maréchal Lyautey et les administrateurs.

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                                                                                                             Mes parents 1921.

Et, moi prénommé Rogelio, je nais le 13 avril 1928 dans les remparts de la ville ancienne, rue du capitaine Hilher (mort au combat au Maroc dans les années 1910) après deux filles, mes sœurs : Marie et Mathilde et précédent ma troisième sœur : Suzanne.

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                                          La famille au complet 1931.                                                                  Les quatre orphelins 1933.

J’ai quelques souvenirs de ma tendre enfance tout au début des années 30 lorsque, avec mes petits camarades espagnols, arabes et juifs, je jouais pieds nus sur les routes pavées du Mellah à la poursuite du marchand d’eau, un grand gaillard dégingandé avec son grand chapeau à clochettes, sa peau de mouton remplie d’eau fraîche et sa timbale en laiton…. du marchand arabe avec son échoppe en bois qui vendait des sucres d’orge de toutes les couleurs…
De la kyrielle de bourricots qui servaient de transports pour les fruits et légumes qu’il emporte dans ce marché pittoresque de l’ancienne médina dont les stalles sont tenues par la colonie espagnole…. Mais aussi le patio andalous avec sa fontaine centrale et son jet d’eau continu. J’aurai l’occasion par la suite de vous conter combien ce grand-père fut un être exécrable, un butor sans cœur. Comme je vous l’avais promis il y a déjà quelques années, ayant eu une vie passablement mouvementée et à la demande de quelques internautes dont j’avais autrefois le plaisir de lire les commentaires, je vais vous narrer régulièrement et avec l’appui d’images que j’ai ou d’autres recueillies dans internet des tranches de vie, des plages du temps de mon passé. J’aurai moi-même voulu savoir tant de choses sur ce que fut la vie de mes proches. L’Histoire ne nous apprend que celle des grands de ce monde alors que celle des petites gens nous serait tant précieuse. Les Villon, Sue, Hugo… Zola étant l’espèce rare en la matière.

A bientôt pour la suite de nos pérégrinations... 

                                                                                          le 2 avril 2012

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